Couverture : Le serpent qui offrait de l’or

Inde

Le serpent qui offrait de l’or

Pays
Inde
Âge
6–10 ans
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Le serpent qui offrait de l’or

En Inde vivait un fermier nommé Haridatta. Il possédait un petit champ et travaillait du matin au soir. Pourtant, la terre semblait rarement vouloir le récompenser. Parfois la pluie arrivait trop tard, parfois les jeunes pousses séchaient sous le soleil, et parfois la récolte suffisait à peine à nourrir la famille.

Un jour particulièrement chaud, Haridatta posa sa houe sous un arbre et s’assit à l’ombre. L’air tremblait sous la chaleur. Même les oiseaux se taisaient.

Soudain, quelque chose remua près d’une vieille fourmilière.

Un grand serpent au cou déployé glissa lentement hors de l’herbe. Il s’arrêta près de la fourmilière et observa calmement le champ.

Haridatta ne chercha pas à le chasser.

« Peut-être ce serpent vit-il ici depuis des années et protège-t-il cet endroit sans que je l’aie jamais remarqué », pensa-t-il.

Le soir, le fermier apporta un petit bol de lait et le posa près de la fourmilière.

— Je ne sais pas qui tu es ni pourquoi tu as choisi mon champ, dit-il. Mais nous vivons tous les deux sur cette terre. Vivons donc en paix.

Il s’éloigna et rentra chez lui.

Le lendemain matin, le bol était vide. Au fond reposait une pièce d’or.

Haridatta la retourna plusieurs fois entre ses doigts.

— Quel prodige, murmura-t-il.

Le soir suivant, il apporta de nouveau du lait. Au matin, une autre pièce d’or l’attendait. La même chose se reproduisit le troisième jour, puis le quatrième.

Le fermier ne devint pas riche du jour au lendemain, mais sa vie devint plus facile. Il répara le toit, acheta de bonnes graines et mit un peu d’argent de côté pour les périodes difficiles. Chaque jour, il apportait du lait au serpent, et chaque jour le serpent laissait une pièce d’or.

Haridatta n’en demanda jamais davantage.

— Un jour, une pièce, disait-il à sa famille. Un cadeau a de la valeur précisément parce qu’il est offert et non exigé.

Un jour, le fermier dut se rendre dans un village voisin.

— Mon fils, dit-il, porte ce soir le lait à la vieille fourmilière. Pose le bol et ne dérange pas le serpent.

Le garçon fit ce que son père lui avait demandé. Au matin, il trouva une pièce d’or.

D’abord, il fut ravi. Puis il regarda la fourmilière et pensa :

« Si ce serpent apporte une pièce chaque jour, il doit y avoir une montagne entière d’or sous terre. Pourquoi attendre jour après jour ? Nous pourrions tout avoir d’un coup ! »

Le soir suivant, le garçon emporta non seulement le bol de lait, mais aussi un lourd bâton.

Le serpent sortit de l’herbe et s’approcha du bol avec le même calme que d’habitude.

Le garçon leva son bâton.

— Montre-moi où se trouve l’or ! cria-t-il.

Mais le serpent fut plus rapide. Il bondit de côté, siffla bruyamment et frappa les feuilles sèches de sa queue. Le garçon eut si peur qu’il lâcha le bâton, trébucha sur ses propres pieds et rentra en courant.

Le serpent ne le poursuivit pas. Il disparut dans la fourmilière.

Lorsque Haridatta revint, son fils lui raconta tout.

Le fermier soupira.

— Tu as essayé de prendre par la force ce qui nous était offert dans la confiance. L’or peut se compter. La confiance, non. Et c’est elle qu’il est bien plus grave de perdre.

Le lendemain matin, Haridatta remplit un bol de lait frais et retourna près de la fourmilière.

Il posa le bol à l’endroit habituel et attendit.

Enfin, la tête du serpent apparut dans l’herbe. Il ne s’approcha pas davantage.

— Je suis venu te demander pardon, dit le fermier. Mon fils a agi sottement. Je ne veux ni or ni récompense. Je souhaite seulement que la paix revienne entre nous.

Le serpent resta immobile un moment.

— La paix est possible. Mais notre amitié ne sera plus comme avant. Ton fils n’a pas vu en moi un voisin, mais une cachette remplie de trésors. Et désormais, chaque fois que je verrai un humain tenant un bâton, je me souviendrai de ce geste.

Haridatta baissa la tête.

— Je comprends.

Le serpent s’approcha un peu et déposa une petite perle près du bol.

— Ceci est mon dernier cadeau. Pas pour t’enrichir. Qu’elle te rappelle que l’abondance a besoin de mesure et que l’amitié repose sur la confiance.

Puis le serpent retourna dans la fourmilière et n’apporta plus jamais de pièce d’or.

Haridatta emporta la perle chez lui, mais ne la vendit pas. Il la conserva dans une petite boîte en bois.

Les années passèrent. Certaines récoltes furent bonnes, d’autres mauvaises, et le fermier gagna de nouveau sa vie uniquement par son travail. Son fils grandit et l’aidait souvent.

Un jour, alors qu’il était presque devenu un jeune homme, il demanda :

— Père, n’as-tu jamais regretté que les pièces d’or aient cessé d’apparaître ?

Haridatta sourit.

— Je regretterais bien davantage que tu n’aies jamais compris pourquoi elles ont cessé.

À partir de ce moment, son fils n’essaya plus de tout saisir en une seule fois. Chaque fois qu’il apercevait un serpent près du champ, il s’écartait simplement pour le laisser passer.

Car il savait désormais que tous les trésors ne sont pas enfouis sous terre. Certains se trouvent dans une parole bienveillante, dans la patience et dans la confiance, si facile à briser et si difficile à reconstruire.

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