Couverture : Le prince enchanté

Philippines

Le prince enchanté

Pays
Philippines
Âge
6–10 ans
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Le prince enchanté

Près d’une vaste forêt se dressait autrefois une ville aux tours blanches et aux jardins parfumés. Le roi avait un fils, Ukay, courageux et curieux, mais pas toujours assez décidé lorsqu’il fallait dire la vérité. Dans la forêt, Ukay rencontra une jeune magicienne qui connaissait le langage des oiseaux, savait trouver l’eau sous la terre et pouvait allumer des centaines de lucioles d’un geste. Ils se virent souvent et devinrent très proches. Mais leurs familles étaient depuis longtemps ennemies. Un jour, le roi déclara : — Il est temps que tu te maries. Je choisirai moi-même une épouse pour toi parmi les familles nobles. Ukay voulut parler de la magicienne. Il ouvrit la bouche. Puis il se tut, effrayé par la colère de son père. Le roi commença les préparatifs d’un mariage avec une jeune femme qu’Ukay connaissait à peine. Lorsque la magicienne l’apprit, elle fut profondément blessée. — Tu m’avais promis d’être honnête, dit-elle. Je ne peux pas te forcer à être courageux. Mais tout choix a des conséquences. Elle leva les mains. Un vent vert traversa la ville. Les tours se couvrirent de feuilles. Les maisons devinrent des arbres. Les rues se transformèrent en sentiers. Les habitants furent changés pour un temps en oiseaux et en animaux. Ukay lui-même devint un grand singe aux yeux sombres. — Le charme ne disparaîtra ni par la force ni par l’or. Il prendra fin le jour où quelqu’un verra en toi non une étrange apparence mais un cœur vivant, et restera près de toi de son plein gré. Les années devinrent des décennies. Puis des siècles. Le royaume fut oublié sous la forêt. Ukay vivait dans le plus haut arbre, sautait entre les branches et trouvait des fruits. Mais chaque nuit, il regardait les étoiles en pensant au matin où il n’avait pas eu le courage de parler. Un nouveau village fut un jour construit près de la forêt. Après une cérémonie dans une petite église, une jeune fille vint s’asseoir sous le grand arbre. Elle était triste : quelqu’un en qui elle avait confiance avait choisi la richesse et le rang plutôt que leur amitié. Un fruit jaune tomba près d’elle. Elle leva les yeux. Un grand singe l’observait depuis une branche. — C’est toi qui l’as lancé ? Il hocha la tête. — Alors merci. Le lendemain, elle revint. Le singe lui apporta des baies. Le jour suivant, elle lui donna quelques galettes. Ainsi commença leur étrange amitié. Ukay ne la retenait jamais. Si elle voulait partir, il s’écartait. Lorsqu’elle revenait, il se réjouissait. Un jour, elle dit : — Tes yeux ne ressemblent pas à ceux d’un singe ordinaire. Tu comprends tout ce que je dis, n’est-ce pas ? Ukay posa une main sur son cœur. — Alors nous ferons ainsi : je parlerai, et toi tu répondras comme tu peux. Ils apprirent à se comprendre par les gestes, des dessins sur la terre et des objets anciens qu’Ukay retrouvait sous les racines. Il lui montra une pierre portant une couronne sculptée. — Il y avait autrefois un palais ici ? Ukay hocha la tête. — Et toi… tu étais humain ? Il acquiesça encore. La jeune fille resta longtemps silencieuse. — Je ne sais pas comment t’aider. Mais je peux continuer à venir, si tu le veux. Les jours passèrent. Elle comprit peu à peu que sous cette apparence vivait quelqu’un de patient, attentif et très seul. Le dixième jour, un grand orage éclata. Ukay la protégea sous de larges feuilles. Alors la forêt s’illumina de vert et d’or. Le sol vibra doucement. Les arbres s’écartèrent. D’anciennes rues apparurent. Des murs surgirent sous l’écorce. Les oiseaux et les animaux reprirent forme humaine. Devant la jeune fille se tenait un homme vêtu à l’ancienne. — Ukay ? — Oui. Sa voix était rauque après des siècles de silence. — Merci. Tu es venue parce que tu le voulais. C’est cela que demandait le charme. Il raconta l’histoire de son père, de la magicienne et du silence qui avait changé le destin de la ville. — Alors elle était mauvaise ? demanda la jeune fille. Ukay réfléchit. — Elle était blessée et en colère. Son châtiment était trop grand. Mais mon silence était aussi une faute. J’ai appris que tout n’est pas simplement bon ou mauvais. Ce qui compte, c’est ce que nous choisissons de faire ensuite. Les habitants du vieux royaume découvrirent un monde devenu entièrement nouveau. Ukay ne réclama pas aussitôt le trône. — Je dois d’abord comprendre comment vivent les gens maintenant. Et savoir s’ils veulent réellement de moi comme dirigeant. La jeune fille resta son amie et aida le vieux royaume à retrouver sa place dans le nouveau monde. Avec le temps, leur amitié devint plus profonde. Un soir, sous le même arbre, elle lui demanda : — Tu te souviens du premier fruit jaune ? — J’étais plus nerveux ce jour-là que lors de n’importe quelle cérémonie royale. — Moi, j’avais simplement pensé : quel singe bien élevé. Ils éclatèrent de rire. Plus tard, certains habitants racontèrent que le prince et la jeune fille décidèrent de partager leur vie. Et dans la ville restaurée, on retint surtout une leçon : le courage n’est pas réservé aux batailles. Il faut parfois davantage de courage pour dire la vérité à temps et laisser l’autre personne choisir librement.

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