Couverture : Le fils qui entendait les voix

France

Le fils qui entendait les voix

Pays
France
Âge
8–11 ans
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Le fils qui entendait les voix

Dans une grande maison vivaient autrefois des parents aisés et plusieurs enfants. La maison était pleine de bruit : l’un apprenait à lire, l’autre jouait au ballon dans la cour, un troisième discutait pour le dernier morceau de gâteau. L’un des fils était plus silencieux. Parfois, il s’arrêtait au milieu d’une tâche comme s’il écoutait quelque chose que personne d’autre n’entendait. — Qu’y a-t-il ? demandait sa mère. — Une voix. Elle apparaît un instant, comme le vent dans une cheminée. Dans ce vieux récit, personne ne savait d’où venait cette voix. Était-ce un conseil magique, un écho du destin ou simplement un mystère que le conteur refusait d’expliquer ? Un jour, le garçon entendit : — Le moment viendra où ceux qui te regardent aujourd’hui de haut viendront eux-mêmes te demander de l’aide. Il répéta honnêtement ces paroles à sa famille. Sa mère les prit comme une offense. — Tu penses donc qu’un jour nous dépendrons de toi ? — Je ne pense rien de tel. Je répète seulement ce que j’ai entendu. Mais la colère avait déjà troublé son jugement. Elle appela deux serviteurs et leur ordonna d’emmener le garçon loin de la maison afin qu’il ne revienne pas. Les serviteurs partirent avec lui. L’un marchait d’un air sombre. — Il faut exécuter exactement l’ordre reçu. L’autre secouait la tête. — Un ordre donné dans la colère n’en devient pas juste pour autant. Loin dans les montagnes, les deux hommes se disputèrent. — Laissons-le ici, dit le premier. — Non. Nous lui donnerons de l’eau, de la nourriture et la direction d’un village. À la maison, nous dirons seulement que nous avons perdu sa trace. Le bon serviteur donna au garçon une partie de son pain, sa gourde et une petite pièce. — Marche vers le col où tu vois le soleil. Avant la nuit, tu atteindras des maisons. Le garçon le remercia. Il voyagea de nombreux jours. Il travailla dans des fermes pour obtenir un repas, porta de l’eau, répara des clôtures. Puis il décida d’aller jusqu’à Rome, une ville dont il avait souvent entendu parler. En route, il rencontra deux jeunes gens qui allaient dans la même direction. — Voyageons ensemble. Ce sera plus sûr. Un soir, les trois entrèrent dans une forêt. La nuit tombait et la pluie commençait. Enfin, ils aperçurent une maison éclairée. — Quelle chance ! dit l’un des compagnons. Mais le garçon s’arrêta. La mystérieuse voix murmura : — Ne restez pas ici. Ce n’est pas un bon endroit pour dormir. — Quelque chose me déplaît dans cette maison, avertit-il ses amis. Restons sur nos gardes. La maîtresse des lieux les accueillit avec amabilité et posa un repas sur la table. Plus tard, alors qu’ils se préparaient à dormir, le garçon entendit une conversation derrière le mur. Une bande de voleurs venait d’arriver. Ils voulaient prendre tout ce que les voyageurs possédaient. Le garçon réveilla ses compagnons. — Silence. Par la fenêtre de derrière. Ils quittèrent la maison et marchèrent dans la forêt jusqu’à ce que ses lumières disparaissent. — Ta prudence nous a évité de gros ennuis, dirent ses amis le lendemain. Le soir suivant, ils atteignirent une autre maison. Celle-ci était claire, propre et son propriétaire les reçut sincèrement. Pendant le repas, il soupira. — J’ai une fille. Depuis des années, elle est faible et souffre souvent. Nous avons cherché de l’aide partout. Le garçon sentit de nouveau la présence de la voix. Le vieux conte ne dit pas exactement comment il aida la jeune fille. Le conteur assure seulement qu’il trouva le bon moyen et que, dès le lendemain, elle se sentit mieux, puis guérit. Son père voulut récompenser généreusement le voyageur. — Je n’ai pas besoin de richesse. Donnez-moi seulement un signe que nous sommes devenus amis. Le maître de maison cassa un petit anneau en deux. — Garde une moitié. L’autre restera dans notre famille. Si un jour l’un de tes amis vient avec cette moitié et demande de l’aide, nous le reconnaîtrons. Le garçon le remercia. Plus tard, lorsque ses chemins croisèrent de nouveau ceux du bon serviteur qui l’avait sauvé, il lui donna la moitié de l’anneau. Il n’avait pas oublié son geste. Le jeune homme et ses deux compagnons arrivèrent enfin près de Rome. À peine eurent-ils franchi les portes que les cloches se mirent à sonner. D’abord une. Puis une deuxième. Puis toute la ville. Les habitants sortirent dans les rues. — Qui vient d’arriver ? Selon les lois du conte, tous prirent ce phénomène pour un signe particulier. Les anciens de la ville parlèrent longuement avec le jeune homme et furent impressionnés par son calme, son intelligence et sa capacité à écouter. L’impossible se produisit : on lui confia l’une des fonctions les plus honorables de la ville. Désormais, les gens venaient lui demander conseil, arbitrage et aide. Les années passèrent. Chez lui, sa mère regrettait depuis longtemps son ordre terrible prononcé sous le coup de la colère. Un jour, elle avoua à son mari : — J’ai commis une grande injustice. Notre fils aurait pu mourir à cause de ma fureur. Je ne sais pas où il est, mais je veux le retrouver et lui demander pardon. Le père resta silencieux. Puis il répondit : — Alors partons ensemble. Les deux serviteurs les accompagnèrent. Après de longues recherches, ils arrivèrent à Rome. Dans une grande salle, ils attendirent leur tour pour parler au jeune dignitaire respecté de toute la ville. La mère ne le reconnut pas. Elle commença à raconter : — J’avais autrefois un fils. Je me suis mise en colère contre ses paroles étranges et j’ai ordonné qu’on le chasse. Depuis, je regrette chaque jour. Je donnerais beaucoup pour pouvoir seulement lui dire : « Pardonne-moi. » Le jeune homme écouta en silence. Puis il se leva. — Vous n’avez plus besoin de chercher. — Pourquoi ? — Parce que votre fils est devant vous. Elle porta une main à sa bouche. — C’est… toi ? — Oui. — Pourras-tu jamais me pardonner ? Le fils s’approcha. — Je ne peux pas changer ce qui est arrivé. Mais je peux décider de ce que nous en faisons maintenant. J’accepte ton regret. Et je veux qu’à partir d’aujourd’hui nous nous parlions avant de laisser la colère choisir pour nous. Ses parents pleurèrent de soulagement. Le jeune homme n’oublia pas les deux serviteurs. Il accueillit celui qui l’avait protégé comme un ami. Grâce à la moitié de l’anneau, le serviteur fut reçu chaleureusement par la famille de la jeune femme que le garçon avait aidée pendant son voyage. Avec le temps, les deux jeunes gens apprirent à se connaître et décidèrent eux-mêmes de se marier. Au second serviteur, le jeune homme dit : — Tu voulais exécuter un ordre injuste sans poser de question. Souviens-toi : notre responsabilité ne disparaît pas simplement parce qu’une personne plus puissante nous demande de faire quelque chose de mauvais. L’homme reconnut son erreur et partit travailler ailleurs, avec la possibilité de changer. Un soir tranquille, la mère se souvint des anciennes paroles. — La voix avait dit que nous viendrions un jour te demander de l’aide. — Oui. — Alors tout s’est réalisé. Le fils sourit. — Peut-être. Mais je crois que le plus important n’est pas ce que la voix a annoncé. Le plus important, c’est ce que chacun de nous a choisi de faire lorsque le moment est venu. Derrière la fenêtre, les cloches du soir s’éteignaient lentement. La voix mystérieuse ne parla plus. Car le destin peut parfois indiquer une direction. La route, elle, doit toujours être parcourue par nous-mêmes.

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