

Israël
Le roi mendiant
- Pays
- Israël
- Âge
- 8–12 ans

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Le roi mendiant
Un roi nommé Hagag vivait dans un palais qui brillait d’or. Ses écuries abritaient les meilleurs chevaux et, lorsqu’il traversait la grande place, les gens inclinaient la tête devant lui. Hagag était si habitué à cette vie qu’il avait fini par croire qu’elle durerait toujours. Chaque matin, un lecteur se tenait près du trône et lisait un passage d’un texte sacré. Un jour, il lut des paroles rappelant que la richesse ne dure pas éternellement et qu’aucune couronne ne reste pour toujours dans une même lignée. — Assez ! coupa Hagag. Je n’aime pas ces paroles. — Elles rappellent seulement que le pouvoir et la richesse ne nous appartiennent pas pour toujours, répondit calmement le lecteur. Le roi fronça les sourcils. — Je suis roi. Je ne veux pas entendre parler du jour où je ne le serai plus. Il ferma le livre et ordonna de préparer les chevaux pour la chasse. Peu après, Hagag galopait loin devant sa suite lorsqu’un magnifique cerf apparut. — Celui-là sera à moi ! Le cerf atteignit une rivière, sauta dans l’eau et gagna l’autre rive. Hagag traversa lui aussi et poursuivit l’animal dans un fourré. Mais derrière les buissons, le cerf avait disparu. À sa place se trouvait un jeune homme vêtu d’une peau de cerf. — Où est l’animal ? Le jeune homme se releva. — Devant toi. — Que veux-tu dire ? — J’étais ce cerf. Je suis un esprit, et je t’ai conduit ici parce que tu refuses d’entendre une vérité simple : une couronne ne place pas un homme au-dessus de tous les autres. Avant que le roi puisse répondre, le jeune homme retourna rapidement vers la rivière. De l’autre côté se trouvaient le cheval et les vêtements royaux. L’esprit revêtit les habits de Hagag, monta en selle et, à cet instant, la suite arriva. Personne ne remarqua l’échange. — Le cerf s’est échappé, dit l’esprit avec la voix du roi. Nous rentrons. Tous le suivirent. Le véritable Hagag resta seul sur l’autre rive. — Attendez ! Mais les cavaliers étaient déjà loin. Le soir, un bûcheron le trouva dans la forêt. — Qui es-tu et pourquoi es-tu seul ? — Je suis le roi Hagag. Le bûcheron regarda ses vêtements mouillés et ses mains égratignées. — Le roi est au palais. Toi, tu sembles surtout avoir besoin d’aide. Porte ce fagot avec moi et je te donnerai à manger et un manteau sec. Hagag faillit s’indigner. Il n’avait jamais porté le bois d’un autre. Mais il avait faim et froid. Il souleva le fagot. Il était bien plus lourd qu’il ne l’avait imaginé. Après quelques pas, le roi haletait. — Comment portes-tu cela tous les jours ? — Petit à petit. Et je ne crois pas que mon travail soit facile simplement parce que personne ne le remarque. Hagag retint ces mots. Dans la nuit, il atteignit la capitale. — Ouvrez ! Je suis le roi ! Les gardes se regardèrent. — Le roi est déjà à l’intérieur. — C’est un imposteur ! Appelez mes conseillers ! — Pars, bon homme. Ne cherche pas d’ennuis. Hagag cita les noms des conseillers. Rien n’y fit. Pour la première fois de sa vie, une porte se ferma devant lui et aucun ordre ne fonctionna. Il passa la nuit sous un auvent près du marché. À l’aube, une vieille vendeuse de pain lui tendit une galette et une tasse de lait. — Prends. Tu as l’air de ne pas avoir mangé depuis longtemps. — Je n’ai pas de quoi payer. — Alors, un jour, aide quelqu’un d’autre. Hagag prit lentement la nourriture. La veille encore, il aurait pu ordonner un banquet pour cent personnes. Aujourd’hui, un morceau de pain offert par une inconnue lui semblait plus précieux qu’un festin royal. Le même jour, il vit passer un cavalier en habits royaux. Les gens criaient : — Vive le roi ! Hagag reconnut l’esprit. Il voulut se précipiter vers lui. Puis il s’arrêta. « Si personne ne m’écoute sans couronne, ai-je trop longtemps cru que le respect appartenait à la couronne elle-même ? » Il quitta la ville et chercha du travail. Le premier jour, il porta de l’eau sur un chantier et renversa la moitié de ses seaux. Le deuxième, il aida à la récolte et resta toujours en retard. Le troisième, il travailla sur une route et se couvrit les mains d’ampoules. Il avait honte de ne pas savoir faire ce que les autres accomplissaient chaque jour. Mais personne ne se moqua. — Tu apprendras, lui dit un ouvrier. Tout le monde commence un jour. Et Hagag commença à apprendre. Il découvrit combien il était difficile de gagner son pain. Il vit que des gens possédant très peu pouvaient partager beaucoup. Il comprit combien une maladie devient inquiétante sans réserves et combien une route paraît longue lorsque personne ne répare un vieux pont. Un soir, il rencontra plusieurs voyageurs aveugles. Leur guide ne pouvait plus continuer et ils ne savaient pas comment rejoindre la ville suivante. — Je peux vous conduire. — Connais-tu la route ? — Autrefois, je la parcourais à cheval. Il est temps que je la fasse à pied. Il devint leur guide. Au début, cela semblait simple : suivre le sentier, signaler les pierres, trouver de l’eau. Mais Hagag comprit vite toute l’attention qu’exige une vraie responsabilité. — Un pont étroit devant nous. — Un trou à droite. — Nous pouvons nous reposer ici, à l’ombre. — Le chemin devient plat. Ses compagnons l’aidaient eux aussi. L’un connaissait d’innombrables histoires. Un autre chantait merveilleusement. Un troisième reconnaissait le temps à l’odeur du vent. Hagag cessa de penser à eux comme à des gens qui avaient seulement besoin d’aide. Ils devinrent ses amis. Plusieurs mois passèrent. Un matin, des hérauts parcoururent villes et villages. — Le roi Hagag invite tous les voyageurs dans le besoin à un grand repas dans la cour du palais ! Hagag tressaillit. Il savait qui occupait le trône. — Allons-y, dirent ses compagnons. Un bon repas est toujours utile sur la route. Dans la cour du palais, de longues tables avaient été dressées. On servait tous ceux qui venaient, sans question sur leur origine, leurs vêtements ou leur argent. Hagag regarda autour de lui. Autrefois, il traversait cette cour sans remarquer ceux qui la nettoyaient, la réparaient, la gardaient ou préparaient les repas. Maintenant, il voyait chacun. Le héraut annonça : — Le roi souhaite accueillir personnellement ses invités. Lorsque le tour de Hagag et de ses compagnons arriva, l’esprit était assis sur le trône. Ils se regardèrent longtemps. — Et maintenant, tu demandes l’aumône ? demanda l’esprit. Hagag secoua la tête. — Je suis le guide de ces voyageurs. Ils m’ont confié leur route. — Et qui crois-tu être ? Autrefois, la réponse aurait jailli immédiatement : « Je suis le roi. » Cette fois, Hagag réfléchit. — Un homme qui ne comprenait pas beaucoup de choses. Je pensais que ma richesse me rendait fort et ma couronne sage. Mais la sagesse ne vient pas avec une couronne. J’ai rencontré des gens qui possédaient bien moins que moi et partageaient pourtant le peu qu’ils avaient. J’ai travaillé avec ceux dont je ne remarquais même pas le travail. Et j’ai compris qu’un souverain qui ignore comment vivent ses sujets ne voit que la moitié de son propre royaume. L’esprit sourit. — Tu as appris ce pour quoi je t’ai conduit à la rivière. Il demanda aux courtisans de sortir et tendit à Hagag le manteau royal. — Reprends ta place. Hagag ne le prit pas immédiatement. — Et mes amis ? — On s’occupera d’eux selon ce qu’ils demanderont eux-mêmes. Certains ont besoin d’un accompagnement, d’autres d’un travail, d’un logement sûr ou simplement d’un traitement équitable. — Et je ne veux pas oublier tout ceci dès que je serai de nouveau sur le trône. — Alors n’oublie pas les personnes que tu as rencontrées. Hagag remit le manteau. Lorsque les courtisans revinrent, c’était de nouveau le véritable roi qui occupait le trône. Mais ce n’était plus le même homme. Son premier ordre ne fut ni d’organiser une fête ni de frapper de nouvelles monnaies. Il demanda à rencontrer les gens qui réparaient les routes, cultivaient le grain, portaient l’eau, enseignaient aux enfants, soignaient les malades et aidaient les voyageurs. — Je veux savoir ce qui fonctionne mal dans mon royaume. Et cette fois, j’écouterai vraiment. Il fit réparer les ponts dangereux, créer des lieux où les voyageurs pouvaient boire et dormir, et demanda que les personnes handicapées puissent elles-mêmes dire quelle aide leur était utile. Il remercia personnellement la vieille femme du marché qui lui avait donné du pain et du lait. — Je te l’avais dit, sourit-elle. Un jour, tu aiderais quelqu’un d’autre. Et il le fit. Non parce qu’il voulait paraître généreux, mais parce qu’il avait enfin compris que le pouvoir n’est pas le droit de se placer au-dessus. C’est le devoir de voir ceux qu’il est facile d’oublier. On raconte qu’à partir de ce jour, Hagag gouverna avec davantage de sagesse et ne craignit plus d’entendre que les richesses et les couronnes ne durent pas éternellement. Car il savait désormais que ce qui vit le plus longtemps n’est ni l’or ni le titre. C’est le bien qu’une personne a eu le temps de faire pour les autres.
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