

Géorgie
Le conseiller du roi
- Pays
- Géorgie
- Âge
- 7–10 ans

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Le conseiller du roi
À la cour d’un roi servait depuis de nombreuses années un conseiller réputé pour sa sagesse. Il savait démêler les disputes compliquées, trouver une issue aux situations difficiles et dire au souverain la vérité même lorsque les autres préféraient se taire. Le roi appréciait ses conseils. Ses amis le respectaient. Sa femme prenait soin de lui. Pourtant, un soir, le conseiller se mit à réfléchir. — Tout le monde dit m’estimer. Mais comment savoir si cela est sincère ? Que se passerait-il si je commettais une faute grave ? Cette pensée ne le quitta plus. Au lieu de parler simplement avec les personnes qui lui étaient proches, il décida de leur faire passer une épreuve. Le roi avait une chèvre préférée. Elle vivait dans le jardin du palais, portait une petite clochette d’argent au cou et venait chaque matin chercher une pomme auprès du souverain. Le conseiller était responsable de son bien-être. Un jour, il demanda au cuisinier de conduire discrètement l’animal chez son frère dans un village voisin. — Prends-en grand soin. Le soir, il rentra chez lui et dit à sa femme : — J’ai fait quelque chose de grave. J’ai pris la chèvre du roi sans permission. Ne le dis à personne. Sa femme pâlit. — Pourquoi ? — Ne demande pas. Garde seulement le secret. Le lendemain matin, le palais fut en émoi. La chèvre avait disparu. Le roi se mit en colère. — Celui qui découvrira où elle est recevra une grande récompense ! La femme du conseiller apprit cette annonce. Elle marcha longtemps dans la maison. « Si je me tais, pensa-t-elle, l’affaire peut empirer. Si je parle, mon mari croira que je l’ai trahi. » Finalement, la peur du mal qui pouvait suivre l’emporta. Elle se rendit au palais. — Majesté, je ne connais pas toute l’histoire. Je ne viens pas chercher la récompense. Mais hier, mon mari m’a dit qu’il avait pris votre chèvre. J’ai peur que me taire rende tout pire. Le roi fit appeler le conseiller. — Est-ce vrai ? — Il est vrai que la chèvre n’est pas au palais. — Tu sais où elle est ? — Oui. — Pourquoi ne l’as-tu pas dit ? Le conseiller allait expliquer son plan. Le roi était trop furieux. — Je te faisais confiance plus qu’à presque tout le monde, et tu as décidé de jouer avec cette confiance. Quitte la cour. Tu ne reviendras que si je te rappelle moi-même. Le conseiller fut donc exilé. Ses amis l’aidèrent à s’installer dans un autre pays. L’un apporta des vêtements chauds. Un autre de l’argent. Un troisième trouva une petite maison. — Nous n’approuvons pas ce que tu as fait, dirent-ils. Mais nous ne t’abandonnerons pas lorsque tu es en difficulté. Le conseiller réfléchissait. « Je voulais savoir qui m’estimait. En réalité, j’ai moi-même placé tout le monde dans une situation où il fallait choisir entre une mauvaise solution et une autre mauvaise solution. » Le temps passa. Sans son ancien conseiller, le roi trouva le gouvernement plus difficile. Deux villes se disputaient l’eau d’une rivière. Des marchands se querellaient sur les impôts. Un souverain voisin envoyait des lettres aux conditions si compliquées que les courtisans discutaient des heures sans parvenir à s’entendre. Un soir, le roi soupira. — Pour une chèvre, j’ai chassé un homme qui m’a aidé pendant des années. J’étais en colère et je ne l’ai même pas écouté jusqu’au bout. Les amis du conseiller se regardèrent. — Si vous êtes prêt à l’écouter calmement, nous pouvons le rappeler. — Faites-le. Quelques jours plus tard, le conseiller revint. Avec lui, dans la cour, entra la chèvre portant sa petite clochette. Ding-ding. Le roi se leva. — Elle est donc vivante et en bonne santé ! — Oui. Je l’avais placée chez quelqu’un de confiance. Je voulais voir comment chacun se comporterait en pensant que j’avais fait quelque chose de mauvais. Le roi resta silencieux. — Et qu’as-tu appris ? Le conseiller soupira. — D’abord que mon propre comportement était insensé. J’ai voulu tester la confiance par la tromperie. Ma femme a eu peur et a dit la vérité telle qu’elle la comprenait. Mes amis ne m’ont pas donné raison, mais m’ont aidé quand j’étais seul. Et vous, Majesté, m’avez puni sans entendre toute l’histoire. Le roi fronça les sourcils. Puis il hocha la tête. — Donc nous avons tous fait une erreur ? — Un peu. Mais la plus grande était la mienne. La confiance ne se teste pas avec un piège. Si l’on veut savoir ce que pense une personne proche, il vaut mieux lui parler directement. — Et un roi ? — Un roi doit écouter même lorsqu’il est très en colère. La colère aime prononcer son verdict plus vite que la vérité n’arrive. Le roi réfléchit. — Bien dit. Reviendras-tu au conseil ? — Oui, si nous retenons tous les deux cette leçon. — Marché conclu. Le roi prit une pomme et la tendit à la chèvre. Elle croqua joyeusement. Ding-ding. Toute la cour rit. Le conseiller ne fit plus jamais passer de tests secrets à sa famille ou à ses amis. Le roi, lui, établit une règle : avant de punir quelqu’un, il devait écouter l’histoire depuis le début jusqu’à la fin. On raconte qu’il y eut ensuite moins de disputes bruyantes dans le royaume et davantage de conversations au terme desquelles les gens se comprenaient réellement. Quant à la petite clochette d’argent, elle rappela longtemps à la cour une vérité simple : la confiance n’aime pas les pièges, et la justice n’aime pas la précipitation.
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