Couverture : Le faux ami

Mongolie

Le faux ami

Pays
Mongolie
Âge
7–11 ans
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Le faux ami

Dans une grande ville commerçante vivait un marchand qui partait souvent pour de longs voyages. Il connaissait les routes maritimes, savait acheter et vendre des tissus, des épices et des pierres précieuses, et n’oubliait jamais sa maison. Un jour, au cours d’un voyage au-delà des mers, il rencontra un homme de sa ville nommé Dzuk, qui s’apprêtait justement à rentrer. Le marchand se réjouit. — Mon ami, rends-moi un service. Porte cette pierre à ma femme. Dis-lui que je vais bien et que je rentrerai bientôt. Il sortit d’un petit coffret une pierre magnifique. À la lumière, elle scintillait comme si l’étoile du matin s’était cachée à l’intérieur. Dzuk prit le cadeau. — Ne t’inquiète pas. Je le lui remettrai en mains propres. Mais pendant le voyage, il regarda de plus en plus souvent la pierre. Au début, il l’admirait seulement. Puis il pensa au prix qu’il pourrait en obtenir. Enfin, il commença à se convaincre que le marchand oublierait probablement l’existence du joyau. Ainsi, un premier mensonge en appela un autre. Dzuk vendit la pierre et dépensa l’argent. Lorsque le marchand rentra chez lui, sa femme l’accueillit avec joie. Ils parlèrent longtemps du voyage. Puis il demanda : — La pierre que je t’ai envoyée par Dzuk t’a-t-elle plu ? — Quelle pierre ? répondit-elle avec surprise. Dzuk ne m’a rien apporté. Le marchand décida de ne pas tirer de conclusion trop vite. Le lendemain matin, il alla trouver Dzuk. — Il y a peut-être eu une erreur. Te souviens-tu de la pierre que je t’ai confiée de l’autre côté de la mer ? — Bien sûr, répondit calmement Dzuk. Je l’ai remise à ta femme comme promis. — Elle affirme ne jamais l’avoir reçue. Dzuk haussa les épaules. — Alors que le tribunal décide. Mais intérieurement, il prit peur. Il avait besoin de témoins. Il alla secrètement voir deux courtisans respectés et leur promit une généreuse récompense s’ils confirmaient son histoire. Lorsque l’affaire arriva devant le roi, le marchand raconta exactement ce qui s’était passé. Dzuk répéta son mensonge. Les deux courtisans déclarèrent solennellement : — Nous l’avons vu remettre la pierre à l’épouse du marchand. Le roi les observa. Tous deux étaient connus et respectés. — Si des témoins d’une telle réputation disent la même chose, pensa-t-il, l’affaire semble claire. Le marchand quitta le palais profondément découragé. La perte du joyau lui faisait moins mal encore que de voir le mensonge gagner simplement parce qu’il avait été prononcé avec assurance par des personnes de haut rang. Le même jour, le marchand, Dzuk et les deux témoins passèrent près d’une colline à l’extérieur de la ville. Des enfants y jouaient. Ils avaient construit un petit palais avec des pierres, désigné l’un d’entre eux comme roi, les autres comme juges, soldats et messagers, et mettaient en scène de grandes affaires d’État. Le garçon qui jouait le roi entendit les adultes discuter. — Attendez ! cria-t-il. Puisque votre affaire a déjà été jugée, vous ne perdrez rien à nous laisser l’examiner nous aussi. Dzuk éclata de rire. — Des enfants vont juger des adultes ! Mais le marchand répondit : — Un esprit neuf voit parfois ce que des yeux expérimentés ne remarquent plus. J’accepte. Le garçon-roi fit asseoir les quatre hommes séparément afin qu’ils ne puissent pas se consulter. Puis il donna à chacun un morceau d’argile molle. — Vous affirmez tous connaître la pierre précieuse qui est au centre de cette dispute. Modelez-la telle que vous vous en souvenez. Le marchand façonna rapidement une petite forme allongée avec une extrémité pointue. Dzuk, qui avait réellement tenu le joyau entre ses mains, fit presque la même. Les deux témoins, eux, hésitèrent. L’un forma une boule ronde. L’autre une pierre large et plate. Le garçon posa les quatre modèles côte à côte. Même les autres enfants devinrent silencieux. — C’est curieux, dit le petit juge. Les deux personnes qui ont réellement vu la pierre s’en souviennent presque de la même manière. Mais les deux personnes qui disent avoir assisté à sa remise imaginent deux objets totalement différents. Il se tourna vers les courtisans. — Si vous avez vu le joyau, pourquoi vos modèles ne se ressemblent-ils ni entre eux ni avec ceux des personnes qui l’ont vraiment tenu ? L’un des témoins baissa la tête. L’autre rougit. Dzuk essaya de parler, mais le garçon leva la main. — Pas si vite. La vérité n’a pas besoin qu’on la pousse. Elle tient debout toute seule. Le mensonge, lui, doit sans cesse inventer un nouvel appui. L’un des courtisans céda. — Nous n’avons jamais vu cette pierre. Dzuk nous a demandé de confirmer son récit. Le deuxième avoua à son tour. Dzuk resta longtemps silencieux. Puis il dit : — J’ai vendu le joyau. Au début, je pensais rendre l’argent plus tard. Ensuite, j’ai eu peur. Puis j’ai commencé à mentir pour cacher ma première faute. Le garçon-roi le regarda sérieusement. — Une pierre précieuse peut être rachetée. La confiance, c’est beaucoup plus difficile. Si tu veux réellement réparer ce que tu as fait, commence non par des excuses, mais par la vérité. Les adultes retournèrent au palais et racontèrent au roi l’étrange tribunal des enfants. Le roi demanda qu’on lui apporte les figurines d’argile. Il les observa longtemps, puis sourit. — Hier, j’ai cru des paroles parce que les noms des témoins m’impressionnaient. Aujourd’hui, un enfant m’a rappelé que la justice doit vérifier les preuves, pas le rang de celui qui parle. Dzuk remboursa au marchand la valeur de la pierre et compensa également le tort causé. Il demanda pardon au marchand et à son épouse. Les deux courtisans reconnurent publiquement leur mensonge et perdirent pour longtemps le droit de témoigner devant le tribunal royal. Quant au garçon de la colline, le roi l’invita au palais. — Qui t’a appris à juger ainsi ? Le garçon haussa les épaules. — Personne. J’ai simplement pensé que si plusieurs personnes disent avoir vu la même chose, elles devraient au moins se souvenir de sa forme. Le roi se mit à rire. — Les meilleures idées commencent souvent par une question très simple. Depuis ce jour, lorsqu’une affaire difficile arrivait devant la cour, le roi rappelait à ses juges les quatre morceaux d’argile. Car un nom prestigieux ne rend pas une parole vraie. Une vérification simple peut parfois valoir davantage qu’une centaine de déclarations solennelles. Et celui qui veut être juste doit écouter non seulement ceux qui parlent avec assurance, mais aussi la vérité elle-même, discrète, précise et patiente.

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