

Chine
Le serviteur du lama
- Pays
- Chine
- Âge
- 7–10 ans

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Le serviteur du lama
Très haut dans les montagnes du Tibet, là où les sentiers serpentent entre les pentes rocheuses et où le vent fait claquer les drapeaux de prière, vivait un vieux lama. Sa petite maison se trouvait presque au sommet d’une colline. Le lama aimait le silence, la nourriture simple et les longues heures de réflexion paisible. Un jeune serviteur nommé Rinzin l’aidait. Rinzin était gai, inventif et remarquablement malin. En revanche, travailler régulièrement et patiemment ne lui plaisait guère. S’il existait un raccourci, il cherchait toujours à le trouver. Et lorsqu’il n’y en avait pas, il essayait parfois d’en inventer un. Le lama mangeait très simplement : farine d’orge, beurre, fromage, galettes et légumes. Il apprenait à Rinzin à ne pas faire souffrir inutilement les êtres vivants. — La nourriture doit nous donner des forces, pas nous rendre cruels, disait-il. Rinzin hochait la tête, mais il lui arrivait de soupirer devant son bol de bouillie d’orge. Un jour, une brebis égarée d’un troupeau de la vallée arriva près de la maison. Rinzin l’attrapa et l’attacha dans la pièce du bas pour l’empêcher de repartir sur une pente escarpée. Puis il monta voir le lama. — Maître, j’ai trouvé une brebis perdue. Tenez la corde, s’il vous plaît, pendant que je cours chercher le berger. Le lama prit la corde. — Très bien. Mais ne tarde pas. Rinzin redescendit. Au lieu de partir immédiatement vers la vallée, il décida de faire une plaisanterie. Il tira doucement la brebis d’un côté. Sentant la tension, le lama tira la corde dans l’autre sens. — Quelle bête obstinée ! grommela Rinzin. La brebis prit peur, bêla très fort, arracha la corde et s’enfuit dehors. À cet instant précis arriva le jeune berger qui cherchait son animal. Il vit Rinzin avec la corde et demanda, mécontent : — Qu’est-ce que tu fais ? Rinzin ouvrait déjà la bouche pour inventer une explication, mais le garçon l’interrompit. — J’ai tout vu. Encore une fois, tu voulais faire porter à quelqu’un d’autre la responsabilité de ton idée. Pendant ce temps, la brebis rejoignit tranquillement son troupeau. Le soir, le berger raconta toute l’histoire au lama. Le vieil homme resta silencieux un moment. Puis il dit : — Rinzin, l’intelligence est une belle qualité. Mais lorsqu’elle sert à cacher un mensonge, elle cesse d’être de la sagesse. Rinzin baissa la tête. — Je voulais seulement plaisanter. — Une plaisanterie dont quelqu’un d’autre doit supporter les conséquences n’est plus vraiment une bonne plaisanterie. Tu as besoin de vivre un peu seul et d’apprendre à répondre de tes actes. Rinzin prépara donc un petit baluchon et descendit de la montagne à la recherche de sa chance. Au début, il marcha tristement. Mais il ne savait pas rester longtemps de mauvaise humeur. Bientôt, il sifflotait déjà en observant le paysage. Vers le soir, il rattrapa un autre jeune homme. — Où vas-tu ? demanda l’inconnu. — Là où mes jambes me mèneront, répondit Rinzin. Je veux gagner un peu d’argent et prouver que je sais me débrouiller. L’homme sourit. — Alors voyageons ensemble. Moi aussi, je cherche une occasion de gagner quelque chose. Rinzin ignorait encore que son nouveau compagnon était un filou qui aimait s’emparer de ce qui ne lui appartenait pas. Avant la nuit, ils arrivèrent devant une grande maison dans une vallée verdoyante. Le maître de cette maison venait de mourir. Sa fille y vivait seule. Elle avait autrefois un frère qui était parti depuis longtemps et n’était jamais revenu. Le compagnon de Rinzin apprit cette histoire et imagina aussitôt un plan. — Écoute, chuchota-t-il. Je vais prétendre être le frère disparu. Toi, tu te cacheras dans la pièce sombre d’à côté. Quand je demanderai à voix haute si le fils de la maison est vraiment revenu, tu répondras d’une voix grave : « Oui. » Rinzin se gratta la tête. — Mais c’est un mensonge. — Seulement un petit spectacle. Nous prendrons un peu d’argent et nous repartirons. Rinzin hésita. Il se rappela les paroles du lama sur l’intelligence sans honnêteté. Mais la tentation fut plus forte. — D’accord, dit-il. À condition que personne ne fasse de mal à la jeune femme. Le plan fonctionna. Depuis la pièce sombre, Rinzin répondit d’une voix basse, et la jeune femme crut que son frère disparu était enfin revenu. Elle donna à l’imposteur un petit sac d’or pour son voyage. Le filou promit à Rinzin de partager l’argent en deux. Mais, dès la nuit tombée, il s’enfuit avec tout l’or. Le lendemain matin, Rinzin demanda : — Où est mon compagnon ? — Il est parti pendant la nuit, répondit la jeune femme. Je lui ai donné le sac d’or. Rinzin siffla entre ses dents. — Voilà un partage remarquablement équitable. Il avait honte, non seulement parce qu’on l’avait trompé, mais parce qu’il avait lui-même accepté de participer au mensonge. — Je vais vous rendre votre or, promit-il à la jeune femme. Elle le regarda avec surprise. — Tu sais où il est allé ? — À peu près. Et je sais aussi qu’il aime beaucoup les gains faciles. Rinzin emprunta un cheval et partit au galop. À midi, il aperçut le filou loin devant lui. L’homme se reposait sous un arbre, à côté du lourd sac d’or. Rinzin ne s’approcha pas. Il passa au galop comme s’il était extrêmement pressé, puis, un peu plus loin, posa au milieu du chemin une belle botte neuve qu’il avait dans son baluchon. Quelques tournants plus loin, il posa la deuxième botte et se cacha derrière des buissons. Bientôt, le filou arriva avec son sac. — Belle botte, murmura-t-il en voyant la première. Dommage qu’il n’y en ait qu’une. Elle ne me sert à rien toute seule. Il continua son chemin. Puis il aperçut la deuxième botte. — Quelle chance ! Il faut retourner chercher l’autre. Le sac d’or était lourd. Il le cacha donc sous un tas d’herbe sèche et repartit en arrière. Dès qu’il disparut au tournant, Rinzin sortit de sa cachette, prit le sac et retourna à la grande maison. La jeune femme n’en crut pas ses yeux. — Tu as tout rapporté ? — Jusqu’à la dernière pièce. Et je crois avoir trouvé autre chose en chemin. — Quoi donc ? — Une leçon. Quand on commence une affaire par un mensonge, il ne faut pas s’étonner si le mensonge finit par se retourner contre nous. La jeune femme voulut le récompenser. Rinzin accepta seulement un peu de nourriture pour la route. — Cela suffit. J’ai encore une chose à faire. — Laquelle ? — Retourner auprès du lama et lui dire honnêtement qu’il avait raison. Lorsque Rinzin remonta enfin sur la colline familière, le vieux lama était assis près de la porte et regardait les montagnes au loin. — Tu es revenu, dit-il. — Oui, maître. — Riche ? Rinzin sourit. — Pas vraiment. Mais un peu plus sage. Le lama hocha la tête. — C’est une richesse plus difficile à perdre. Rinzin resta gai et inventif. Mais, avant chaque nouvelle ruse, il apprit à se poser une question : « Est-ce que quelqu’un d’autre devra payer pour ma plaisanterie ? » Si la réponse était oui, Rinzin cherchait un autre moyen. Car la véritable intelligence ne sert pas seulement à sortir d’un problème. Elle aide aussi à ne pas y entrer.
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