

Laos
Le prêtre ambitieux
- Pays
- Laos
- Âge
- 8–11 ans

Écouter le conte
Le prêtre ambitieux
Dans un temple du Laos vivait un prêtre âgé. Il connaissait quantité de prières, savait rester longtemps en silence et répétait souvent aux plus jeunes combien la patience était importante. Pourtant, il avait une faiblesse. Il rêvait de devenir quelqu’un dont tout le pays parlerait. Chaque matin, lorsque le soleil effleurait les bords dorés du toit du temple, il s’asseyait devant un petit autel et formulait toujours le même souhait : — Puissé-je recevoir une pierre précieuse que personne d’autre ne possède. Qu’elle me donne le pouvoir de monter dans le ciel et de voler comme un oiseau. Les jeunes serviteurs du temple entendaient presque chaque jour ces mots. Au début, ils s’étonnaient. Puis ils s’y habituèrent. L’un d’eux, un garçon joyeux et légèrement farceur, pensa un jour : « Notre maître désire tellement un miracle qu’il serait peut-être prêt à croire la première chose brillante qu’on lui présente. Se rendrait-il compte de cela ? » Ce jour-là, on préparait du poisson dans la cuisine. Le garçon aperçut un petit œil rond qui brillait comme une perle de verre. Il l’enveloppa soigneusement dans une feuille propre et le plaça dans une petite boîte. Le lendemain matin, le vieux prêtre priait encore : — Si seulement je pouvais recevoir la pierre magique ! Je volerais plus haut que les palmiers, plus haut que les collines, plus haut que les nuages ! Le garçon s’approcha et tendit solennellement la boîte. — Maître, j’ai trouvé quelque chose d’étrange. Peut-être est-ce ce que vous attendiez depuis si longtemps. Le prêtre ouvrit la boîte. Une petite boule brillante reposait à l’intérieur. — C’est elle ! murmura-t-il. Enfin ! — En êtes-vous certain ? demanda prudemment le garçon. — Bien sûr ! Une chose ordinaire pourrait-elle briller ainsi ? Le garçon retint son sourire. — Et que comptez-vous faire maintenant ? — Voler ! Le prêtre sortit en courant. Il prit deux grandes feuilles de palmier, les attacha à ses bras et se mit à les agiter comme de grandes ailes vertes. Une fois. Deux fois. Trois fois. Mais ses pieds restaient sur le sol. — Étrange… murmura-t-il. Peut-être suis-je trop bas. Le garçon dit : — Peut-être faudrait-il monter un peu ? Ce n’était qu’une suggestion imprudente. Le vieux prêtre s’anima aussitôt. — Évidemment ! Les oiseaux ne commencent pas leur vol au milieu d’une pièce. Il faut monter sur le toit ! — Maître, je ne crois pas que ce soit une bonne… Mais il se précipitait déjà vers l’escalier. Il grimpa sur le large toit du temple. Dans la cour, les jeunes serviteurs accoururent. Certains lui criaient de s’arrêter. D’autres agitaient les bras. Lui, debout très haut, tenait ses feuilles de palmier et regardait les montagnes bleues au loin. — Cette fois, dit-il, tout le monde verra ce dont ma pierre est capable ! En bas, le jeune garçon remarqua un énorme tas d’herbe sèche apporté pour les travaux du temple. — Puisqu’il refuse de redescendre, déplaçons au moins la meule sous lui ! Tous ensemble, ils poussèrent l’herbe molle juste sous le bord du toit. Le vieux prêtre déploya largement ses « ailes ». — Un… deux… trois ! Il fit un pas dans le vide. Les feuilles de palmier frémirent. Ses vêtements claquèrent. Pendant un minuscule instant, il eut réellement l’impression de voler. Puis… Frouch ! Il disparut dans le tas d’herbe. Silence. Un instant plus tard, sa tête sortit de la meule. Puis ses épaules. Une paille pendait à son sourcil et une autre lui sortait derrière l’oreille. — Je… n’ai pas volé, dit-il, étonné. Le garçon s’approcha et lui tendit la main. — Non, maître. — Alors la pierre n’est pas magique ? — Maître, répondit doucement le garçon, ce n’est même pas une pierre. Je voulais seulement vous montrer qu’à force de vouloir entendre ce que l’on désire croire, on peut oublier de poser les questions les plus simples. Le prêtre regarda la petite boule brillante dans sa main. À la lumière du jour, sans son rêve de gloire, elle n’avait vraiment plus rien de merveilleux. Il resta longtemps silencieux. Les jeunes aussi. Personne ne se moqua. Enfin, il leva les yeux. — Je vous ai souvent parlé de patience, dit-il. Pourtant, je n’ai pas pris le temps de réfléchir. Je vous ai parlé de sagesse, et j’ai cru une simple chose parce qu’elle brillait. Je voulais m’élever au-dessus de tous et je n’ai pas vu ce qui était juste devant moi. Il détacha les feuilles de palmier et sourit. — Heureusement qu’aujourd’hui mon meilleur maître a été une meule de foin. Cette fois, tout le monde rit. Lui aussi. À partir de ce jour, il ne demanda plus au ciel de lui donner une pierre magique. Lorsqu’il désirait quelque chose d’extraordinaire, il commençait par se demander : « Est-ce réellement vrai, ou est-ce seulement ce que j’ai très envie de croire ? » Et il enseignait désormais aux jeunes une nouvelle leçon : — Tous les miracles ne brillent pas. Et tout ce qui brille n’est pas un miracle. Avant d’essayer de voler vers les nuages, vérifiez que vos ailes sont véritables. On raconte qu’après cela, il y eut au temple un peu moins de rêves bruyants et un peu plus de pensées attentives. Quant aux feuilles de palmier, on les utilisa de nouveau là où elles étaient vraiment utiles : pour donner de l’ombre, fabriquer des éventails et couvrir les toits. Certainement pas pour voler.
May this story leave a little light in your heart ✨
