Couverture : Le léopard et le bélier

Ghana

Le léopard et le bélier

Pays
Ghana
Âge
4–8 ans
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Le léopard et le bélier

Dans une forêt verdoyante où les grands arbres poussaient si près les uns des autres qu’une ombre fraîche couvrait le sol même à midi, vivait un léopard.

Il chercha longtemps un endroit où construire sa maison. Enfin, il découvrit une jolie clairière près d’un ruisseau.

— C’est ici que je vais vivre, décida-t-il.

Il nettoya une partie du terrain, apporta plusieurs branches solides pour les murs puis partit chercher de longues lianes.

Le même jour, un bélier arriva de l’autre côté de la clairière. Lui aussi cherchait un nouvel endroit où s’installer.

— Quel endroit merveilleux ! dit-il. De l’eau tout près et beaucoup d’herbe fraîche.

En voyant que le sol était déjà dégagé, il fut surpris.

— Les bons esprits de la forêt auraient-ils décidé de m’aider ?

Le bélier ne perdit pas de temps. Il traîna d’autres branches, les rangea soigneusement puis partit chercher des feuilles sèches pour le toit.

Lorsque le léopard revint, il découvrit que la construction était devenue deux fois plus haute.

— Étrange, pensa-t-il. Quelqu’un dans cette forêt semble vraiment impatient que je m’installe ici.

Le lendemain matin, le léopard apporta des perches. Le soir, le bélier ajouta un toit. Puis le léopard fabriqua une porte et le bélier couvrit le sol d’herbe sèche.

Pendant plusieurs jours, tous deux travaillèrent sur la même maison sans jamais se rencontrer.

Enfin, la maison fut terminée.

Un soir, le léopard arriva avec un petit paquet de provisions et trouva le bélier devant la porte.

Le bélier vit le léopard.

Tous deux se figèrent.

— Que fais-tu ici ? demandèrent-ils en même temps.

— J’ai construit cette maison, dit le léopard.

— Non, c’est moi qui l’ai construite, répondit le bélier.

Ils commencèrent à énumérer tout ce que chacun avait fait et comprirent rapidement la vérité.

Le léopard éclata de rire.

— Alors ce n’étaient pas les esprits de la forêt qui construisaient mes murs.

Le bélier rit lui aussi.

— Et moi, je croyais que les arbres s’arrangeaient tout seuls pour faire un toit.

La clairière était agréable, la maison spacieuse et aucun d’eux n’avait envie de se disputer.

— Peut-être pourrions-nous vivre ici ensemble ? proposa le bélier.

— Pourquoi pas ? accepta le léopard.

Ils partagèrent donc la maison.

Le léopard avait un petit garçon tacheté et rapide. Le bélier avait lui aussi un fils, frisé et joyeux. Les deux jeunes devinrent vite amis. Ils poursuivaient les papillons, construisaient des cabanes de feuilles et ne se disputaient que pour savoir qui sauterait le premier par-dessus le ruisseau.

Un jour, les adultes partirent chercher des provisions.

Le léopard revint avec un panier rempli de fruits et de racines. Peu après, le bélier arriva avec un panier tout aussi plein.

Le léopard fut étonné.

— J’ai couru toute la journée dans la forêt, gravi des pentes et traversé des buissons. Et le bélier a rapporté autant que moi. Je me demande comment il fait.

Le soir, il demanda discrètement à son fils :

— As-tu déjà vu comment un bélier déplace un obstacle ?

— Non, répondit le petit léopard.

— Alors demain, pendant que vous jouerez, montrez-vous mutuellement ce que vous savez faire.

Le lendemain, les deux jeunes trouvèrent deux gros troncs de bananier tombés sous le vent.

— Regarde comment font les léopards, dit le petit léopard.

Il s’approcha en rampant, bondit rapidement, attrapa le tronc entre ses pattes et le tira sur le côté.

— Maintenant regarde comment font les béliers, dit son ami.

Le jeune bélier recula de quelques pas, baissa la tête, prit son élan et repoussa le deuxième tronc d’un coup de cornes.

Le petit léopard raconta tout à son père.

Le léopard réfléchit longuement.

Un détail l’impressionna surtout : avant de foncer, le bélier commençait par reculer.

— Je dois m’en souvenir, dit-il à son fils. Si le bélier se met soudain à marcher en arrière, c’est peut-être qu’il se prépare à charger très fort.

Quelques jours passèrent.

Un soir, une pluie chaude traversa la forêt. L’eau tambourinait sur le toit et une partie entra par la porte ouverte, mouillant le sol.

Le bélier portait un bol de fruits vers la table.

Il posa le pied dans la flaque et glissa.

— Oh !

Pour ne pas tomber, il fit rapidement plusieurs pas en arrière.

Le léopard vit ce mouvement et se souvint de l’histoire racontée par son fils.

« Il recule ! pensa-t-il. Il va charger ! »

Le bélier, lui, essayait seulement de retrouver son équilibre.

Mais le léopard avait déjà pris peur.

— Mon fils, partons ! murmura-t-il.

— Où ça ?

— Dehors. Vite !

Le léopard et son fils sortirent en courant et se cachèrent derrière un grand arbre.

Le bélier réussit enfin à poser le bol sur la table et regarda autour de lui.

— Léopard ? Où es-tu ?

Personne ne répondit derrière l’arbre.

Le bélier sortit sur le seuil.

— Mon ami, reviens. J’ai simplement glissé !

Le léopard passa un œil derrière le tronc.

— Alors pourquoi reculais-tu ?

— Parce que le sol était mouillé !

— Mon fils m’a dit que les béliers reculaient avant de charger.

Le bélier resta silencieux plusieurs secondes, puis éclata de rire si fort que des oiseaux s’éveillèrent dans l’arbre voisin.

— Tu as cru que j’allais te donner un coup de tête à cause d’un bol de fruits ?

Le léopard eut l’air embarrassé.

— Peut-être.

— Tu aurais pu demander.

— J’aurais dû, reconnut le léopard.

Après cela, il préféra tout de même avoir un endroit plus tranquille rien qu’à lui, un peu plus loin dans la forêt, où personne ne reculait soudain sur un sol glissant.

Le bélier resta dans la confortable maison de la clairière, tandis que le léopard s’installa un peu plus loin parmi les arbres. Leurs enfants continuèrent à jouer ensemble.

Et chaque fois que le jeune bélier reculait de quelques pas, le petit léopard ne s’enfuyait plus.

Il demandait simplement :

— Tu vas charger ou tu viens seulement de glisser ?

Puis tous les deux éclataient de rire.

La forêt conserva ainsi une leçon simple : certaines de nos plus grandes peurs ne viennent pas d’un véritable danger, mais du fait que nous décidons trop vite que nous savons ce que les autres pensent.

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