Couverture : Le géant enchanté

Portugal

Le géant enchanté

Pays
Portugal
Âge
7–10 ans
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Le géant enchanté

Une veuve avait trois fils. La famille était unie mais pauvre. Elle possédait une petite maison, un potager et quelques vieux arbres fruitiers qui, selon les années, donnaient beaucoup de fruits ou semblaient complètement oublier leur métier. Un matin, l’aîné dit : — Mère, je suis adulte. Je vais chercher du travail. Si j’ai de la chance, je reviendrai avec assez d’argent pour vous aider tous. Sa mère aurait préféré le garder près d’elle. Mais elle savait qu’il avait réfléchi. Elle lui prépara des galettes et des pommes. — Souviens-toi : un bon salaire ne signifie pas nécessairement un bon maître. Regarde non seulement ce qu’on te promet, mais aussi ce qu’on exige de toi. Le jeune homme partit à l’aube. De village en village, il entendit parler d’un magicien qui cherchait constamment des assistants. — Le travail est étrange, le prévint un aubergiste, mais il paie bien. Le garçon frappa à une haute porte noire. Un homme maigre en manteau sombre ouvrit. — Tu cherches du travail ? — Oui. — Une pièce par jour. Mais tu devras me suivre où je le décide et exécuter mes ordres. Le garçon se souvint des paroles de sa mère. Pourtant, une pièce par jour semblait une fortune. — D’accord. Cette nuit-là, le magicien fit seller deux chevaux. Ils voyagèrent à travers des forêts et des plaines pierreuses. À l’aube, une montagne apparut, si haute que son sommet disparaissait dans les nuages. — Nous sommes arrivés. Le magicien sortit un immense sac de toile couvert de symboles. — Entre dedans. — Pourquoi ? — Le sac te portera au sommet. Là-haut se trouvent des trésors. Tu rempliras plusieurs sacs d’or et de pierres précieuses, tu les attacheras à la corde magique et je les descendrai. Ensuite, je renverrai le sac pour toi. — Pourquoi ne montez-vous pas vous-même ? Le magicien sourit trop rapidement. — La montagne ne me laisse pas passer. Le jeune homme entra dans le sac. Le magicien lut quelques mots dans un vieux livre. Le sac s’éleva. Au-dessus des pins. Au-dessus des falaises. Au-dessus des nuages. Le garçon arriva au sommet. Partout brillaient des pièces, des pierres précieuses et des coupes d’argent. Près d’elles traînaient de vieux sacs et des bâtons de voyage. Il comprit qu’il n’était pas le premier à être envoyé ici. La voix du magicien monta d’en bas : — Remplis les sacs ! Le jeune homme obéit. Il descendit l’un après l’autre plusieurs sacs chargés d’or. Puis il cria : — Maintenant, renvoyez le sac ! Aucune réponse. — Monsieur le magicien ! Seulement le vent entre les pierres. Le garçon comprit qu’il avait été trompé. D’abord il se mit en colère. Puis il eut peur. Enfin, il se dit : — Pleurer ne fera pas pousser une échelle. Il faut chercher une autre sortie. Il explora le sommet. Dans l’herbe, il trouva un grand anneau de fer. Il tira. Une dalle de pierre s’ouvrit et révéla un escalier. Avec une petite bougie restée dans son sac, le garçon descendit. Les marches menaient à un palais souterrain. Des lampes brûlaient sans qu’on les allume. Un repas chaud attendait sur la table sans cuisinier visible. Les portes s’ouvraient toutes seules. Dans la dernière salle était assis un géant. Sa tête touchait presque le plafond. Sa main avait la taille d’une table. — Qui entre dans mon palais ? Le garçon faillit laisser tomber sa bougie. — Je ne voulais pas vous déranger. Un magicien m’a abandonné sur la montagne et je cherche une sortie. Le géant écouta. Puis il soupira tristement. — Le même magicien m’a enchanté. Je suis en réalité un prince. Tant que son pouvoir reste attaché à cette montagne, je ne peux pas reprendre ma forme et ce palais ne peut pas revenir à la surface. — Comment rompre le sort ? — Il disparaîtra complètement lorsque le magicien perdra son pouvoir sur la montagne. Mais trois autres prisonnières peuvent être aidées auparavant. À l’aube, trois colombes viennent à l’étang : une blanche, une grise et une couleur cannelle. Ce sont trois sœurs enchantées. Le lendemain, le garçon se cacha près de l’eau. Les trois colombes arrivèrent. Il lança une fine bande de tissu, espérant retenir la blanche. Les oiseaux s’envolèrent. Deux plumes blanches restèrent seulement dans sa main. — J’ai échoué. — Un premier échec n’est pas la fin, dit le géant. N’essaie pas de les capturer de force. Beaucoup de sortilèges se nourrissent justement de la peur. Le matin suivant, le garçon posa une bande blanche au bord de l’étang et recula. Lorsque les colombes arrivèrent, il parla : — Je ne vous ferai aucun mal. Si l’une de vous cherche une issue à son enchantement, qu’elle touche cette bande. La colombe blanche le regarda longtemps. Puis elle posa une patte sur le tissu. Une douce lumière apparut. Une jeune femme vêtue de blanc se tenait maintenant devant lui. — Enfin. Une partie du sort est rompue. Les deux autres oiseaux tournèrent au-dessus de l’étang comme s’ils se réjouissaient pour leur sœur, mais restaient encore enchantés. Les jours passèrent. L’aîné ne pouvait toujours pas quitter le palais, mais il n’était plus seul. Il aidait le prince-géant à chercher d’anciennes inscriptions sur le sort. La jeune femme en blanc se souvenait peu à peu de ce que le magicien avait fait. Pendant ce temps, leur mère s’inquiétait. — Il est absent depuis trop longtemps. Le plus jeune fils décida de partir à sa recherche. Le deuxième resta auprès de leur mère. Le plus jeune suivit la même route et apprit en ville que son frère avait été engagé par un magicien. Il frappa à la porte noire. — Tu cherches du travail ? — Exactement. Bientôt, ils arrivèrent à la montagne. Lorsque le magicien sortit le grand sac, le garçon fit semblant de ne rien soupçonner. Au sommet, il aperçut les vieux sacs et comprit que son frère était passé là. — Remplis-les d’or ! cria le magicien. Le garçon remplit le premier de pierres et posa quelques pièces au-dessus. Il fit de même avec les autres. Le magicien jubilait en bas. Pendant qu’il ouvrait les lourds sacs, le garçon vit une boucle métallique attachée à la corde magique. À côté, une inscription était gravée : « Celui qui rend à la montagne ce qu’on lui a pris sans droit dénoue le nœud du sort. » Le garçon vida sur le sol les quelques pièces restées dans sa poche. La montagne se mit à vibrer, non pas violemment, mais comme une immense cloche. En bas, les sacs du magicien s’ouvrirent. L’or accumulé pendant des années disparut de ses coffres et remonta vers le sommet sous forme d’étincelles dorées. — Non ! Mon trésor ! Il ouvrit son livre. Les pages étaient devenues blanches. Ses enchantements ne répondaient plus. Le magicien s’enfuit et ne revint jamais. Au même instant, le palais souterrain se mit à monter lentement vers la lumière. À mesure qu’il s’élevait, le géant rétrécissait. Lorsque le palais atteignit la surface, un jeune prince se tenait à sa place. Au-dessus de l’étang, les colombes grise et cannelle descendirent. En touchant l’eau, elles retrouvèrent leur apparence humaine. C’étaient les deux sœurs de la jeune femme vêtue de blanc. Un dernier prodige se produisit. Le palais se retrouva non loin de la maison de la veuve. La mère ouvrit sa porte et resta immobile. Ses deux fils se tenaient devant elle. — Maman ! Elle les serra tous les deux comme si elle avait décidé de ne plus jamais les lâcher. Le deuxième frère sortit du jardin, regarda l’immense palais et demanda : — J’ai raté quelque chose d’important ? Tout le monde éclata de rire. Le prince délivré remercia les deux frères. La jeune femme en blanc resta près de lui. Pendant leur vie sous terre, ils étaient devenus de proches amis et, plus tard, ils décidèrent de se marier. Ses sœurs étaient libres elles aussi et choisirent elles-mêmes leur route. Longtemps, tous restèrent invités chez la veuve. La petite maison ne sembla jamais aussi joyeuse, même lorsqu’il y eut plus d’invités que de chaises. L’aîné répétait souvent : — Mère avait raison. Il faut écouter non seulement combien on vous promet, mais aussi ce que l’on exige. Son jeune frère ajoutait : — Et si quelqu’un promet une montagne d’or, mieux vaut vérifier qu’il ne compte pas vous laisser tout seul à son sommet. Depuis ce jour, la famille eut une nouvelle règle : réfléchir avant une grande décision et ne jamais laisser seul sur la montagne quelqu’un qui a besoin d’aide.

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