Couverture : Le combat de la Nuit et du Jour

Arménie

Le combat de la Nuit et du Jour

Pays
Arménie
Âge
6–10 ans
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Le combat de la Nuit et du Jour

Dans un ancien récit recueilli il y a de nombreuses années, le Jour et la Nuit ne se contentent pas de se succéder. Ils semblent poursuivre au-dessus du monde une conversation sans fin. Chaque soir, la Nuit dit : — À présent, c’est mon tour. Et chaque matin, le Jour répond : — Je suis revenu. Il en va ainsi depuis les commencements. Dans cette histoire, Maui apparaît sous plusieurs visages liés au soleil. Maui-roto est appelé le Soleil de la Nuit. Il est associé au monde inférieur et caché, là où la lumière du matin n’est pas encore visible. Maui-waho est appelé le Soleil du Jour. Il traverse le ciel lorsque tout devient clair : les montagnes, l’eau, les arbres, les chemins et les visages des hommes. On raconte que, lorsque la Terre était encore jeune, Maui-roto l’aidait à prendre forme, tandis que Maui-waho venait chaque jour la toucher de sa chaleur. Le soir, la lumière devenait rouge. Elle se répandait sur la terre comme une fine étoffe de cuivre et d’or. La clarté du crépuscule s’attardait tout particulièrement sur Tongariro. La montagne se dressait très haut, et les derniers rayons semblaient s’accrocher à ses pentes, comme s’ils refusaient de partir. C’est pourquoi, dans ce vieux récit, Tongariro apparaît comme une montagne d’une grande sacralité, tapu. Mais même la plus éclatante lumière du soir ne peut demeurer éternellement. Lorsque le bord rouge du ciel s’assombrissait, Hine-nui-te-po, maîtresse de la Nuit, arrivait. Son monde était vaste comme une demeure sans limites. Dans le texte ancien, il est appelé pataka, un lieu où la Nuit garde le silence, le sommeil et l’obscurité. Hine-nui-te-po savait que le monde avait besoin de repos. — On ne peut pas regarder sans cesse ce qui brille, disait la Nuit. La graine repose dans la terre sombre. L’être humain ferme les yeux pour dormir. Les étoiles ne deviennent visibles que lorsque le ciel s’assombrit. Mais le Jour avait lui aussi sa vérité. — Sans lumière, on ne voit pas le chemin, répondait-il. La chaleur réveille les plantes, les oiseaux prennent leur envol et les hommes sortent travailler. Ainsi discutaient-ils, sans que l’un puisse jamais vaincre l’autre définitivement. Chaque matin, Maui-potiki apparaissait au bord du monde, jeune visage du Soleil levant. Au début, il restait très bas, presque au niveau de la terre. Le ciel devenait seulement gris. Puis une fine ligne de lumière surgissait à l’horizon. Maui-potiki montait plus haut. Encore plus haut. Puis plus haut encore. Tel un voyageur dans une pirogue céleste, il suivait sa route du matin jusqu’à midi. Les ombres raccourcissaient. L’eau étincelait. Les pierres se réchauffaient sous le soleil. Pendant un moment, on pouvait croire que le Jour avait gagné. Mais après midi, la pirogue solaire commençait à redescendre. La lumière devenait plus douce. De longues ombres s’étiraient sur la terre. Les oiseaux cherchaient un endroit où passer la nuit. Maui, qui avait été le jeune Soleil du matin, devenait à présent la lumière du soir. À l’ouest, la Nuit venait à sa rencontre. Dans l’ancien récit, cette rencontre est décrite comme une lutte violente. Pour une histoire destinée aux enfants, on peut l’entendre autrement : Hine-nui-te-po déploie son manteau sombre et recouvre lentement les derniers rayons. D’abord, l’or disparaît. Puis l’horizon rougit. Ensuite, il ne reste qu’une mince bande de lumière. Enfin, la Nuit dit : — Repose-toi. Maintenant, c’est mon tour. Le Soleil du soir disparaît derrière le bord de la terre. La Nuit remplit les vallées. Les étoiles apparaissent dans le ciel. Mais la Nuit connaît une vérité importante : son règne, lui non plus, n’est pas éternel. Quelque part, très loin, un nouveau matin se prépare déjà. L’ancien récit mentionne aussi Mahuika, liée au feu sacré. Dans cette version plus douce, Maui ne porte pas le feu comme une arme. Il prend seulement une étincelle de lumière, juste assez grande pour montrer le chemin au nouveau jour. Au début, cette étincelle est minuscule. Elle touche le bord du ciel. L’obscurité n’est plus noire, mais bleue. Puis le bleu devient gris. La bande grise se teinte de rose. Et Hine-nui-te-po comprend que le matin est arrivé. — Encore toi, dit la Nuit. — Encore moi, répond Maui-potiki. — Alors souviens-toi que je reviendrai ce soir. — Et toi, souviens-toi qu’après chaque nuit reviendra l’aube. La Nuit se retire non parce qu’elle a perdu pour toujours, mais parce qu’elle remet le monde au Jour. Le Jour, lui non plus, ne possède pas le ciel éternellement. Il sait qu’au soir, il devra céder sa place à la Nuit. Ainsi, leur ancienne « bataille » devient non une guerre, mais le grand rythme du monde. La lumière vient. La lumière s’en va. L’obscurité vient. L’obscurité s’en va. Et Tongariro demeure sous le ciel et voit tout : les aubes roses, les midis éclatants, les soirs rouges et les nuits étoilées. Peut-être est-ce pour cela que le passage du jour à la nuit n’est jamais exactement le même. Certains matins sont calmes et argentés. D’autres s’embrasent de rose. Parfois, le soir retient longtemps la lumière sur les sommets, et parfois les nuages amènent rapidement l’obscurité. Mais l’ordre demeure. Après la Nuit vient le Jour. Après le Jour revient la Nuit. Et chacun possède sa place dans la grande histoire du ciel.

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