

Laos
Le prêtre déçu
- Pays
- Laos
- Âge
- 8–11 ans

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Le prêtre déçu
Dans le nord du Laos, au milieu des collines vertes et des rizières, se dressait un vieux temple. Le matin, la brume montait au-dessus de son toit. Dans la journée, les feuilles bruissaient dans la cour. Le soir, on entendait les insectes chanter dans le jardin. Un prêtre y vivait. Il connaissait les prières, conduisait les cérémonies et pouvait parler pendant des heures aux plus jeunes de maîtrise de soi. Mais il avait une faiblesse : il aimait énormément mâcher du bétel, une ancienne habitude réservée aux adultes dans ces régions. Il l’aimait tellement qu’il y pensait parfois plus qu’il ne l’aurait dû. Un jour, la réserve du temple fut vide. Le prêtre traversait la cour, regardait sa petite boîte vide et devenait de plus en plus morose. Enfin, il appela un jeune assistant. — As-tu entendu dire qu’une famille prépare aujourd’hui une cérémonie funéraire ? Le garçon haussa les sourcils. — Non, maître. Je crois que tout le monde va bien. Le prêtre poussa un long soupir. — Dommage… Un homme d’un village voisin, venu prier au temple, entendit la conversation. D’abord, il pensa avoir mal compris. Mais en rentrant, les mots lui restaient dans la tête. « Serait-il vraiment déçu seulement parce que personne n’apportera aujourd’hui d’offrandes ni de bétel ? Le chagrin des autres ne devrait jamais devenir une bonne nouvelle pour quelqu’un. » Le soir, il raconta ce qu’il avait entendu à ses voisins. Certains se fâchèrent. D’autres rirent. La femme la plus âgée du village dit : — Réprimander quelqu’un est facile. Faisons plutôt en sorte qu’il voie lui-même l’absurdité de son comportement. — Comment ? Elle plissa les yeux. — Nous allons jouer une petite scène. Le lendemain, de grands sanglots retentirent dans le village. — Quel malheur ! Quelle tristesse ! criaient des gens devant la maison de l’homme. Des nattes avaient été étendues dans la cour. Des paniers étaient posés un peu partout. Tous affichaient des visages très graves. Quelqu’un courut au temple. — Maître, dit le messager, notre maison connaît un grand malheur. Nous vous demandons de venir prononcer une bénédiction. Le prêtre se prépara aussitôt. En chemin, il essaya de paraître triste, mais imaginait déjà qu’après la cérémonie, selon la coutume, on servirait peut-être des friandises et du bétel. Quand il entra dans la maison, un homme était étendu au milieu de la pièce, enveloppé dans un tissu clair. En réalité, il allait parfaitement bien et avait toutes les peines du monde à ne pas rire. — Il faut tout préparer correctement, déclara la vieille femme. Nous allons installer le nécessaire dehors. Maître, restez ici et récitez les prières. — Bien sûr. Tous sortirent. La pièce devint silencieuse. Le prêtre s’assit près de l’homme enveloppé et commença à réciter. Au début, sa voix était régulière. Puis la lumière baissa. Dans le jardin, les insectes chantèrent. Une feuille sèche tomba quelque part. Le prêtre regarda autour de lui. — Ils prennent vraiment leur temps… Sous le tissu, l’homme bougea légèrement un pied. Le prêtre se tut. « J’ai dû rêver. » Il reprit sa prière. Une minute plus tard, le tissu remua encore. — Euh… monsieur… vous étiez pourtant… Un faible gémissement se fit entendre. Le prêtre recula. — Je vous souhaite la paix, dit-il rapidement. Une très grande paix. L’homme se redressa lentement. Le tissu glissa de sa tête. — Un peu d’eau, s’il vous plaît, demanda-t-il d’une voix parfaitement ordinaire. Le prêtre bondit si vite qu’il faillit renverser la lampe. — Tu es vivant ? — Bien sûr. À cet instant, les voisins reparurent dans l’embrasure de la porte. Plusieurs ne pouvaient déjà plus cacher leur sourire. La vieille femme entra la dernière. — Ne vous fâchez pas, maître. Nous voulions vous montrer quelque chose. Le prêtre regarda les visages et comprit. — Vous m’avez trompé. — Oui, répondit-elle calmement. Ce n’était pas très élégant. Mais il est encore plus triste d’entendre quelqu’un espérer le malheur d’autrui à cause de quelques friandises. Le silence tomba. Le prêtre voulut protester, puis se souvint de son « dommage » de la veille et baissa les yeux. — Vous avez raison, dit-il enfin. Je pensais à mon envie et j’ai oublié que derrière chaque cérémonie se trouvent des personnes et de vrais sentiments. L’homme qui avait joué le rôle du malade se leva. — Nous ne voulions pas vous humilier. Nous voulions que vous l’entendiez de votre propre bouche. Le prêtre soupira. — Je l’ai entendu. Un jeune villageois demanda en plaisantant : — Alors, maître, devons-nous tout de même vous apporter du bétel ? Tout le monde se figea. Le prêtre regarda la boîte vide dans son sac, puis les gens, et éclata soudain de rire. — Non. Aujourd’hui, apportez plutôt du thé. Tout le monde rit à son tour. Ils s’assirent ensemble dans la cour. Le maître de maison apporta une théière. On posa sur les nattes des galettes de riz et des fruits. Il n’y avait aucun repas funéraire, puisque personne n’était mort et que personne ne pleurait. C’était simplement un soir ordinaire. Et c’est justement ce qui le rendait bon. À partir de ce jour, le prêtre surveilla davantage ses propres désirs. Lorsqu’il voulait quelque chose avec trop d’impatience, il se demandait : — Est-ce que je place mon caprice au-dessus des sentiments de quelqu’un ? Si la réponse ne lui plaisait pas, il s’arrêtait. Un jour, son jeune assistant lui demanda : — Maître, qu’avez-vous appris ce soir-là ? Le prêtre sourit. — L’envie d’une friandise disparaît vite. La honte d’un mot sans cœur peut durer longtemps. Il faut donc commencer par nourrir son cœur de bonté avant de penser au reste. Désormais, lorsqu’une famille du village avait besoin de soutien, il s’y rendait non pour les cadeaux ni pour le repas. Il y allait simplement pour être présent.
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