Couverture : Le Porcher

Danemark

Le Porcher

Pays
Danemark
Âge
6–10 ans
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Le Porcher

Un jeune prince régnait sur un tout petit royaume. Il aimait les fleurs, la musique et les choses simples qui avaient quelque chose de vrai. Il entendit parler d’une princesse d’un royaume voisin et décida de lui envoyer deux cadeaux. Le premier était une rose merveilleuse qui ne fleurissait que très rarement et dont le parfum rendait les pensées plus légères. Le second était un rossignol dont le chant semblait contenir les matins de printemps et le murmure des ruisseaux. Lorsque la princesse vit la rose, elle demanda : — Est-elle vraie ? — Oui. Elle fit une moue. — Alors reprenez-la. Je pensais que c’était une fleur mécanique rare. Puis le rossignol chanta. Le roi, père de la princesse, fut ému. Mais sa fille demanda : — Lui aussi est vrai ? — Oui. — Alors laissez-le partir. Elle ne voulut même pas rencontrer le prince. Celui-ci fut d’abord triste. Puis il pensa : « Peut-être ne sait-elle simplement pas reconnaître la valeur des choses vivantes. » Il se déguisa, noircit un peu son visage avec de la suie et demanda du travail au palais. On cherchait justement quelqu’un pour garder les cochons. Ainsi, le prince devint porcher. Le soir, dans sa petite chambre, il fabriqua une marmite extraordinaire. Lorsque l’eau bouillait, de petites clochettes jouaient une mélodie. Et si l’on plaçait la main au-dessus de la vapeur, on pouvait deviner ce qui cuisait dans les maisons de la ville. La princesse entendit la musique. — Je veux cette marmite ! Une dame d’honneur demanda le prix. — Dix baisers sur la joue de la princesse. La princesse s’indigna. Puis la musique recommença. Sa curiosité fut plus forte. — Très bien. Dix seulement. Elle accepta volontairement l’échange. Quelques jours plus tard, le porcher fabriqua une crécelle capable de jouer toutes sortes de danses. La princesse la voulut aussitôt. — Le prix est cent baisers sur la joue. — Cent ? C’est absurde ! Elle partit. Mais la crécelle jouait une mélodie après l’autre. La princesse revint. — Très bien. Mais rapidement. Ses dames d’honneur commencèrent à compter. C’est alors que le roi arriva. Il comprit immédiatement la situation. — Assez. Il ne punit personne, mais dit à sa fille : — Tu as rejeté une rose véritable et un rossignol vivant. Pour des jouets amusants, tu acceptes pourtant des choses que tu ne voulais pas faire au départ. Il est peut-être temps de réfléchir à ce qui a réellement de la valeur pour toi. Le porcher dut quitter le palais. Derrière les portes, il retira son déguisement et redevint prince. La princesse le reconnut. — C’était toi ? — Oui. — Pourquoi ? — Je voulais comprendre comment tu regardais les choses. Maintenant, je crois simplement que nous voyons le monde trop différemment. La princesse baissa les yeux. — J’ai été superficielle. — Cela ne signifie pas que tu ne peux pas changer. Le prince ne se moqua pas d’elle. Il s’inclina et retourna dans son royaume. La princesse demanda ensuite qu’on lui rapporte la rose qu’elle avait rejetée. Elle était déjà fanée, mais son parfum subsistait encore légèrement. Pour la première fois, elle se demanda non pas combien coûtait une chose, ni si elle était rare, mais si elle portait en elle de la beauté, de la vie et de la sincérité. À partir de ce jour, elle écouta davantage les oiseaux, marcha plus souvent dans le jardin et réclama moins de nouvelles curiosités. Et la mélodie de la petite marmite lui rappela longtemps une vérité simple : ce qui est authentique n’est pas toujours ce qui brille le plus, mais c’est souvent ce qui est le plus difficile à remplacer.

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