

Brésil
Le garçon et le violon
- Pays
- Brésil
- Âge
- 5–9 ans

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Le garçon et le violon
Au Brésil vivait un garçon qui aimait la musique plus que tout. Tant que son père était auprès de lui, il pouvait lui raconter ses peurs, ses rêves, ce qu’il avait vu sur le chemin, ses joies et ses chagrins. Puis son père disparut de sa vie, et la maison devint très silencieuse. Il restait au garçon un petit terrain, quelques orangers, un chien et un chat. Il confia le chien à un bon voisin qui l’aimait depuis longtemps, vendit le terrain et les arbres et, avec tout l’argent, acheta ce dont il rêvait depuis des années : un violon. Ce n’était pas un instrument d’or ni un objet qui semblait magique. Du bois sombre, quatre cordes et un archet dans un étui un peu usé. Mais lorsqu’il posa le violon contre son épaule et tira l’archet, il eut l’impression que le silence de la maison lui répondait. Au début, ses notes hésitaient. Il travailla pourtant chaque jour. Le chat s’asseyait près de lui, la queue autour des pattes. Peu à peu, le violon apprit à parler avec le garçon. Quand il était triste, la musique ressemblait au vent du soir dans l’herbe. Quand il se souvenait d’un moment heureux, elle s’éclairait. Quand il riait, l’archet semblait courir tout seul. Mais il fallait gagner sa vie. Un jour, le garçon prit le chat et son violon et se rendit vers les pâturages royaux. — J’ai besoin d’un travail. Je peux garder les moutons. Le chef des bergers secoua la tête. — Nous avons assez de monde. Le garçon le remercia et repartit. Déçu, il entra dans la forêt, s’assit sous un grand arbre et ouvrit son étui. — Puisque personne n’a besoin d’un berger aujourd’hui, jouons au moins pour les arbres. La mélodie se glissa entre les troncs. Dans le pâturage voisin, une brebis leva la tête. Puis une deuxième. Bientôt, tout un petit troupeau marcha vers la musique. — Où allez-vous ? crièrent les bergers. Les moutons trouvèrent le garçon dans la clairière et se rangèrent autour de lui. — Voilà qui est drôle. J’avais demandé à vous garder, et c’est vous qui venez à moi. Il se mit à jouer plus gaiement. Le chat se dressa sur ses pattes arrière et commença à tourner. Une brebis tapa du sabot. Une autre balança la tête. Le troupeau entier se mit à suivre le rythme. Des singes passèrent dans les arbres et rejoignirent la fête. Un tapir arriva ensuite, étonné de sentir ses propres pieds avancer tout seuls. Puis vint un tatou, très sérieux dans ses efforts de danse malgré sa carapace. Des cerfs, un tamanoir, des oiseaux et même un grand félin tacheté s’approchèrent. Cette fois, le prédateur ne poursuivit personne. Il marqua simplement le rythme de ses lourdes pattes. Une étrange procession se forma. En tête, le garçon jouait. Derrière lui dansait le chat. Puis venaient les moutons, les singes, le tapir, le tatou et tous les autres. Ils sortirent de la forêt et arrivèrent devant une muraille si haute que son sommet disparaissait dans les nuages. C’était la frontière du pays des géants. Un garde gigantesque regarda en bas. Il vit le chat danser, le tapir faire trois pas à droite, le tatou tourner avec application, et il éclata de rire. — Attendez ! Notre roi doit voir cela ! Les portes s’ouvrirent. Au palais, le roi géant demanda : — Quel est ce vacarme ? Le garçon joua. Le chat s’inclina. Les singes firent la roue. Le tatou trébucha, roula sur le dos puis se releva comme si tout avait été prévu. Le roi rit si fort que les vitres tremblèrent. — Magnifique ! Mais je connais quelqu’un que personne n’a jamais réussi à faire rire. Sa fille vivait dans une partie tranquille du palais et restait presque toujours triste. Le roi avait promis la moitié de son royaume à celui qui lui rendrait un vrai rire. On conduisit le garçon auprès d’elle. Il commença par une mélodie douce, une sorte de conversation sans paroles. La princesse tourna la tête. Puis le rythme s’accéléra. Le chat fit un salut très solennel. Une brebis l’imita. Un singe ajouta son propre geste. Le tapir se mit à tourner. Le tatou roula encore une fois et resta quelques secondes sur le dos, les pattes en l’air, d’un air tellement digne que les lèvres de la princesse frémirent. Puis elle éclata de rire. Pas un petit rire poli. Un vrai rire, jusqu’aux larmes. — Encore, s’il vous plaît ! Le garçon joua de nouveau. Le palais entier sembla plus lumineux. Le roi était ravi. — J’ai donné ma parole. La moitié de mon royaume est à toi. Le garçon resta interdit. — Je ne sais pas gouverner un royaume. — Tu apprendras. Quelqu’un qui sait écouter ce qu’il porte en lui possède déjà une qualité importante. Le garçon n’accepta qu’à condition d’avoir des maîtres pour l’instruire et de laisser les animaux vivre librement dans les jardins et les forêts. Ainsi, l’enfant solitaire devint prince d’une moitié du pays des géants. Ce qu’il préférait pourtant n’était ni le trône ni les trésors. Chaque soir, il sortait dans le jardin avec son violon. Le chat s’asseyait auprès de lui. Les singes apparaissaient derrière les buissons. Les animaux se rassemblaient. Les géants eux-mêmes venaient en essayant de marcher doucement, ce qui n’est jamais très facile pour un géant. Et le garçon jouait. Parfois tristement. Parfois avec joie. Parfois d’une manière qui faisait danser tout le monde. Il avait compris que la musique ne change pas toujours ce qui s’est passé. Mais elle peut aider un cœur à continuer son chemin. Elle peut réunir ceux qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. Et parfois, un petit violon suffit pour conduire toute une forêt jusqu’à l’endroit où la joie attendait depuis longtemps.
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