

Pays-Bas
Le sanglier aux soies d’or
- Pays
- Pays-Bas
- Âge
- 6–10 ans

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Le sanglier aux soies d’or
On raconte qu’en des temps très anciens, les humains connaissaient mieux la forêt que les champs. Ils cueillaient des baies et des noix, déterraient des racines comestibles et faisaient sécher des fruits, mais ils ne savaient pas encore bien ameublir la terre ni semer de vastes parcelles. Au printemps, ils observaient les clairières verdoyantes et s’étonnaient. — Pourquoi tout pousse-t-il si serré ici, alors que là-bas il n’y a presque rien ? — Pourquoi, après la pluie, certaines terres deviennent-elles tendres tandis que d’autres restent dures comme de la pierre ? Ils ne connaissaient pas la réponse. Dans le monde des légendes, un esprit bienveillant nommé Fro observait les humains. Il aimait la chaleur, le soleil d’été, la pluie et tout ce qui pousse hors de la terre. — Les hommes ont besoin d’un indice, dit-il aux petits artisans qui vivaient sous les collines et étaient célèbres pour leur travail de forgerons. Ils savent déjà regarder, mais ils n’ont pas encore appris à voir ce que la nature leur montre. Le roi des artisans souterrains se frotta la barbe. — Quel genre d’indice veux-tu leur donner ? — Un indice impossible à manquer. Les artisans allumèrent leur forge. Les flammes rugirent, les soufflets sifflèrent et les petits marteaux se mirent à chanter : ding, ding, ding ! Ils placèrent de l’or dans le feu. Le métal chauffa jusqu’à devenir tendre et lumineux comme un morceau de soleil. Un artisan le saisit avec de longues pinces, un deuxième martela les flancs, un troisième façonna de solides pattes et le plus petit imagina un dos étincelant. Ainsi naquit un sanglier extraordinaire. Ses soies étaient d’or. Lorsqu’il courait, on aurait dit qu’un rayon de soleil filait sur le sol. Et lorsque Fro l’appelait, le sanglier pouvait aller si vite qu’il semblait presque rattraper le vent. — Nous t’appellerons Gullin, le Doré, déclara Fro. Le sanglier grogna de satisfaction. Fro voyageait avec lui à travers forêts, prairies et collines. Mais ce que Gullin préférait par-dessus tout, c’était la terre ordinaire après la pluie. Il baissait la tête, enfonçait son puissant groin dans le sol et traçait un long sillon. Frouch, frouch, frouch ! Derrière lui restait une bande de terre sombre et meuble. Puis il en traçait une autre. Et encore une autre. Dans cette terre remuée, l’herbe germait plus vite, l’eau restait mieux retenue et les graines apportées par le vent ne demeuraient plus sur une surface dure : elles s’enfonçaient dans le sol. Les oiseaux eux aussi apprécièrent très vite les traces de Gullin. Ils sautillaient le long des sillons, y trouvaient de quoi manger et, sans le savoir, y répandaient également des graines. Un matin, des enfants du village voisin découvrirent un spectacle étonnant. — Regardez ! s’écria une petite fille. On dirait que quelqu’un a peigné la terre ! — C’est le sanglier d’or qui a fait ça ! dit son frère. Les adultes vinrent observer à leur tour. L’un prit un bâton et essaya de le faire glisser dans la terre. — Cela fait bien un sillon, mais il est très peu profond. Un autre tailla la pointe de son bâton. — Comme ça, c’est mieux. Un troisième fixa à une pièce de bois un morceau plat de métal solide. — Et ainsi, la terre cède encore plus facilement ! Les humains commencèrent à essayer différentes méthodes. Personne n’inventa la charrue en une soirée. Au début, il n’y eut que de simples bâtons taillés en pointe. Puis on y ajouta du métal. Plus tard apparut un cadre permettant de tirer l’outil. Encore après, on ajouta des poignées afin de guider les sillons bien droit. Fro et Gullin les regardaient depuis une colline. — Tu vois ? dit Fro. Je ne leur ai pas donné une réponse toute faite. Le sanglier grogna comme s’il demandait : « N’aurait-il pas été plus simple de leur offrir une charrue ? » — Non, répondit Fro en souriant. Ce qu’une personne découvre par sa propre réflexion et son propre travail, elle le comprend mieux. Bientôt, le premier véritable champ apparut près du village. On déposa des grains dans les sillons. La pluie abreuva la terre, le soleil la réchauffa, et quelques semaines plus tard de jeunes pousses vertes sortirent du sol. Chaque jour, les enfants venaient les regarder. — Hier, elles étaient hautes comme ça ! disait un garçon en plaçant sa paume tout près de la terre. — Et aujourd’hui, elles sont déjà plus grandes ! À la fin de l’été, le champ était devenu doré. Sous le vent, il ondulait comme une immense mer. Après la récolte, lorsqu’on eut cuit le premier pain, les habitants déposèrent un petit pain rond à la lisière de la forêt. — C’est pour le sanglier d’or qui nous a appris à regarder la terre avec davantage d’attention, dirent-ils. Pendant la nuit, Gullin trouva le cadeau. Il renifla le pain, en croqua un morceau et poussa un grognement ravi. Au printemps suivant, les habitants n’attendirent plus que le sanglier creuse leurs sillons. Ils sortirent eux-mêmes dans les champs avec leurs outils. Certains tiraient, d’autres guidaient, d’autres semaient. Tous apprenaient à travailler ensemble. Le temps passa. Les charrues devinrent plus solides et plus pratiques. Les humains apprirent à utiliser la force des bœufs, puis celle des chevaux. Les champs s’étendirent et les récoltes devinrent plus généreuses. Gullin, pourtant, apparaissait encore parfois à l’aube. Ses soies dorées s’embrasaient entre les arbres, puis il traçait de son groin un seul sillon, long et parfaitement droit. — Il vient vérifier que nous n’avons rien oublié ! riaient les enfants. Et peut-être avaient-ils raison. Car la leçon la plus importante du sanglier d’or ne concernait ni la charrue ni même le pain. Elle parlait d’attention. Chaque jour, la nature montre quelque chose : la manière dont l’eau trouve son chemin, dont l’oiseau construit son nid, dont les racines maintiennent un arbre, dont une minuscule graine traverse la terre. Il suffit de regarder, de réfléchir et de ne pas avoir peur d’essayer de faire un peu mieux qu’hier.
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