

Nouvelle-Zélande
Le plus jeune des trois
- Pays
- Nouvelle-Zélande
- Âge
- 7–10 ans

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Le plus jeune des trois
Dans un pays de montagnes régnait un roi qui avait trois fils. Les deux aînés se considéraient déjà comme des guerriers expérimentés. Le plus jeune, lui, restait « le garçon » aux yeux de tous, bien qu’il fût devenu patient, observateur et courageux. Une année, le roi tomba gravement malade. Médecins et guérisseurs se succédèrent sans réussir à lui rendre ses forces. Enfin, un vieux médecin dit : — Il reste une chance. Dans un jardin très lointain pousse un arbre qui donne, une fois par an, la Pomme de Vie. Celui qui en mange retrouve sa vigueur. — Ce jardin est gardé par des géants, soupira le roi. On dit qu’ils prennent la pomme la nuit même où elle mûrit. L’aîné partit le premier. Il s’installa sous l’arbre, décidé à veiller toute la nuit. Mais un sommeil irrésistible l’emporta. Au matin, la branche était vide. L’année suivante, le deuxième frère essaya. Même résultat. La troisième année, le plus jeune demanda : — Père, laissez-moi tenter ma chance. — Tes frères sont plus forts et plus expérimentés. — Peut-être que cette épreuve ne demande pas seulement de la force. Le roi accepta. Le jeune homme arriva dans le jardin au moment où la pomme commençait à luire d’une lumière dorée. À la tombée de la nuit, lui aussi sentit une lourde torpeur l’envahir. Il sortit de son sac une poignée de baies très acides, les écrasa entre ses mains, respira leur parfum piquant et se mit à marcher autour de l’arbre en comptant ses pas et en chantonnant. À minuit, un grondement retentit. Un géant apparut derrière la colline et tendit la main vers l’arbre. — Arrête ! Le géant fut surpris. Jamais personne ne l’avait accueilli éveillé. Le prince tira une flèche non pas sur lui, mais dans le sol devant ses pieds. Le géant recula, trébucha sur une racine et, furieux mais effrayé, disparut dans la nuit. Le prince cueillit la Pomme de Vie. De retour au palais, il en donna quelques morceaux à son père. Les couleurs revinrent sur le visage du roi et, quelques jours plus tard, il marchait déjà dans le jardin. Tout le royaume se réjouit. Le plus jeune, cependant, pensait encore au géant. — Je ne veux pas me venger. Je veux comprendre d’où il venait. Ses frères l’accompagnèrent. Les traces les conduisirent à une gorge profonde. Un gouffre sombre s’ouvrait devant eux. L’aîné descendit le premier avec une corde. Quelques instants plus tard : — Remontez-moi ! Le deuxième essaya. Lui aussi demanda rapidement à revenir. Le cadet s’attacha. — Descendez-moi même si j’ai peur. Ne me remontez que si je tire trois fois sur la corde. En bas, il découvrit un étrange royaume souterrain avec trois palais de pierre. Dans le premier, une jeune femme cousait avec une aiguille d’argent. Dans un bol doré jouaient un chat et une souris, tous deux d’or. — Comment es-tu arrivé ici ? demanda-t-elle. Ce palais appartient à un géant qui m’empêche de rentrer chez moi. Le prince trouva les clés et la libéra sans combattre. Dans le deuxième palais, il délivra une autre jeune femme. Là, une poule dorée jouait avec une belette dorée. Dans le troisième, il rencontra leur plus jeune sœur. Un lévrier d’or et un renard d’or couraient devant elle. — C’est toi qui as chassé le géant du jardin de la Pomme de Vie, dit-elle. Il est revenu furieux et a fermé toutes les issues. Le prince la libéra aussi. Dans les écuries se trouvaient trois chevaux merveilleux : noir, rouge et blanc. La jeune femme lui donna un poil de la crinière de chacun. — Garde-les. Si tu es un jour sans issue, jette un poil dans le feu et appelle le cheval. Près de la corde, le prince fit remonter les trois sœurs une par une. Avant de monter, la plus jeune murmura : — J’ai peur que tes frères deviennent jaloux et ne redescendent pas la corde. — Ce sont mes frères. Je dois leur faire confiance. Mais elle avait raison. En haut, les deux aînés virent les jeunes femmes libérées et comprirent que la plus jeune préférait leur frère cadet. — Tout ce qu’il y a de meilleur lui revient toujours, grommela l’un. Ils partirent sans redescendre la corde. Le jeune prince resta longtemps dans l’obscurité. En cherchant une sortie, il suivit un chemin enchanté, se trompa de passage et arriva dans le Pays des Ténèbres. Une vieille femme solitaire l’accueillit. — Sois mon fils tant que tu chercheras ton chemin. Je serai ta mère ici. Le prince demanda de l’eau. Elle secoua tristement la tête. — Une énorme créature serpentine bloque notre source. Personne ne peut approcher. Le prince se rendit au passage rocheux. Le serpent était couché en travers. — Pourquoi gardes-tu toute l’eau pour toi ? — Parce que je peux. Le prince prit l’Épée-Éclair trouvée dans un palais souterrain et en frappa un rocher. Un éclat aveuglant illumina la gorge. Le serpent, effrayé, se retira dans une grotte. Le prince bloqua l’entrée avec de grosses pierres. L’eau recommença à couler. Pour la première fois depuis longtemps, les habitants purent boire librement. Le pays restait pourtant plongé dans l’obscurité. La vieille femme expliqua qu’une aigle gigantesque vivait sur une montagne. Après avoir perdu plusieurs nichées, elle croyait que les hommes en étaient responsables et avait étendu ses ailes de telle manière que la lumière ne passait plus. Le prince grimpa jusqu’au nid. Il découvrit qu’un autre serpent s’approchait des aiglons. Avec un éclair sur la pierre, il le fit fuir. Lorsque la grande aigle revint, ses petits crièrent : — Ne lui fais rien ! Il nous a sauvés ! L’aigle inclina la tête. — Demande une récompense. — Porte-moi jusqu’au monde d’en haut. — Le voyage sera long, mais je le ferai. Le prince remercia la vieille femme et monta sur le dos de l’aigle. Ils traversèrent longtemps les ténèbres. Enfin apparut une mince bande dorée. Quand l’aigle l’emporta vers le monde des hommes, la lumière passa aussi pour la première fois dans le pays d’en bas. Le prince revint près de sa capitale sans se montrer immédiatement. Il apprit que ses frères s’étaient présentés comme les libérateurs des trois sœurs. Une grande fête se préparait. Mais la plus jeune retardait les fiançailles. — Je n’accepterai la fête que lorsqu’on m’apportera le chat et la souris d’or jouant dans leur bol doré. Personne ne pouvait exaucer ce souhait. Le prince se fit engager chez un joaillier. La nuit, il jeta au feu un poil du cheval noir. Le cheval apparut avec le bol, le chat et la souris d’or. Le lendemain, la jeune femme demanda la poule et la belette d’or. Le cheval rouge les apporta. Le troisième jour, elle demanda le lévrier et le renard d’or. Le cheval blanc vint. Elle sut alors que son véritable libérateur était revenu. Toute la cour se réunit. Le jeune homme se présenta sans déguisement. Ses frères pâlirent. — Dites la vérité vous-mêmes, leur demanda-t-il. Je ne veux pas vous faire de mal. Mais on ne devient pas propriétaire d’un mérite en se l’attribuant. Les deux frères finirent par reconnaître leur jalousie. Le roi les regarda longtemps. — La force sans l’honneur ne vaut rien. Et le vrai courage consiste aussi à ne pas devenir semblable à celui qui nous a fait du tort. Les aînés restèrent dans la famille, mais durent regagner la confiance par leurs propres actions. Le plus jeune épousa la jeune femme qu’il avait libérée. Ses sœurs choisirent elles-mêmes leur avenir. Et les trois chevaux merveilleux continuèrent longtemps à répondre lorsque quelqu’un avait besoin d’aide urgente. Depuis, on raconte dans ce pays que le plus jeune n’est pas toujours le plus faible, que l’aîné n’est pas toujours le plus sage, et que le chemin vers la lumière commence parfois précisément à l’endroit où l’on croit qu’il n’existe plus de route.
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