Couverture : Le Prince-Lapin

Afrique du Sud

Le Prince-Lapin

Pays
Afrique du Sud
Âge
4–8 ans
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Le Prince-Lapin

Sur une vaste terre où le soleil du matin dorait les herbes vivaient un Lapin très vif d’esprit et son voisin, un petit duiker. Le Lapin aimait les raccourcis. Le duiker, plus calme, préférait le travail régulier. Un jour, ils décidèrent de cultiver du maïs, des courges et des arachides près d’un ruisseau. Le duiker arrosait, désherbait et travaillait chaque jour. Le Lapin travaillait lui aussi, sauf lorsqu’il trouvait soudain urgent d’observer un nuage, de vérifier une ombre ou de faire une sieste de « cinq minutes ». À l’automne, le champ du duiker était magnifique. Celui du Lapin, beaucoup moins. Honteux mais affamé, le Lapin prit plusieurs fois en cachette du maïs chez son ami. Le duiker s’en aperçut. — Sais-tu qui vient dans mon champ ? Le Lapin baissa les oreilles. Il allait inventer une explication, puis vit la tristesse dans les yeux de son ami. — C’était moi. J’ai moins travaillé et je voulais quand même manger. J’aurais dû demander. Le duiker resta silencieux. — L’année prochaine, nous travaillerons ensemble. Pour cette fois, partageons la récolte. Mais ne cache plus la vérité. Cette même nuit, quelque chose d’autre visita le champ. Des épis furent dispersés et une longue plume argentée resta au sol. Les amis préparèrent un piège de fines herbes, uniquement pour retenir le visiteur. Le matin, un oiseau extraordinaire s’y trouvait : ailes rouges, bleues et dorées, longue plume brillante. — Nous voulons seulement savoir pourquoi tu viens ici, dit le duiker. L’oiseau parla : — Je viens du Pays au-dessus des Nuages. La saveur du maïs terrestre me manquait. Le Lapin défit les liens. — La prochaine fois, demande. Il sourit lui-même en prononçant les paroles que son ami lui avait dites récemment. Le lendemain, l’oiseau revint. Il toucha la terre de sa longue plume et se transforma en jeune princesse. — Cette plume me permet de voyager entre la terre et le ciel. Elle devint leur amie. Un jour, elle toucha le Lapin de sa plume. Une lumière l’enveloppa. Ses longues oreilles disparurent, ses pattes devinrent des mains, et un jeune homme se tint devant eux. — Tu es désormais le Prince-Lapin. Mais n’oublie pas qui tu étais. Ce qui compte, c’est ton intelligence et ta capacité à reconnaître tes fautes. Le duiker le contourna. — Étrange. La voix est toujours la même. — Et probablement l’appétit aussi. La princesse proposa de les présenter à sa famille. Elle posa la plume au sol. Elle grandit, grandit, jusqu’à atteindre les nuages. La Souris et le Pic, voisins inventifs, partirent avec eux. Au sommet se dressait une immense porte de pierre sans ouverture visible. — Il y a presque toujours une porte, dit la Souris. Il faut trouver où elle commence. Elle examina les fissures. Le Pic frappa : toc, toc, toc. — Ici, ça sonne creux ! Un petit levier de pierre apparut. La porte s’ouvrit. Derrière s’étendait le Pays Céleste, avec ses arbres argentés, ses cours d’eau reflétant le ciel et ses habitants capables de devenir des oiseaux. Les parents de la princesse furent heureux de revoir leur fille, mais hésitèrent devant le visiteur terrestre. — Chez nous, les gens du ciel vivent avec les gens du ciel. — Peut-être que certaines coutumes n’ont simplement pas encore eu l’occasion de commencer, répondit la princesse. Le souverain réfléchit. — Trois épreuves, sans danger. Je veux seulement savoir si ce prince sait penser à autre chose qu’à lui-même. Première épreuve : parmi des dizaines de cruches identiques, trouver celle remplie d’eau de source. Le Prince-Lapin remarqua de fines gouttes froides sur une cruche fraîchement remplie. Deuxième épreuve : traverser une plaine sous une forte grêle. Il ne se jeta pas bravement au milieu des pierres de glace. Il observa et suivit une bande d’arbres protectrice. — Le courage ne consiste pas toujours à courir vers le danger. Troisième épreuve : trois sacs de graines magiques. — Sème-les où tu veux. Le prince pouvait tout planter près de sa future maison. Il partagea. Un sac pour des vieillards isolés. Un autre pour une grande famille dont les cultures avaient été détruites. Le troisième fut planté avec la princesse. Le souverain sourit. — Tu as appris à ne pas seulement chercher l’avantage le plus rapide. Une fête fut donnée. Mais le Prince-Lapin et la princesse décidèrent de vivre sur la terre où leur histoire avait commencé. Ils redescendirent avec la Souris et le Pic. Le duiker les attendait. — Enfin ! J’allais devoir récolter tout seul. À partir de là, tous vécurent en voisins et s’entraidèrent. Le Lapin ne prit plus jamais sans demander. Le duiker n’eut plus honte de réclamer de l’aide. La Souris trouvait les portes cachées. Le Pic entendait le vide derrière les pierres les plus épaisses. Et la princesse posait parfois sa plume au sol pour ouvrir jusqu’aux nuages une route d’or. Ainsi, lorsqu’une longue bande dorée paraît dans le ciel après la pluie, certains disent que ce n’est peut-être pas un rayon de soleil. Peut-être que la plume magique touche de nouveau la terre.

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