Couverture : Le cordonnier de Burgos

Espagne

Le cordonnier de Burgos

Pays
Espagne
Âge
7–11 ans
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Le cordonnier de Burgos

Dans une petite rue de Burgos travaillait un cordonnier nommé Sancho. Il réparait les bottes, changeait les semelles et cousait si solidement qu’une vieille chaussure pouvait servir longtemps après son passage. Il n’était pourtant pas riche. Ses clients fortunés disaient souvent : — Mets cela sur mon compte. Je paierai la semaine prochaine. La semaine devenait un mois, puis davantage. Sancho plaisantait : — Les bottes des clients reviennent chez moi plus souvent que leur argent. Un soir, une dame appelée Doña Guiomar entra juste avant la fermeture. — Mon défunt mari vous devait de l’argent. Je voudrais vous parler sans témoin. Elle demanda à Sancho de fermer les volets. Puis la porte. Puis de vérifier une fenêtre au grenier. Enfin : — Les gens aiment les ragots. Si l’on me voit sortir tard de votre boutique, ils raconteront n’importe quoi. Sortez par la fenêtre du grenier et attendez quelques minutes sur le toit. J’ouvrirai moi-même la porte et partirai. La demande était étrange. Sancho craignit toutefois d’être impoli. — Très bien. À peine était-il sur le toit qu’un cri retentit : — Au secours ! Ouvrez ! Les gardes de nuit arrivèrent. Doña Guiomar leur dit : — Je suis venue régler une dette. La porte était verrouillée et le cordonnier a disparu ! Les gardes trouvèrent Sancho sur le toit. Il expliqua tout. La dame prétendit avoir été effrayée et le juge trancha trop vite. — Sancho quittera la ville quelque temps. Qu’il fasse un pèlerinage jusqu’à Rome. Tout le monde se calmera. — Mais j’ai seulement réparé des chaussures ! Personne ne l’écouta assez. Sancho partit avec du pain, quelques oignons et un petit sac. La route fut longue. Il marcha à travers champs, villes et montagnes. Il mangeait souvent de l’oignon et de l’ail parce que cela coûtait peu. Sa barbe poussa et son manteau prit l’odeur de la poussière, de la fumée et surtout de l’ail. Dans un village, des enfants crièrent : — Un magicien voyageur ! — Je ne suis pas magicien. — Alors quoi ? — Cordonnier. — Pourquoi ta barbe ressemble-t-elle à celle d’un magicien ? Sancho réfléchit. — Parce que la route est plus longue que mes ciseaux. Les enfants rirent. À Rome, les gens s’éloignaient discrètement lorsqu’il approchait. — Pourquoi tout le monde me fuit ? Un vieillard répondit : — Peut-être à cause de l’ail. Sancho renifla sa manche. — Je ne le sens même plus. Le vieil homme lui indiqua où raconter son affaire à un conseiller expérimenté. Sancho expliqua simplement : — Une dame m’a demandé de verrouiller la boutique, puis de monter sur le toit. Ensuite elle a crié. On ne m’a pas réellement entendu et on m’a envoyé ici. Je veux seulement rentrer travailler. Le conseiller demanda : — As-tu pris son argent ? — Non. — Menacé cette dame ? — Non. — Essayé de la retenir ? — Non. — Alors pourquoi as-tu accepté toutes ses demandes étranges ? Sancho se gratta la barbe. — Parce que je ne voulais pas paraître impoli. — Voilà ta leçon. Une bonne personne a le droit de dire : « Je ne comprends pas, expliquez-moi. » Et elle a le droit de refuser une situation qui lui paraît douteuse. Il donna à Sancho une lettre scellée. — Retourne à Burgos. Dis à votre juge que la politesse n’est pas une preuve de culpabilité. — Est-ce que la lettre indique aussi que j’ai droit à un repas pour le voyage ? Le conseiller éclata de rire. — Non. Mais le repas, tu l’auras quand même. Sancho rentra. Le juge lut la lettre et décida cette fois d’examiner les faits sans hâte. Les gardes se rappelèrent que Doña Guiomar pouvait elle-même ouvrir le verrou depuis son côté. Et Sancho était réellement sur le toit, situation peu logique pour quelqu’un qui aurait voulu empêcher une personne de partir. Finalement, la dame avoua : — J’ai eu peur des ragots. J’ai inventé une histoire pour paraître innocente, puis mon mensonge a grandi. Elle régla l’ancienne dette et indemnisa Sancho pour une partie du temps perdu. Il ne prit que ce qu’il jugeait juste. — Je ne veux pas gagner de l’argent sur la honte de quelqu’un. Sa boutique rouvrit. Sur la porte apparut une nouvelle pancarte : « SANCHO. JE RÉPARE LES CHAUSSURES. LES DEMANDES ÉTRANGES SONT EXÉCUTÉES SEULEMENT APRÈS EXPLICATION. » Les passants riaient. Et chaque fois qu’un client formulait une demande bizarre, Sancho levait un doigt : — Expliquez-moi d’abord pourquoi. Cette petite question lui épargna beaucoup de problèmes. La bonté est une excellente chose. Mais la bonté accompagnée de réflexion dure encore plus longtemps. Presque autant qu’une bonne semelle de cordonnier.

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