

Hongrie
Le nid du corbeau
- Pays
- Hongrie
- Âge
- 4–8 ans

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Le nid du corbeau
À la lisière d’un petit village vivaient un père, une mère et leurs deux enfants : Marichka, l’aînée, et son petit frère Petrik. La famille n’était pas riche. Le père travaillait aux champs du matin au soir, la mère s’occupait de la maison et les enfants aidaient comme ils pouvaient. Marichka portait l’eau, ramassait du bois et surveillait toujours son frère. Petrik était joyeux, curieux et posait tellement de questions que même les moineaux sur la clôture semblaient parfois l’écouter. Un jour, tout alla de travers dans la maison. La pâte à pain ne levait pas. Le feu du four s’éteignait. Le vent se levait dehors. La mère était fatiguée et de mauvaise humeur. Elle envoya Marichka chez une voisine emprunter une pelle à pain. Pendant l’absence de sa sœur, Petrik renversa accidentellement un pot d’eau. La mère se fâcha beaucoup plus que ne le méritait ce petit accident. — Va-t’en de ma vue ! cria-t-elle. Et ne reviens pas avant d’avoir appris à obéir ! Petrik eut peur. Il franchit le portail et suivit le chemin vers la forêt. Il pensait rester un moment sous les arbres puis rentrer. Mais le vent devint plus fort, les sentiers se croisèrent et le garçon se perdit. Lorsque Marichka revint, elle remarqua immédiatement son absence. — Où est Petrik ? La mère détourna les yeux. — Il est parti quelque part. Il reviendra. Mais le soleil descendait déjà derrière les arbres et Petrik ne revenait pas. Marichka prit une petite lanterne et partit à sa recherche. Près de la forêt, elle trouva la ceinture bleue de son frère. Plus loin, son petit sifflet en bois. Sous un vieux chêne, son bonnet rouge. Marichka s’assit et se mit à pleurer. — Petrik, où es-tu ? Je viendrai te chercher, réponds seulement. Elle enveloppa le bonnet, la ceinture et le sifflet dans un mouchoir blanc propre et les plaça dans le creux du vieux chêne pour qu’ils restent à l’abri de la pluie. La nuit passa. Puis une autre. Les villageois cherchèrent le garçon, mais la forêt resta silencieuse. Au printemps, une corneille noire construisit son nid dans le vieux chêne, juste au-dessus du creux. L’un de ses petits était étrange dès le premier jour. Son plumage était noir et brillant, mais ses yeux étaient clairs et doux, exactement comme ceux de Petrik. Un matin, le jeune corbeau se posa sur le bord du creux et se mit à chanter avec une voix humaine : — Le vent a couvert le chemin, la forêt a caché l’enfant. Ma sœur m’a cherché jusqu’à l’aube et gardé mes affaires dans l’arbre. Je vole maintenant au-dessus du monde, mais je n’oublierai pas ma maison. Un voyageur vêtu d’un beau manteau passait justement sur le chemin. Il s’arrêta. — Je n’ai jamais entendu un corbeau chanter comme un garçon. Chante encore, je t’en prie. Le corbeau répéta sa chanson. Le voyageur ôta son manteau chaud et le posa sur une branche. — Que ce soit un cadeau pour celui que tu aimes le plus. Un peu plus tard passa un vieil homme portant une solide canne sculptée. Lui aussi entendit la chanson. — Prends ma canne. Peut-être servira-t-elle à quelqu’un comme appui. Le troisième passant était un meunier. Il portait une petite pierre ronde, un modèle qu’il voulait montrer à un artisan. Après avoir entendu le chant, il sourit. — Et voici un rappel : chaque action a son poids. Le corbeau prit les trois présents et vola vers sa maison. Il se posa sur le toit et chanta. Marichka sortit la première. — Je connais cette voix… Le corbeau laissa tomber le manteau. La jeune fille le serra contre elle. — Petrik ? L’oiseau pencha la tête. Le père sortit à son tour. Le corbeau lui donna la canne. — Merci. Mais je voudrais surtout savoir où se trouve mon fils. La chanson recommença. La mère écoutait derrière la porte. À chaque phrase, son visage pâlissait. Elle se souvenait de son cri, de ses paroles et du fait qu’elle n’avait pas couru immédiatement après son enfant. Finalement, elle sortit. — Si tu es vraiment mon Petrik, je ne te demande aucun cadeau. Je te demande pardon. J’ai parlé dans la colère et je t’ai laissé partir seul. Je ne peux pas effacer cela. Le corbeau tenait la pierre ronde dans son bec. Il vola jusqu’au bord du toit et la laissa tomber. La pierre atterrit devant la mère sans la toucher. Elle recula, surprise. — Voilà le poids de tes paroles, dit le corbeau avec une voix de garçon. Souviens-t’en. La mère s’assit et pleura. — Je m’en souviendrai. Marichka tendit les bras vers l’oiseau. — Reviendras-tu ? Le corbeau fit un cercle au-dessus de la cour puis se posa sur son épaule. Au moment où Marichka toucha les plumes noires, elles se mirent à briller, tourbillonnèrent comme une poussière argentée et Petrik reparut devant elle. Un peu maigri, avec des bottes rayées par les branches, mais vivant, souriant et bien réel. Une magicienne de la forêt l’avait trouvé pendant cette nuit de tempête et l’avait sauvé. Ayant entendu comment le garçon avait été chassé dans un moment de colère, elle avait décidé de laisser à la famille le temps de comprendre que des paroles peuvent blesser autant qu’une pierre. Elle transforma Petrik en corbeau. Il ne pourrait reprendre sa forme qu’au moment où la vérité et un véritable regret seraient exprimés à la maison. À partir de ce jour, les disputes ne disparurent pas entièrement. Là où vivent des gens, il arrive encore que quelqu’un se fâche. Mais plus personne ne lançait des mots au hasard. Le nid du corbeau resta visible pendant de nombreuses années dans le vieux chêne. Marichka et Petrik y allaient souvent ensemble et laissaient des miettes de pain pour les oiseaux. Car les bonnes paroles peuvent être légères comme une plume. Les paroles de colère peuvent être lourdes comme une pierre. Mieux vaut réfléchir avant de les laisser tomber dans le monde.
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