

Arménie
Le fils de la pauvre veuve
- Pays
- Arménie
- Âge
- 6–10 ans

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Le fils de la pauvre veuve
Un roi avait une fille unique. Lorsqu’elle fut assez grande pour choisir son avenir, son père invita au palais de riches et nobles jeunes hommes venus de tout le royaume. On remit à la princesse une pomme d’or. Selon la coutume, elle devait la lancer à celui qu’elle choisissait. Princes, chefs militaires, fils de marchands et de dignitaires passèrent devant elle. Près de la porte se tenait un jeune homme en vêtements simples. Fils d’une pauvre veuve, il était venu seulement regarder la fête. La princesse lança la pomme vers lui. Le silence tomba. Le roi pensa à une erreur. Il recommença la cérémonie le lendemain. La princesse choisit encore le fils de la veuve. Puis une troisième fois. Le roi se fâcha. — Tu pouvais choisir n’importe qui. Pourquoi lui ? — Parce que je n’ai pas choisi sa richesse. J’ai choisi une personne. Le roi ne réussit pas à la faire changer d’avis, mais refusa de bénir l’union. Le jeune couple quitta le palais et s’installa avec la vieille veuve. La vie était difficile. La princesse savait filer et tisser. Son mari travaillait lui aussi, mais les revenus restaient modestes. Un jour, une grande caravane passa dans le village. — Je vais partir avec eux. Je dois essayer de mieux gagner notre vie. Avant le voyage, le jeune homme consulta un vieil homme connu pour sa sagesse. — Donnez-moi un conseil. — Souviens-toi de trois choses. Pour celui qui aime, la personne aimée possède sa propre beauté. La patience mène souvent à la sécurité. Et si tu sais attendre et observer, même un retard pénible peut cacher quelque chose de bon. Le jeune homme répéta ces phrases et rejoignit la caravane. Après plusieurs jours, ils atteignirent un puits isolé. Les marchands l’avertirent : — Un géant habite près d’ici. Il pose des questions étranges. Le géant apparut avec deux jeunes femmes. — Voyageur, laquelle est la plus belle ? Le jeune homme comprit que toute comparaison risquait de blesser l’une des deux. Il se souvint du premier conseil. — Pour chacun, la plus belle est celle qu’il aime. Un étranger ne devrait pas mesurer les sentiments du cœur comme des étoffes au marché. Le géant éclata de rire. — Voilà une réponse sage. Il lui donna quelques pommes et des grenades extraordinaires. — Ne les ouvre pas trop vite. Elles pourront servir plus tard. Dans la ville suivante, le jeune homme ouvrit une grenade. À la place des graines, des pierres précieuses brillaient. Il n’utilisa pas tout immédiatement. Il vendit une partie, acheta des marchandises et envoya de l’argent chez lui. Le commerce était difficile. Il fallait connaître les prix, les routes et les coutumes. Il se trompa, apprit, recommença. Dans une grande ville, une riche marchande remarqua son honnêteté et lui confia de plus en plus de responsabilités. Les années passèrent. Chez lui, sa femme utilisa intelligemment l’argent reçu. Elle développa son activité de tissage, apprit à tenir les comptes et à commercer. Un fils naquit. Le garçon grandit avec les histoires d’un père parti au loin. — Quand reviendra-t-il ? — Quand la route le ramènera. Le vieux roi, pendant ce temps, regrettait de plus en plus sa fierté. Un jour, un jeune homme entra à son service. Le roi ignorait qu’il s’agissait de son petit-fils. Il apprécia son intelligence et lui accorda sa confiance. Finalement, après de nombreuses années, le fils de la veuve décida de rentrer. Sa patronne lui donna son salaire et une généreuse récompense. À l’approche de son village, il reconnut à peine les lieux. À la place de la petite maison pauvre se dressait une belle demeure entourée d’un jardin. — Me serais-je trompé ? Dans le jardin, il vit sa femme. Elle avait vieilli, bien sûr, mais il la reconnut. Près d’elle se tenait un jeune homme élégamment vêtu. Ils parlaient avec affection et le jeune homme l’embrassa. Le voyageur s’arrêta. Il n’avait reçu que peu de nouvelles durant toutes ces années. Une pensée jalouse lui traversa l’esprit. « Elle a peut-être construit une autre vie. » Il allait entrer brusquement et demander des comptes. Puis il se rappela le deuxième conseil : « La patience mène souvent à la sécurité. » Il resta derrière la clôture. — J’ai attendu tant d’années. Je peux attendre quelques minutes de plus avant de juger. Le jeune homme dans le jardin dit : — Maman, le roi demande encore de tes nouvelles. Il ne sait pas que je suis son petit-fils. Ne devrions-nous pas lui dire la vérité ? La femme soupira. — Peut-être. Mais j’aimerais tellement que ton père soit ici. Je l’attends depuis si longtemps. Le voyageur en resta sans voix. « Maman ? Ton père ? » Il regarda mieux le jeune homme. Il reconnut quelque chose de son propre regard, le sourire de sa mère, les yeux de sa femme. C’était son fils. Il comprit alors le troisième conseil : une attente patiente peut révéler un bien que la colère aurait détruit. Il ouvrit le portail. Sa femme se retourna. Pendant quelques secondes, aucun d’eux ne parla. — Tu es revenu. — Je suis revenu. Le fils ne savait que dire. Son père s’approcha. — Quand je suis parti, tu n’étais pas encore né. Et maintenant, tu es un homme. — J’ai voulu vous rencontrer toute ma vie. Ils s’embrassèrent. Cette nuit-là, la lumière resta longtemps allumée. Chacun raconta sa partie de l’histoire. Le lendemain, ils allèrent ensemble au palais. Lorsque le vieux roi vit sa fille, il se leva. — J’ai passé des années à croire que j’avais raison. Puis j’ai compris que ma fierté m’avait coûté ma famille. — Nous ne pouvons pas récupérer les années perdues, répondit-elle. Mais nous pouvons éviter de perdre les prochaines. Le roi découvrit que le jeune homme qu’il appréciait tant était son petit-fils. Il comprit aussi que le fils d’une pauvre veuve était devenu, par le travail et l’expérience, un homme respecté. La famille se retrouva. Le voyageur transmit à son fils les trois conseils reçus autrefois. Sa femme l’écoutait parfois et plaisantait : — C’est bien que tu aies appris à ne pas te précipiter. Dommage qu’il t’ait fallu vingt ans de voyage pour t’entraîner. Alors tous les trois riaient. Car certaines leçons arrivent réellement par de très longues routes.
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