

Hongrie
Le Pélican
- Pays
- Hongrie
- Âge
- 5–9 ans

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Le Pélican
Dans un royaume lointain vivait un vieux roi. À la cour, chacun avait remarqué quelque chose d’étrange : l’un de ses yeux semblait souvent sourire, tandis que l’autre gardait une expression de tristesse. Le roi avait trois fils. L’aîné aimait les belles armures et les fêtes. Le deuxième ne s’intéressait presque qu’aux chevaux. Le plus jeune, un prince de douze ans, adorait les oiseaux. Il pouvait rester des heures dans le jardin à écouter les alouettes et les merles. Un matin de printemps, les frères parlèrent de leur père. — Pourquoi n’est-il jamais complètement heureux ? demanda le plus jeune. Les deux autres haussèrent les épaules. — Va lui demander si tu oses. Le plus jeune se rendit donc auprès du roi. — Père, je ne veux pas vous attrister. Dites-moi simplement ce qui vous manque. Le roi resta silencieux longtemps. Puis il fit asseoir son fils à côté de lui. — Mon œil qui sourit est heureux parce que j’ai trois fils. L’autre se souvient d’un oiseau que j’ai perdu autrefois. — Quel oiseau ? — Un pélican enchanté. Son chant était si merveilleux que les personnes âgées retrouvaient l’impression d’avoir encore de belles années devant elles, et les personnes tristes se souvenaient de ce qui pouvait leur donner envie de se lever le matin. Un jour, il a disparu. Je ne l’ai jamais revu. Le jeune prince se leva. — Nous le retrouverons. En entendant l’histoire, les deux frères aînés décidèrent eux aussi de partir. Ils choisirent les meilleurs chevaux et emportèrent beaucoup d’argent. Il ne resta pas de bon cheval pour le plus jeune. Il prit donc du pain et partit à pied. À la sortie du village, un vieux voyageur était assis au bord de la route. — Partagerais-tu ton pain ? Le prince lui donna la moitié de sa galette. — Prenez. À deux, le chemin paraît toujours un peu plus court. Le vieillard sourit. — Tu cherches le pélican. — Comment le savez-vous ? — Il existe beaucoup de routes, mais les bonnes intentions se voient de loin. Écoute. Le pélican se trouve au-delà de la mer d’Operencia. Aucun cheval ordinaire ne peut y arriver. Mais non loin d’ici vit une vieille magicienne. Elle possède deux chevaux que personne ne réussit à garder trois nuits de suite. Si tu y parviens, tu recevras une récompense. Il donna au prince une petite flûte d’argent comportant trois trous. — Le premier appelle le roi des insectes, le deuxième le roi des poissons, le troisième le roi des souris. Le soir, le prince arriva chez la magicienne. — Je veux travailler pour vous trois jours. Elle plissa les yeux. — La tâche semble facile. Chaque nuit, tu garderas deux chevaux dans la prairie de Soie. Si tu les ramènes au matin, tu auras gagné. La première nuit, un étrange sommeil tomba sur le prince. Lorsqu’il se réveilla, les chevaux avaient disparu. Il souffla dans le premier trou. Des ailes bourdonnèrent de tous côtés. — Que veux-tu ? demanda un énorme moustique portant une couronne d’argent. — Retrouver deux chevaux. Les insectes cherchèrent partout et finirent par conduire deux griffons jusqu’à lui. Le prince les toucha avec les brides. Ils redevinrent chevaux. La deuxième nuit, le même sommeil le prit. Il souffla cette fois dans le deuxième trou. Une grande carpe à la couronne d’or sortit de la rivière. — Nous cherchons dans l’eau ? — Exactement. Les poissons découvrirent deux poissons dorés dans une crique. Le prince les toucha avec les brides. Ils reprirent leur forme de chevaux. La troisième nuit, les chevaux se cachèrent sous terre. Le prince souffla dans le troisième trou. Des centaines de museaux moustachus apparurent. — Qu’as-tu perdu ? demanda le roi des Souris. — Deux chevaux. Les souris fouillèrent les galeries souterraines et chassèrent d’un cellier deux grands rats gris. Un contact de la bride et les chevaux reparurent. Au matin, la magicienne déclara : — Tu as réussi les trois nuits. Choisis de l’or, de l’argent, des vêtements précieux ou l’un de mes chevaux. — Je veux autre chose. Derrière l’écurie se trouve un vieux poulain que tout le monde croit inutile. Et dans le grenier, une vieille bride. Donnez-les-moi. Elle l’observa. — Qui t’a conseillé ? — Un homme rencontré sur la route. — Alors prends-les. Le poulain tenait à peine debout. Le prince le conduisit jusqu’au ruisseau, lui donna à boire, le lava et lui mit la vieille bride. Aussitôt, son pelage devint doré, son dos se redressa et ses yeux brillèrent. — Monte, maître. Je connais la route. — Tu sais parler ? — Quand c’est nécessaire. Le cheval s’éleva dans le ciel aussi facilement qu’un oiseau. Ils survolèrent les champs, les montagnes et les rivières. Ils rattrapèrent bientôt les frères aînés. — Plus loin, les chemins se séparent, dit l’aîné. Cherchons chacun de notre côté et retrouvons-nous ici dans un an. Le plus jeune prit la route de gauche. Il traversa une forêt d’or, puis une d’argent et atteignit enfin la mer d’Operencia. Sur chacune de ses rives poussaient des arbres gigantesques. Deux fois par an, leurs cimes se penchaient l’une vers l’autre et leurs branches formaient un pont. Ce jour-là, justement, les arbres se rejoignirent. Le prince laissa son cheval dans une clairière et traversa la mer par les branches. Sur l’autre rive, il rencontra une très vieille femme. — Je cherche un pélican enchanté. — J’en ai entendu parler. Traverse la forêt d’argent. Ma sœur aînée y vit. Cette sœur l’envoya à travers une forêt de cuivre vers une femme encore plus âgée. Celle-ci lui dit enfin : — Le pélican est tout près. Il est enfermé dans une vieille tour de pierre. Ceux qui l’ont pris autrefois n’ont jamais réussi à lui faire chanter son véritable chant. Pendant plusieurs soirs, le prince s’approcha de la tour. Chaque fois, le doux tintement qui en sortait l’endormait. Le septième soir, il attacha un fil fin à son doigt et l’autre extrémité à la poignée de la porte. Lorsque celle-ci s’ouvrit, le fil tira sur sa main et le réveilla. Alors il entendit le chant. Ce n’était pas seulement une voix d’oiseau. On aurait dit que des ruisseaux tintaient, que les feuilles murmuraient et que des enfants riaient en même temps. Lorsque tout le monde fut parti, le prince ouvrit la cage. Le pélican le regarda. — Veux-tu rentrer avec moi ? L’oiseau monta de lui-même sur son bras. Sur le chemin du retour, le prince rendit visite aux trois vieilles femmes. Pour chacune, le pélican chanta. Leur dos se redressa, leurs pas devinrent plus légers et leurs yeux brillèrent. — Ce n’est pas la jeunesse qui est la chose la plus précieuse, dit l’une. C’est de sentir qu’il reste encore de beaux jours devant soi. Le prince traversa de nouveau la mer, monta sur son cheval doré et retourna au lieu du rendez-vous. Il y retrouva ses frères. Les deux aînés avaient passé presque toute l’année dans les villes, dépensé leur argent et contracté des dettes envers un aubergiste. Le plus jeune paya leurs dettes. — Rentrons. Père nous attend. Les frères virent le pélican. Ils eurent honte. Puis la honte se changea en jalousie. À une journée du palais, ils proposèrent : — Dormons ici. Demain, nous arriverons ensemble. Pendant la nuit, les deux frères prirent la cage du pélican et les chevaux et partirent en silence. Ils laissèrent le plus jeune près d’une cabane forestière, en se convainquant qu’il trouverait bien son chemin seul. Au matin, le prince comprit. Ce qui lui faisait le plus mal n’était pas la perte de l’oiseau. C’étaient ses frères. — Je les ai pourtant aidés… Un vieux porcher vivait non loin. Il entendit le garçon et l’invita dans sa cabane. — Ne désespère pas. Le chemin vers la vérité est parfois plus long que celui vers la maison. Ils partirent à pied vers la capitale. Pendant ce temps, les frères aînés avaient apporté le pélican à leur père. — Nous l’avons trouvé ! On plaça l’oiseau au milieu de la grande salle. — Chante, demanda le roi. Le pélican resta silencieux. On joua du violon. On lui apporta du grain. On ouvrit les fenêtres. Pas une note. Le lendemain, le vieux porcher se présenta au palais. — On dit que vous cherchez quelqu’un capable de faire chanter le pélican. — Toi ? — Pas moi. Mon jeune ami. Le plus jeune prince apparut. Dès que le pélican le vit, il déploya ses ailes et se mit à chanter. Le roi se leva. Son visage s’éclaira, ses épaules se redressèrent et, pour la première fois depuis des années, son œil triste devint aussi joyeux que l’autre. — Mon fils ! Le prince raconta tout : le vieux voyageur, la flûte aux trois trous, la magicienne, le cheval d’or, les arbres au-dessus de la mer, le pélican et la trahison de ses frères. Les aînés baissèrent la tête. — C’est vrai, admit l’un. — Nous avions peur que notre père t’aime davantage, dit l’autre. Le roi les regarda sévèrement. — L’amour ne se partage pas comme un gâteau. Mais la confiance, elle, peut être perdue. Il ne les fit pas punir durement. Ils durent rembourser leurs dettes, aider les personnes auxquelles ils avaient causé du tort et montrer par leurs actes qu’ils pouvaient changer. Le plus jeune ne leur pardonna pas immédiatement. Mais il ne leur souhaita aucun mal. Le vieux porcher reçut une maison près du palais. — Celui qui aide quelqu’un lorsqu’il est seul mérite autant de respect qu’un héros, déclara le roi. Le pélican s’installa dans le grand jardin. On ne le remit jamais en cage. Parfois, au lever du soleil, il chantait. Les gens ne rajeunissaient pas réellement de plusieurs années. Ils rajeunissaient par le cœur. Ils se souvenaient d’anciens rêves, faisaient la paix après des disputes et recommençaient à croire qu’il restait encore beaucoup de bonnes choses devant eux. Et le roi, désormais, regardait le monde avec deux yeux souriants.
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