

Géorgie
Le paysan et le marchand
- Pays
- Géorgie
- Âge
- 6–9 ans

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Le paysan et le marchand
Dans un village de Gourie vivait un paysan qui possédait peu de terre, encore moins d’argent, mais assez d’esprit pour trois personnes. Un jour, il attrapa un faisan dans un champ. Il allait le ramener chez lui lorsque l’oiseau parla d’une voix humaine : — Relâche-moi, bon homme. Je n’oublierai pas ta bonté. Le paysan fut si surpris qu’il ouvrit les mains. — Et comment comptes-tu me remercier ? — Je raconterai aux oiseaux que tu ne m’as pas fait de mal. Tu verras, le bien ne disparaît pas. Le faisan s’envola. Le lendemain matin, des pigeons apparurent dans la cour du paysan. L’un apporta quelques grains. Un autre une noix. Puis vinrent des cailles, des geais, des merles. Les uns laissaient du grain, d’autres des baies ou des graines. Après plusieurs jours, le garde-manger contenait déjà de belles réserves. — Voilà donc sa gratitude, dit la femme du paysan. Ce n’est pas de l’or, mais c’est utile. Un soir, un riche marchand demanda à passer la nuit chez eux. Au dîner, il vit le pain, la bouillie, les noix et les fruits secs. — D’où viennent toutes ces provisions ? Tes champs ne m’ont pas semblé très riches. Le paysan remarqua l’éclat intéressé dans ses yeux. Il décida de plaisanter. — Tout cela vient de ma chatte. — De ta chatte ? — Une race très particulière. Tu lui dis ce que tu veux, elle va le chercher. Le marchand voulut aussitôt l’acheter. — Impossible. Comment vivrais-je sans elle ? Le marchand proposa davantage. Puis encore davantage. Finalement, le paysan accepta. Le lendemain, le marchand repartit avec la chatte, persuadé qu’il n’aurait plus jamais besoin de payer ses provisions. Un jour passa. Puis deux. La chatte ne rapporta rien. Elle vola même un morceau de fromage sur la table et alla le manger sous un banc. Furieux, le marchand retourna chez le paysan. — Tu m’as trompé ! Cette chatte n’apporte rien ! Le paysan faisait cuire du millet. En apercevant le marchand par la fenêtre, il remplit le chaudron à l’avance puis s’assit près du feu avec un seul grain dans la paume. Le marchand entra. Le paysan fit semblant de ne pas le voir. Il jeta le grain dans le chaudron, posa le couvercle, marmonna quelques mots, puis ouvrit solennellement. Le chaudron était plein de bouillie parfumée. Le marchand oublia immédiatement la chatte. — Qu’est-ce que ce chaudron ? — Il semble ordinaire, mais il est magique. Un seul grain et voilà le dîner de toute la famille. — Vends-le-moi ! — Jamais. Le marchand négocia encore. Il repartit finalement avec le chaudron pour une grosse somme. À la maison, il y jeta un grain. Rien. Deux grains. Rien. Une poignée. Toujours rien. Le lendemain, il se précipita encore chez le paysan. Celui-ci avait déjà deviné qui arrivait. Il possédait deux lapins presque identiques. Sa femme en garda un à la maison et son mari emmena l’autre au champ. Lorsque le marchand arriva pour se plaindre, le paysan l’écouta. — Nous parlerons du chaudron pendant le déjeuner. Dommage que nous soyons loin de la maison. Il se pencha vers le lapin. — Va dire à ma femme d’apporter du pain, du fromage, des œufs et une cruche de boisson aux fruits. Le lapin partit en bondissant vers le village. Quelque temps plus tard, la femme du paysan apparut avec un panier. À ses pieds sautait le second lapin, portant exactement le même ruban au cou. Le marchand resta bouche ouverte. — Il a réellement transmis tout le message ! — Tu pensais que j’allais courir moi-même jusqu’à la maison ? Évidemment, le marchand voulut acheter le lapin. Le soir même, il invita des amis. Il lâcha l’animal. — Va chez moi. Dis qu’on prépare un grand dîner ! Le lapin disparut joyeusement dans les buissons. Lorsque le marchand et ses invités arrivèrent chez lui, aucune table n’était prête. — Quel lapin ? demanda sa femme. Aucun lapin n’est venu. Les invités éclatèrent de rire. Le marchand devint rouge jusqu’aux oreilles. Le lendemain, il retourna chez le paysan. — Cela suffit ! La chatte n’est pas magique. Le chaudron n’est pas magique. Le lapin n’est pas un messager. Rends mon argent ! Le paysan le regarda calmement. — Tu n’as pas vraiment acheté une chatte, un chaudron ou un lapin. Chaque fois, tu as acheté l’espoir d’obtenir beaucoup sans aucun effort. Cet espoir coûte souvent très cher. — Ne me fais pas la leçon ! Je vais te montrer lequel de nous deux est le plus intelligent. Le marchand décida de l’emmener devant un juge de la ville. Sur la route, ils rencontrèrent une grande fête. Dans la capitale, on choisissait justement un nouveau responsable des troupeaux royaux. Le marchand attacha son cheval à un arbre et alla voir ce qui se passait. Le paysan resta près du chemin. Un jeune berger passa. — Pourquoi attends-tu ici ? Le paysan soupira. — Ils veulent me nommer responsable de tous les troupeaux royaux. Mais je refuse. Trop de soucis ! Compter les moutons, vérifier les pâturages, surveiller les bergers… Les yeux du jeune homme brillèrent. — Moi, je rêve d’un tel travail depuis toujours. — Alors va sur la place. Ils cherchent justement quelqu’un qui connaît vraiment les moutons. Le berger le remercia et courut vers la ville. Lorsque le marchand revint, il était déjà un peu moins furieux. Pendant son absence, il avait entendu des gens rire de ses achats étranges. Quelqu’un avait dit : — Aucun objet ne peut remplacer le travail et le bon sens. Sinon, tout le monde serait riche depuis longtemps. Le marchand marcha en silence. Enfin, il demanda : — Dis-moi honnêtement. Pourquoi est-ce que je t’ai cru chaque fois ? Le paysan sourit. — Parce que je disais exactement ce que tu avais le plus envie d’entendre. — Et pourquoi m’as-tu vendu toutes ces choses ? — La première fois, pour plaisanter. Ensuite, j’ai vu que tu ne voulais entendre aucune explication. Tu cherchais seulement une nouvelle merveille. Mais cela suffit. Je vais te rendre une partie de ton argent. Considère le reste comme le prix d’une leçon très chère. Le marchand fut surpris. Il s’attendait à une nouvelle ruse. — Et quelle est cette leçon ? — Lorsqu’on te promet une richesse facile, ne détache pas immédiatement ta bourse. Commence par réfléchir. Le marchand reprit son argent. Cette fois, il ne discuta pas. On raconte qu’il devint ensuite beaucoup plus prudent dans ses affaires. Quand quelqu’un venait lui vendre une « merveille » censée faire tout le travail toute seule, il la testait trois fois avant de payer. Quant à la chatte, il la garda. Elle n’apprit jamais à rapporter des provisions. Mais elle attrapait remarquablement bien les souris dans son entrepôt. Et le marchand finit par reconnaître : — Finalement, elle n’est pas si inutile.
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