Couverture : Le roi et la reine curieuse

Inde

Le roi et la reine curieuse

Pays
Inde
Âge
7–10 ans
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Le roi et la reine curieuse

Un roi que les gens surnommaient le Chasseur connaissait les sentiers de la forêt mieux que beaucoup d’hommes. Il savait lire les traces dans la terre, entendre un mouvement dans les feuilles et remarquer ce que d’autres auraient ignoré. Un jour, en revenant de la forêt, il aperçut sur un étroit sentier un serpent et un lézard en pleine dispute. — Mes amis, laissez-moi passer, demanda le roi. Ils ne l’entendirent même pas. Le roi leva son bâton pour les écarter, puis s’arrêta. — Non. Ce n’est pas parce que je suis pressé que j’ai le droit de faire du mal. Il frappa le sol avec son bâton. Le lézard se glissa dans l’herbe. Le serpent s’écarta. Le soir, le serpent raconta cette rencontre à Monsha, le seigneur des serpents. Le lendemain, Monsha apparut devant le roi. — On m’a dit que tu pouvais frapper mes sujets, mais que tu ne l’as pas fait. Pourquoi ? — Parce que la force ne sert pas à frapper plus faible que soi. Je voulais seulement passer. Monsha le regarda longuement. — Demande une récompense. Le roi réfléchit. — J’aimerais comprendre la langue des animaux, des oiseaux et des insectes. — Je peux t’accorder ce don. Mais il vient avec une condition. Tu le garderas tant que tu protégeras le secret de la manière dont tu l’as reçu. Si tu révèles cette histoire, le don disparaîtra. Le roi accepta. À partir de ce jour, le monde changea. Les moineaux sur les toits discutaient de brins de paille. Les abeilles racontaient où trouver le nectar le plus sucré. Un vieux bœuf se plaignait que son harnais était trop serré. Et les fourmis semblaient être les habitants les plus affairés du palais. Un soir, pendant le dîner, quelques grains de riz tombèrent sur le sol. Une mouche et une fourmi arrivèrent en même temps. — À moi ! dit la mouche. Je l’ai vu la première. — Mais moi, je l’ai touché la première. — Mes enfants m’attendent ! — Et toute ma colonie travaille ! — Partageons-le. — Comment veux-tu couper un grain sans couteau ? — Tu crois que les humains ont inventé les couteaux pour quoi ? Le roi ne put retenir un éclat de rire. La reine se trouvait près de lui. — Pourquoi ris-tu ? Le roi se souvint de sa promesse. — Je viens de penser à quelque chose d’amusant. — À quoi ? — Je ne peux pas le dire. La reine leva un sourcil. — Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? — Je ne peux pas. J’ai donné ma parole. Sa curiosité venait d’être piquée. Le matin suivant, elle demanda encore : — Alors, qu’y avait-il de si drôle hier ? — J’ai promis de garder le silence. À midi : — Donne-moi au moins un indice. — Même un indice ne serait pas honnête. Le soir : — Cela veut donc dire que tu as un secret pour moi ? Le roi soupira. — Certaines choses ne nous appartiennent pas assez pour que nous puissions les raconter, même à ceux que nous aimons. Ce n’est pas un manque de confiance. C’est une parole donnée. La reine se vexa. — Je suis ta femme. N’ai-je pas le droit de tout savoir ? Le roi ne trouva pas les mots capables de la convaincre. Le lendemain, ils allèrent parler au bord d’une rivière, loin de l’agitation du palais. Un troupeau de chèvres broutait près de l’eau. Une vieille chèvre regardait un îlot au milieu du courant. — Quelle belle herbe là-bas ! dit-elle à un jeune bouc. Traverse et rapporte-m’en. Le jeune bouc observa l’eau rapide. — Le courant est trop fort. — Et alors ? Fais-le pour moi. — Je te respecte, mais je ne vais pas risquer ma vie pour un caprice. Je peux chercher de l’herbe tout aussi bonne de ce côté-ci. — Quel entêté ! — Non. Il existe une frontière entre rendre service et prendre un risque insensé. Le roi entendit cela et réfléchit. La reine remarqua son sourire. — Encore quelque chose d’amusant ? Il ne répondit pas tout de suite. — Je ne peux pas te raconter ce que j’ai entendu. Mais je peux te dire ce que j’ai compris. — Et qu’as-tu compris ? — Aimer quelqu’un ne signifie pas exiger de lui ce qui peut lui faire du mal. Et être très proches ne signifie pas que nous avons le droit de connaître tout secret confié par quelqu’un d’autre. La reine resta silencieuse. — Je croyais que ton silence signifiait que tu ne me faisais pas confiance. — Je te fais confiance. C’est justement pour cela que je te dis la vérité : j’ai donné une parole que je ne peux pas trahir. La reine regarda la rivière. — Alors je ne demanderai plus. Une corneille croassa tout près : — Enfin ! J’en avais assez d’entendre la même question depuis trois jours ! Le roi éclata de rire. La reine se mit à rire elle aussi. — Encore ton secret ? — Exactement. — Très bien. Qu’au moins un secret puisse vivre tranquillement dans ce palais. La reine resta curieuse, mais elle apprit à distinguer la curiosité du droit de tout savoir. Et le roi continua à entendre les animaux. Grâce à cela, il remarqua quand un harnais blessait un cheval, quand les oiseaux manquaient d’eau sous la chaleur ou quand les fourmis transportaient leurs œufs avant une pluie. On dit que c’est à cette époque qu’il devint non seulement un bon chasseur, mais aussi un souverain plus attentif. Car le véritable cadeau n’était pas seulement de comprendre la langue des animaux. C’était d’apprendre à écouter.

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