

Arménie
Le compagnon avare
- Pays
- Arménie
- Âge
- 6–10 ans

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Le compagnon avare
Aram et Vardan partirent ensemble vers une ville lointaine. Le voyage devait durer plusieurs jours et chacun emporta du pain, du fromage, des fruits secs et des noix. Avant de partir, Vardan proposa : — Mangeons d’abord ta nourriture, Aram. Quand ton sac sera vide, nous ouvrirons le mien. Ce sera plus simple. — D’accord. Pendant plusieurs jours, Aram partagea généreusement. Au troisième jour, son sac était vide. À midi, ils s’arrêtèrent près d’un ruisseau. Vardan ouvrit sa propre provision et sortit une galette. Aram tendit la main. — Maintenant, nous mangeons la tienne. Vardan referma immédiatement le sac. — La mienne ? — Nous avions convenu ainsi. — J’ai changé d’avis. Aram crut d’abord à une plaisanterie. — Nous avons mangé ma nourriture ensemble. — Justement. Maintenant je dois garder la mienne pour être sûr qu’elle me suffira. — Et moi ? — Il fallait mieux calculer. Vardan mangea seul puis repartit plus vite, laissant Aram sur la route. Celui-ci marcha aussi longtemps qu’il put. Il but aux ruisseaux, trouva quelques baies, puis la fatigue l’obligea à s’arrêter. À la tombée de la nuit, il aperçut un vieux moulin abandonné. Le toit fuyait par endroits, la roue ne tournait plus, mais l’intérieur était sec. — Je dormirai ici. Un vieux tambourin pendait au mur. Dans un coin se trouvait un grand coffre à grain. Aram s’y installa pour la nuit. À minuit, la porte grinça. Un ours entra. Puis un loup. Puis un renard. Les trois animaux s’assirent comme de vieux amis. — Comment trouves-tu de quoi manger quand les temps sont difficiles ? demanda le loup à l’ours. — Sur la pente nord pousse une racine comestible et nourrissante. Il suffit de savoir la reconnaître. Aram retint l’information. Le renard demanda au loup : — Et toi, pourquoi es-tu si sombre ? — Je n’arrive jamais à approcher le troupeau du Village Vert. Un grand chien noir le surveille. — Et c’est très bien, répondit l’ours. Un troupeau a besoin d’un bon gardien. Le loup poursuivit : — Près de cette bergerie pousse aussi une herbe de montagne très rare. Les anciens guérisseurs l’utilisaient pour aider les gens à reprendre des forces après une longue maladie. Aram pensa au fils du gouverneur d’une grande ville, malade depuis des mois. L’ours se tourna vers le renard. — Et tes nouvelles ? — Sous un vieux platane se trouve un pot de vieilles pièces. Il y en a un autre juste sous le seuil de ce moulin. Aram retint son souffle. Les animaux se couchèrent ensuite pour dormir. Aram comprit qu’il ne pourrait pas sortir au matin sans les effrayer. Il attrapa le vieux tambourin. Boum ! Ding ! Boum ! L’ours bondit. Le loup tourna sur lui-même. — Des hommes ! Une fête ! Partons ! Tous trois s’enfuirent. Aram attendit le silence. Sous le seuil, il trouva effectivement un petit pot de pièces. Il n’en prit que quelques-unes. — De quoi acheter de la nourriture et poursuivre ma route. Ce sera suffisant. Le lendemain, il trouva la racine dont avait parlé l’ours. Puis il se rendit au Village Vert. Le grand chien noir l’accueillit devant la bergerie. Aram ne fit aucun geste brusque. Le berger sortit. — Je cherche une herbe rare qui pousse près de vos pâturages. Le berger la connaissait. — Ma grand-mère l’utilisait. Mais ne prends pas les racines. Elle est rare. Ensemble, ils récoltèrent seulement quelques feuilles. Dans la grande ville, Aram ne prétendit pas être médecin. — J’ai entendu parler de cette plante. Peut-être vos guérisseurs sauront-ils si elle leur est utile. Un vieux médecin la reconnut. — Je la cherche depuis des mois. Les médecins préparèrent eux-mêmes un remède sûr. Avec le temps, le fils du gouverneur reprit des forces. Le gouverneur voulut récompenser Aram. — Demande de l’or, une maison, de la terre. — Donnez-moi assez pour faire venir ma famille et ouvrir une petite auberge pour les voyageurs. Et plantez cette herbe dans votre jardin afin qu’on n’ait plus à la chercher au hasard dans les montagnes. Ainsi fut fait. Sur la porte de l’auberge, Aram accrocha une phrase : « Aucun voyageur ne devrait rester affamé devant une table pleine. » Quelques mois plus tard, un homme épuisé entra. C’était Vardan. Il avait dépensé ses réserves et trouvé peu de travail. En voyant Aram, il resta stupéfait. — Comment as-tu obtenu tout cela ? Aram posa une assiette de soupe devant lui. — Mange d’abord. Après le repas, il raconta l’histoire du moulin, des animaux, de la racine, de l’herbe et des pièces. Les yeux de Vardan s’allumèrent. — Il reste donc encore de l’or au moulin ? — Je ne sais pas. Et ce n’est pas vraiment la partie importante. Mais Vardan n’écoutait déjà plus. Cette nuit-là, il se rendit au moulin et se cacha dans le coffre. À minuit, les animaux revinrent. Le renard renifla l’air. — La dernière fois, quelqu’un nous a écoutés. Aujourd’hui, vérifions d’abord le moulin. Vardan retint son souffle. Puis il éternua. — Ah ! Il bondit hors de sa cachette et courut vers la porte. L’ours tapa bruyamment du pied. Le loup grogna. Le renard courut derrière lui en essayant d’attraper son manteau. Vardan fila jusqu’à l’aube en perdant son sac, son bonnet et une chaussure. Quand il revint en ville, Aram lui demanda : — Alors, le trésor ? Vardan secoua la tête. — J’ai eu du mal à retrouver seulement moi-même. Aram lui donna de l’eau. Vardan resta silencieux. — Je pensais que ta chance avait commencé avec les pièces. — Non. Elle a commencé lorsque j’ai entendu quelque chose d’utile et choisi de m’en servir sans nuire à quelqu’un. Vardan baissa les yeux. — Moi, je t’avais laissé affamé pour quelques galettes. Et toi, tu viens de me nourrir. — Parce que je me souviens parfaitement de ce que signifie marcher le ventre vide. Le lendemain, Vardan ne repartit pas chercher de trésors. Il demanda du travail à l’auberge. Il porta d’abord l’eau et le bois. Puis il apprit à cuire le pain. Et chaque fois qu’un voyageur fatigué apparaissait à la porte, Vardan lui servait lui-même une assiette. Il lui fallut du temps pour arrêter de compter chaque morceau donné aux autres. Mais il y arriva. Car lorsqu’on partage une route avec quelqu’un, on ne partage pas seulement les kilomètres faciles. On partage aussi le pain, la responsabilité et le soin.
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