Couverture : Le chacal et la paonne

Inde

Le chacal et la paonne

Pays
Inde
Âge
4–8 ans
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Le chacal et la paonne

À la lisière d’un jardin verdoyant vivaient autrefois un chacal et une paonne. Ils étaient très différents, mais pendant longtemps, ils s’entendirent à merveille. Chaque matin, le chacal venait près du vieux prunier où la paonne aimait se promener et l’appelait : — Bonjour, voisine ! Quelles sont les nouvelles aujourd’hui ? — Bonjour, mon ami ! répondait la paonne. Assieds-toi à l’ombre et raconte-moi où tu as voyagé. Ils partageaient leur nourriture et parlaient des pluies, du soleil, des sentiers des champs et des oiseaux qui passaient très haut au-dessus du jardin. La paonne connaissait quantité d’histoires. Le chacal imitait si bien les voix des autres animaux qu’elle riait parfois jusqu’aux larmes. Un jour, ils préparèrent un déjeuner ensemble. La paonne apporta un panier de prunes bien mûres. Le chacal apporta lui aussi sa nourriture et ils mangèrent tous deux à leur faim. Lorsque le repas fut terminé, la paonne ramassa les noyaux de prunes, écarta la terre meuble avec ses pattes et les planta en une rangée bien droite. — Pourquoi fais-tu cela ? demanda le chacal. — Ma mère me l’a appris. Quand on mange un fruit, on n’est pas obligé de jeter le noyau. On peut le planter. Un jour, peut-être, un arbre poussera ici et quelqu’un d’autre profitera de ses fruits. Le chacal regarda la rangée parfaitement alignée et se sentit soudain mal à l’aise. Il eut l’impression que la paonne parlait d’un ton trop savant, comme si elle seule connaissait la bonne manière de vivre. Mais au lieu de le dire simplement, il leva le museau. — Pff ! Moi aussi, je plante toujours tout, déclara-t-il. C’est une vieille habitude. — Vraiment ? demanda la paonne avec intérêt. — Évidemment ! Le chacal rassembla en hâte les graines restées de son propre repas, creusa quelques trous à côté et les enterra. Le lendemain matin, les amis vinrent vérifier leurs petits jardins. — Rien pour l’instant, dit la paonne. Il faut attendre. Une semaine passa. Puis une autre. Enfin, de fines pousses vertes sortirent de terre là où les noyaux de prunes avaient été plantés. — Regarde ! s’écria joyeusement la paonne. Ils poussent ! Le chacal regarda ses propres trous. Rien. — Les miens prennent simplement leur temps, répondit-il. Les grandes plantes réfléchissent toujours longtemps avant de sortir de terre. La paonne plissa les yeux. — Bien sûr. Peut-être réfléchissent-elles pendant une année entière ? — Peut-être, grogna le chacal. Chaque jour, les jeunes pruniers devenaient plus solides. À l’endroit où le chacal avait enterré ses graines, la terre restait nue. La paonne comprit que son ami s’était vanté d’une chose qu’il ne connaissait pas. Au début, cela l’amusa seulement. Puis elle prit l’habitude de le taquiner chaque fois qu’ils se retrouvaient dans le jardin. — Alors, grand jardinier ? demandait-elle. Ta merveilleuse récolte n’a toujours pas montré le bout du nez ? Le chacal fronçait les sourcils. — Pas encore. — Quelles plantes paresseuses ! poursuivait la paonne. Elles doivent avoir des affaires extrêmement importantes sous terre. Au début, le chacal ne répondait pas. Puis il commença à se mettre en colère. La paonne le voyait, mais elle continua pourtant ses plaisanteries. Le temps passa. Les jeunes pruniers grandirent, se couvrirent de fleurs blanches puis de fruits. Un jour ensoleillé, les prunes mûrirent, rondes, juteuses et sucrées. La paonne était assise sous l’arbre et en dégustait lorsqu’un chacal fatigué revint des champs. Ce jour-là, il n’avait rien trouvé à manger et il avait très faim. — Elles sont délicieuses, ces prunes ! dit la paonne. Quel dommage que tes graines n’aient jamais donné de récolte. Le chacal serra les dents. — Ne commence pas. Mais la paonne rit encore. — Peut-être devrais-tu attendre dix ans de plus. Avec un peu de chance, une forêt entière finira par apparaître ! — J’ai dit que ça suffisait, répondit doucement le chacal. Mais la paonne s’amusait tellement de sa propre plaisanterie qu’elle continua. — Comme tu es fâché ! Veux-tu que je te laisse quelques prunes pour ne pas mourir de faim en attendant ta grande récolte ? Cette fois, le chacal ne se maîtrisa plus. Il bondit. Surprise, la paonne poussa un cri, déploya ses ailes au dernier instant et vola jusqu’à une branche basse du prunier. Le chacal s’arrêta sous l’arbre, essoufflé. Le silence tomba. La paonne ne riait plus. — Tu voulais m’attraper, dit-elle. Le chacal baissa la tête. — J’étais très en colère. — Je voyais bien que tu étais en colère, répondit la paonne. Et j’ai continué à te provoquer. Ce n’était pas gentil. Le chacal se tut encore un moment avant de dire : — Et moi, j’ai menti parce que j’avais honte d’avouer que j’ignorais si quelque chose pouvait pousser à partir de mes graines. Ensuite, chacune de tes plaisanteries me rappelait ma vantardise. Mais cela ne me donne pas le droit de te faire peur. La paonne le regarda attentivement depuis sa branche. — Et maintenant ? — Maintenant, je vais partir. J’ai besoin de me calmer. Et si tu veux un jour me reparler, je ne ferai plus semblant de tout savoir. Il avait déjà commencé à s’éloigner lorsqu’une prune mûre tomba de l’arbre et se posa doucement près de ses pattes. Le chacal leva la tête. — C’est pour moi ? — Ce n’est pas une récompense pour ta vantardise, répondit la paonne. Mais personne ne devrait rester affamé à cause d’une dispute. Le chacal sourit du coin du museau. — Merci. Pendant plusieurs jours, ils ne se virent pas. La paonne s’occupa de ses jeunes arbres en pensant que même des paroles vraies peuvent blesser lorsqu’on les utilise exprès pour piquer un ami. Le chacal parcourut les champs en songeant à la facilité avec laquelle un petit mensonge avait grandi jusqu’à devenir une grande blessure. Puis, un matin, il revint au verger. — Bonjour, voisine, dit-il. J’ai apporté un seau d’eau pour tes arbres. Sur ce point, je suis certain de moi : lorsque la terre est sèche, il faut lui donner à boire. La paonne descendit de sa branche. — Et moi, j’ai préparé des prunes pour nous deux. Je promets de ne plus plaisanter lorsque la plaisanterie cesse d’être amusante. Ils s’assirent à l’ombre comme autrefois. Cette fois, le chacal ne se vanta pas et la paonne ne se moqua pas de lui. Pendant longtemps encore, le jeune verger leur rappela une chose toute simple : l’amitié ne pousse pas du désir de paraître plus intelligent que l’autre, mais de l’honnêteté, du respect et de la capacité à s’arrêter à temps.

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