Couverture : Le chat, le coq et la renarde

Ukraine

Le chat, le coq et la renarde

Pays
Ukraine
Âge
4–7 ans
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Le chat, le coq et la renarde

Un chat et un petit coq partageaient une petite maison. Elle n’était pas grande, mais elle était chaude et confortable. Le coq s’occupait du foyer, balayait le sol, rangeait le grain dans des sacs et veillait à ce que le feu ne s’éteigne pas. Chaque matin, le chat partait chercher de quoi manger. Avant de s’en aller, il répétait toujours : — Petit coq, mon frère, n’ouvre la porte à personne. Surtout pas à la renarde. Elle parle avec douceur, mais elle pense avec ruse. — Ne t’inquiète pas, répondit le coq. Je garderai la porte fermée. Un jour, à peine le chat avait-il disparu derrière la colline que la renarde s’approcha sans faire de bruit. Elle frappa tout doucement et se mit à chanter : — Petit coq, petit coq, belle crête dorée ! Ouvre-moi seulement une minute. Je t’ai apporté les meilleurs grains. Le coq s’approcha de la porte, puis se rappela les paroles de son ami. — Non, renarde. Le chat m’a dit de ne laisser entrer personne. La renarde insista longtemps. Elle complimenta ses plumes, lui promit des graines délicieuses, assura qu’elle voulait simplement lui dire bonjour. Enfin, le coq pensa : « Qu’est-ce qui pourrait arriver en une seule minute ? » Il entrouvrit la porte. La renarde le saisit aussitôt et partit en courant sur le sentier. Effrayé, le coq cria : — Petit chat, mon frère, réponds-moi vite ! La renarde m’emporte sur le chemin ! Par le petit pont, vers le bois lointain, Petit chat, mon ami, viens me donner la main ! Le chat n’était pas encore très loin. Il entendit la voix du coq, jeta son sac et se lança à leur poursuite. Il rattrapa la renarde près du petit pont, gonfla son dos et poussa un sifflement si impressionnant qu’elle lâcha le coq. De retour à la maison, le chat lui dit : — Tu vois où peuvent mener les belles promesses d’un inconnu ? Le coq baissa la tête. — Je vois. Je n’ouvrirai plus. Le lendemain matin, le chat repartit chercher de la nourriture. La renarde attendit qu’il soit assez loin, puis revint devant la maison. — Petit coq, j’ai été très mal élevée hier, dit-elle de sa voix la plus douce. Aujourd’hui, je veux seulement te demander pardon. Je ne poserai même pas une patte sur le seuil. — Je ne te crois pas, répondit le coq. — Alors regarde seulement dehors. J’ai laissé un cadeau devant la porte. Le coq hésita longtemps. Finalement, il entrouvrit la porte juste assez pour jeter un coup d’œil. C’était exactement ce qu’attendait la renarde. Hop ! Elle attrapa le coq et partit en courant, le serrant sous son bras. Le coq appela encore : — Petit chat, mon frère, réponds-moi vite ! La renarde m’emporte sur le chemin ! Passé le vieux saule, vers le bois lointain, Petit chat, mon ami, viens me tendre la main ! Cette fois, le chat était déjà près de la forêt. Mais il entendit l’appel et courut si vite que les feuilles sèches tourbillonnèrent derrière ses pattes. Une seconde fois, il délivra son ami. Cette fois, il parla plus sévèrement : — Je ne pourrai pas toujours être près de toi. Il faut apprendre à dire « non » et à ne pas changer d’avis dès qu’on insiste. — Maintenant, j’ai vraiment compris, répondit le coq. Quelques jours passèrent. Le chat dut partir beaucoup plus loin que d’habitude, derrière deux collines. Avant de quitter la maison, il rappela encore : — Aujourd’hui, je risque de ne pas entendre ta voix. Fais attention à toi. La renarde vit que le chat était parti loin. Elle revint pour la troisième fois. Mais cette fois, elle ne chanta pas et ne demanda pas qu’on lui ouvre. Elle répandit simplement une poignée de grains brillants sous la fenêtre, puis se cacha derrière la clôture. Le coq aperçut les grains. — Je vais juste les ramasser très vite et rentrer, se dit-il. Il sortit sur le seuil. La renarde bondit de sa cachette. Le coq cria et appela le chat, mais son ami était trop loin pour l’entendre. La renarde emporta le coq jusqu’à son terrier et l’installa dans un coin. — Tu resteras ici jusqu’à ce soir, dit-elle. Ensuite, je déciderai quoi faire de toi. Le coq se tut. Cette fois, il comprenait parfaitement que ce n’était pas seulement la ruse de la renarde qui l’avait mis en difficulté. Sa propre imprudence l’y avait conduit pour la troisième fois. Lorsque le chat rentra et vit la porte ouverte ainsi que les grains répandus près du seuil, il comprit immédiatement ce qui s’était passé. — Mon pauvre ami… Il va falloir aller te chercher. Il prit un vieux violon, un archet et un grand sac de toile. Arrivé près du terrier de la renarde, il s’assit derrière un buisson et se mit à jouer une musique si joyeuse que même les feuilles semblaient frémir en rythme. À l’intérieur du terrier, tout le monde dressa l’oreille. — Qui joue si bien ? demandèrent les petits de la renarde. L’un d’eux passa la tête dehors. — Approche, murmura le chat. Je n’ai pas seulement de la musique. J’ai aussi un sac extraordinaire. Celui qui regarde à l’intérieur aura droit à une mélodie spéciale. Le jeune renardeau glissa son museau dans le sac. Hop ! Le chat tira sur le cordon, sans serrer, juste assez pour qu’il ne puisse plus sortir. De la même manière, il piégea encore quelques habitants du terrier. Enfin, la vieille renarde sortit elle-même. — Qu’est-ce que c’est que ce concert sans moi ? demanda-t-elle. Le chat cessa de jouer. — Le concert commencera quand tu m’auras rendu mon ami. La renarde plissa les yeux. — Et si je refuse ? — Alors toute ta famille restera dans ce sac jusqu’au matin en écoutant une seule et unique note, répondit le chat. Il passa lentement l’archet sur une corde et produisit un long : — Iiiiiiiiiii… Aussitôt, des voix s’élevèrent du sac : — Maman ! Rends-lui le coq, s’il te plaît ! La renarde poussa un soupir et ramena le petit coq, effrayé mais sain et sauf. — Voici mon marché, dit le chat. Tu ne chasses plus près de notre maison et tu ne cherches plus à attirer le coq dehors. En échange, je libère tout le monde. La renarde réfléchit, regarda le sac et accepta. Le chat desserra le cordon. Les jeunes renards sortirent l’un après l’autre et filèrent vers le terrier. La renarde les suivit, puis se retourna avant de disparaître. — Très bien, chat. Aujourd’hui, tu as été plus rusé que moi. — Pas seulement que toi, répondit le chat en regardant le coq. Sur le chemin du retour, le petit coq marcha en silence. Arrivé devant la maison, il finit par dire : — Mon ami, maintenant j’ai compris pour de bon. Quand on sait qu’une chose est dangereuse, on n’a pas besoin de la tester une deuxième fois, puis une troisième. Le chat sourit. — Voilà une parole sage. À partir de ce jour, le coq n’ouvrit plus la porte aux belles paroles et ne quitta plus la maison pour une jolie friandise déposée devant le seuil. Quant à la renarde, elle se tint loin de leur petite maison. Le chat et le coq reprirent leur vie paisible : l’un partait chercher de la nourriture, l’autre s’occupait du foyer. Le soir, le chat sortait parfois son violon. Le coq chantait avec lui, et leur petite maison devenait si joyeuse qu’aucune renarde n’osait plus venir rôder près de la porte.

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