Couverture : Le petit berger invisible

Hongrie

Le petit berger invisible

Pays
Hongrie
Âge
5–9 ans
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Le petit berger invisible

Dans un petit village hongrois vivait un garçon qui gardait les moutons. Chaque matin, il conduisait le troupeau sur les collines, écoutait les clochettes, le vent dans l’herbe et rêvait du monde derrière les montagnes. Un soir, assis sur une pierre encore chaude du soleil, il murmura : — J’aimerais avoir deux choses : un sac qui ne se remplit jamais et un manteau qui me rendrait invisible. Je pourrais voyager partout sans craindre de manquer de place pour mes trouvailles. Une voix douce retentit derrière lui. — Et pourquoi voudrais-tu des cadeaux si étranges ? Le berger se retourna. Un vieil homme aux cheveux gris se tenait devant lui. Le garçon ne chercha pas une réponse compliquée. — Je veux voir le monde. Mais je ne veux rien voler ni faire de mal. Je rêve simplement d’aventures. Le vieillard l’observa, puis lui tendit un petit sac de toile et un manteau de fourrure souple. — Garde-les bien. Les objets magiques servent le mieux ceux qui n’oublient pas leur conscience. Le garçon voulut le remercier. Le vieillard avait déjà disparu. Le lendemain, le jeune berger dit au revoir à son père, s’assura que le troupeau serait confié à de bonnes mains et partit vers la capitale. Toute la ville parlait justement d’un mystère au palais. Le roi avait douze filles. Chaque matin, les onze aînées se réveillaient avec des chaussures complètement usées, comme si elles avaient dansé toute la nuit. On leur donnait des souliers neufs le soir. À l’aube, les semelles étaient de nouveau usées. La plus jeune princesse, elle, n’en savait rien et retrouvait ses chaussures intactes. Le roi n’était pas irrité à cause des chaussures. Il avait peur que ses filles quittent le palais et se mettent en danger. — Celui qui découvrira le secret recevra une généreuse récompense, annonça-t-il. Beaucoup essayèrent. Personne ne trouva la réponse. Le berger pensa à son manteau. — Laissez-moi essayer. Le soir, on l’installa dans un couloir près de la chambre des princesses. À minuit, il enfila le manteau et devint invisible. Dans la chambre, les robes commencèrent à bruisser. Onze princesses se levèrent, enfilèrent leurs plus belles chaussures et se préparèrent à partir. La plus jeune dormait encore. Mais cette nuit-là, l’une des sœurs la réveilla par accident. — Où allez-vous ? demanda-t-elle. Les sœurs se regardèrent. Puisque leur secret était découvert, elles décidèrent de l’emmener. Sur une table se trouvait un petit flacon d’huile magique. Les princesses en touchèrent leurs épaules. Des ailes légères apparurent. Le berger invisible fit la même chose et les suivit. Ils arrivèrent d’abord dans une forêt de cuivre. Les feuilles tintaient comme des centaines de petites cloches. Au milieu coulait une source entourée de coupes de cuivre. Lorsque les princesses repartirent, le berger plaça une coupe et une petite branche tombée au sol dans son sac sans fond. — Vous avez entendu ? murmura la plus jeune lorsque les feuilles tintèrent. — Ce n’est que le vent, répondirent ses sœurs. Puis vint une forêt d’argent. Sous la lune, elle brillait comme couverte de givre. Le berger prit encore une branche et une coupe. — J’ai encore entendu quelque chose, dit la plus jeune. Les autres haussèrent les épaules. Enfin, ils atteignirent une forêt d’or. Même l’eau de sa source semblait dorée. Le berger prit une troisième branche et une troisième coupe. Au-delà de la forêt se dressait une montagne. Un mystérieux guide attendait les princesses. Il toucha la roche avec une baguette d’or. Une porte s’ouvrit. Derrière elle s’étendait une salle immense remplie de musique et de lumière. Douze jeunes gens du pays enchanté les attendaient. La danse commença. Le berger n’intervint pas. Il observa et mémorisa. La plus jeune princesse dansa peu. Elle regardait souvent l’heure, inquiète. — Nous devons rentrer. Si vous avez peur de dire à notre père où vous allez, c’est bien que vous savez que ces voyages secrets peuvent être dangereux. Avant l’aube, tout le monde revint au palais. Le lendemain, le roi appela le berger. — As-tu découvert quelque chose ? — Oui, Majesté. Mais je ne veux pas que mon récit serve à faire du mal. Il raconta les forêts de cuivre, d’argent et d’or, la montagne, la salle de musique et les danses. Sur la table, il posa les trois coupes et les trois branches. Les princesses aînées nièrent d’abord. La plus jeune s’avança. — Père, il dit vrai. Je n’y suis allée qu’une fois, mais j’ai tout vu. Les autres finirent par avouer. Le roi resta silencieux. — Ce ne sont pas vos danses qui me mettent en colère. C’est que, pendant tant de nuits, vous avez disparu sans prévenir personne. Si un problème était survenu, nous n’aurions même pas su où vous chercher. Les princesses baissèrent la tête. — Nous ne partirons plus en secret. Le roi ne les punit pas cruellement. Pendant une année, elles durent aider différents habitants du royaume : dans les écoles, les lieux de soins et les maisons accueillant ceux qui n’avaient nulle part où aller. Elles apprirent ainsi la responsabilité et découvrirent ce qui existait au-delà des murs du palais. Le roi proposa de l’or au berger. Il secoua la tête. — Donnez plutôt à mon père un peu de bonne terre et un troupeau solide. Cela nous suffira. Le roi apprécia tellement cette réponse qu’il offrit à la famille une maison et un pâturage et demanda au jeune homme de s’occuper des troupeaux royaux. La plus jeune princesse venait souvent le voir. Elle aimait écouter ses histoires sur les collines, les moutons et le vieillard mystérieux. Ils devinrent amis. Les années passèrent. Le petit berger n’était plus pauvre. La princesse devint une femme intelligente et indépendante. Lorsqu’un jour ils comprirent qu’ils souhaitaient continuer leur vie ensemble, ils décidèrent eux-mêmes de se marier. Le manteau invisible et le sac sans fond restèrent longtemps dans leur maison. Ils furent rarement utilisés. Car le berger avait compris que ce qui avait réellement changé sa vie n’était ni invisible ni magique. C’était l’honnêteté, la curiosité et le choix de ne jamais utiliser le secret de quelqu’un pour lui faire du mal.

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