

Espagne
Le miroir magique
- Pays
- Espagne
- Âge
- 7–11 ans

Écouter le conte
Le miroir magique
À Grenade, un jeune roi décida qu’il souhaitait rencontrer quelqu’un avec qui partager non seulement son palais et sa couronne, mais aussi les responsabilités, les joies et les difficultés du royaume. La nouvelle parcourut la ville à toute vitesse. Le barbier royal, homme plein d’esprit, disait à qui voulait l’entendre : — Le roi ne cherche ni la plus grande fortune ni le plus beau vêtement. Il cherche quelqu’un en qui avoir confiance. — Et comment vérifier cela ? Le barbier sortit un miroir rond dans un cadre sculpté. — Avec ceci. C’est un miroir magique. On raconte que lorsqu’une personne passe sa vie à prétendre être meilleure qu’elle ne l’est, des taches apparaissent sur le verre. L’histoire arriva aux oreilles du roi. Elle l’amusa. — Très bien. Celui ou celle qui voudra réellement me connaître pourra d’abord regarder dans ce fameux miroir. Cela semblait facile. Pourtant, personne ne venait. Une dame disait être trop occupée. Une autre affirmait justement ne pas aimer les miroirs cette semaine. Des gens tournaient autour de la boutique du barbier sans entrer. Le roi finit par demander : — Tout le royaume a donc peur d’un morceau de verre ? Le barbier sourit. — Les gens craignent parfois moins le miroir que ce qu’ils pensent y voir. — Pourtant tu as dit qu’il était magique. — J’ai dit qu’on le racontait. Un jour, le barbier parla au roi d’une jeune bergère nommée Marina. — Elle ne porte pas de soie et ne connaît pas les manières compliquées de la cour. Mais je l’ai vue rendre des objets perdus, aider des personnes âgées et partager son eau avec des voyageurs. Marina fut invitée. Dans la grande salle, le miroir l’attendait. — Tu connais sa réputation ? demanda le roi. — Oui. Il ferait apparaître des taches chez ceux qui prétendent être meilleurs qu’ils ne sont. — Tu n’as pas peur ? Marina sourit. — Un peu. Mais surtout parce qu’une salle entière me regarde. C’est plus impressionnant qu’un miroir. La cour rit. Avant de regarder son reflet, Marina déclara : — Je ne suis pas parfaite. Il m’arrive de me mettre en colère. J’ai déjà accusé ma sœur à tort et dû lui demander pardon. Certains matins, je voudrais rester au lit plutôt que conduire les moutons. Et je ne sais pas toujours quoi dire à quelqu’un qui souffre. Si ce miroir marque chaque erreur, il risque d’être très couvert. — Alors pourquoi regarder ? demanda un courtisan. — Pour savoir ce qu’il faut améliorer. Marina regarda. Aucune tache n’apparut. — Elle est donc parfaite ! s’écria quelqu’un. — Non, dit le barbier. Elle vient précisément de vous dire le contraire. Il prit le miroir. — Aucun enchantement ne compte les fautes. C’est un excellent miroir ordinaire. Un murmure parcourut la salle. — Tu nous as trompés ? — J’ai seulement dit qu’une personne qui se ment à elle-même trouverait le miroir dangereux. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Le roi demanda à Marina : — Tu savais qu’il était ordinaire ? — Non. — Alors pourquoi es-tu venue ? — Parce que vous m’avez invitée à parler. Et parce que j’étais curieuse de savoir ce qui me faisait le plus peur : le miroir ou ma propre vérité. Le roi ne lui proposa pas aussitôt une couronne. Il l’invita à rester quelque temps comme hôte. Ils discutèrent de réserves de grain, de villages qui manquaient d’eau, des décisions du palais. Marina posait des questions difficiles. Le roi n’avait pas toujours les réponses. Avec le temps, ils apprirent réellement à se connaître. Un jour, il lui dit : — J’aime que tu ne cherches pas toujours à être d’accord avec moi. J’aimerais que tu restes auprès de moi, mais tu dois décider librement. Marina réfléchit. — J’accepte seulement si je peux continuer à dire la vérité quand elle vous déplaît. — Surtout dans ces moments-là. Le miroir resta ensuite dans la boutique du barbier. Sous le cadre, il écrivit : « La chose la plus difficile à voir n’est pas une tache sur le verre, mais ce que nous devons changer en nous-mêmes. » Les gens ne venaient plus chercher la preuve qu’ils étaient parfaits. Ils venaient parfois simplement sourire à leur reflet et se rappeler qu’on n’a pas besoin de paraître meilleur qu’on ne l’est pour commencer à devenir meilleur.
May this story leave a little light in your heart ✨
