Couverture : Le jeune écolier

France

Le jeune écolier

Pays
France
Âge
6–9 ans
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Le jeune écolier

Dans une petite ville au bord de la mer vivait un capitaine avec sa femme et son fils. Le capitaine partait souvent pour de longs voyages. Il connaissait les vents, savait lire le ciel dans les nuages et trouvait le chemin du port même au milieu du brouillard. Son plus grand souhait était que son fils devienne, lui aussi, instruit et habile. Pendant les absences de son père, le garçon allait chaque jour à l’école. À chaque retour, le capitaine demandait : — Alors, mon fils, as-tu beaucoup appris ? La première fois, la mère répondit : — Il avance petit à petit. Le capitaine repartit en mer. Quelques mois plus tard, il revint et demanda dès le seuil : — Et maintenant ? Peux-tu me montrer tout ce que tu sais ? Le garçon hésita. — Pas vraiment ce que tu attends. Le père fronça les sourcils et alla voir le maître d’école. — Dites-moi franchement. Mon fils n’apprend donc rien ? Le maître se gratta la tête. — C’est un élève étrange. Les choses faciles pour les autres ne l’intéressent pas beaucoup. En revanche, il passe des heures à écouter les oiseaux. Il prétend comprendre leur langage. Le capitaine rentra chez lui de mauvaise humeur. — Qu’as-tu donc appris à l’école ? Le garçon répondit honnêtement : — J’ai appris à comprendre la langue des oiseaux. — La langue des oiseaux ! s’écria son père. Moi qui rêvais de t’enseigner la navigation, et toi tu écoutais des gazouillis ! Le garçon ne se disputa pas. — Peut-être qu’un jour cette connaissance sera utile. Le capitaine décida de l’emmener avec lui lors du prochain voyage. — Tu verras un vrai travail. Tu apprendras à tenir un cap, reconnaître les courants et écouter les ordres. Le bateau prit la mer. Pendant plusieurs jours, tout fut calme. Un matin, un petit oiseau se posa sur le haut du mât et chanta. Le capitaine sourit. — Alors, savant en langage d’oiseaux, tu le comprends ? Le garçon écouta. Son visage devint sérieux. — Oui. — Que dit-il ? — Aujourd’hui, je t’obéis, père. Mais un jour viendra où tu te tiendras devant moi en attendant ma parole. Le capitaine s’enflamma. — Moi ? Devant toi ? Quelle absurdité ! Sa colère fut si forte qu’il refusa d’entendre quoi que ce soit de plus. À bord se trouvait un grand tonneau solide destiné aux provisions, capable de flotter. Le capitaine ordonna qu’on y installe le garçon avec de l’eau et de la nourriture et qu’on mette le tonneau à la mer près d’une côte que l’on apercevait au loin. Dès que le tonneau toucha l’eau, le capitaine regretta déjà son emportement. Mais le vent entraîna le navire et il ne put revenir immédiatement. Le garçon avait peur. Pourtant, le tonneau flottait. Les vagues le balançaient comme une coquille de noix. Dans la nuit, le vent le poussa doucement vers la terre. Le lendemain matin, des gens de la suite royale aperçurent le tonneau. Le roi lui-même se promenait près de la mer. — Qu’est-ce que les vagues nous ont apporté ? Les serviteurs commencèrent à ouvrir prudemment le couvercle. — Doucement ! cria une voix depuis l’intérieur. Il y a quelqu’un ici ! Lorsque le garçon sortit, le roi écouta son histoire et l’emmena au palais. Le jeune écolier se révéla attentif, bon et intelligent. Il apprit rapidement ce qu’il ignorait encore : lire des cartes, tenir des comptes, comprendre les gens. Et il ne perdit jamais sa connaissance du langage des oiseaux. Les années passèrent. Le roi finit par l’aimer comme un fils. La princesse devint sa meilleure amie. Lorsqu’ils furent adultes, ils décidèrent de se marier. Pendant ce temps, le père capitaine continuait de naviguer. Il pensait souvent à son fils et regrettait chaque année davantage ce jour de colère. Un jour, son bateau fut pris dans une terrible tempête. Les voiles furent déchirées, les vagues le poussèrent hors de sa route et le capitaine atteignit à peine une côte inconnue. Sans bateau ni équipage, il chercha du travail. Le hasard le conduisit jusqu’au palais royal. On y cherchait un marin expérimenté pour entretenir les bateaux et former de jeunes hommes. Le capitaine fut engagé. Un jour, le jeune maître du palais vint au port. Il regarda attentivement le nouvel employé et reconnut immédiatement son père. Le capitaine, lui, ne reconnut pas son fils. Devant lui se tenait un homme adulte, non plus un écolier. — Seigneur, quels sont vos ordres ? demanda-t-il. Le jeune homme resta silencieux quelques secondes. Puis il demanda doucement : — Vous souvenez-vous d’un garçon qui disait autrefois comprendre les oiseaux ? Le capitaine pâlit. — Oui. Et je regrette chaque jour de ne pas l’avoir cru. — Et vous souvenez-vous de l’oiseau posé sur le mât ? L’homme leva les yeux. — Mon fils ? C’est toi ? — C’est moi, père. Le capitaine ne sut quoi dire. Il baissa la tête. — Pardonne-moi. Son fils l’embrassa. — Je t’ai pardonné depuis longtemps. Comprends-tu maintenant ce que chantait l’oiseau ? Il ne disait pas que je te dominerais un jour. Il disait seulement que la vie pouvait changer nos places et qu’alors il resterait important de nous traiter humainement. À partir de ce jour, le père et le fils vécurent de nouveau près l’un de l’autre. Le capitaine enseigna la navigation aux jeunes marins du port royal. Son fils, de son côté, demandait toujours son avis pour les affaires maritimes. Et lorsque des oiseaux chantaient au-dessus des toits du palais, tous deux s’arrêtaient pour les écouter. Car le capitaine avait enfin compris que toute connaissance ne ressemble pas à celle que nous attendions. Parfois, le talent le plus étrange finit simplement par trouver sa propre route.

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