Couverture : Le singe sage et le sanglier

Japon

Le singe sage et le sanglier

Pays
Japon
Âge
4–8 ans
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Le singe sage et le sanglier

Dans une province du Japon, un homme parcourait les villes avec un petit singe dressé. Sur les places, il étendait un tapis, frappait dans ses mains et le singe s’inclinait, sautait par-dessus une baguette, faisait tourner une petite ombrelle et imitait un dignitaire pressé. Les enfants riaient, les adultes lançaient quelques pièces. Pendant des années, maître et singe vécurent ainsi. Mais le singe vieillit. Il sautait moins haut, confondait parfois les tours et se fatiguait après les longues marches. Un soir, son maître rentra de mauvaise humeur. — Ça ne peut plus continuer. Demain, je vais m’en débarrasser et chercher un singe plus jeune. Sa femme protesta : — Il a travaillé avec toi pendant des années. Pourquoi ne pas simplement le laisser se reposer ici ? — Je ne peux pas nourrir quelqu’un qui ne rapporte plus d’argent. Derrière la cloison, le singe entendit tout. Il s’assit dans un coin. « Toutes ces années ne comptent donc plus ? » Mais il ne resta pas longtemps à se lamenter. Dans la forêt voisine vivait un vieux sanglier dont les animaux disaient : — Il est très fort, mais sa tête est encore plus forte. Dans la nuit, le singe alla le voir. — Pardonnez-moi de venir si tard. J’ai besoin d’un conseil. Il raconta tout. Le sanglier réfléchit. — Ton maître oublie qu’un vieil ami peut sauter moins haut mais connaître des choses qu’un jeune n’a pas encore apprises. — Comment lui faire comprendre ? Le sanglier savait que le maître avait un petit enfant. — Demain matin, nous allons lui montrer que ta valeur ne se limite pas aux spectacles. Mais l’enfant ne devra être en danger à aucun moment. Il expliqua son plan. Le lendemain, la femme ouvrit la porte pour balayer. Son petit garçon jouait sur une épaisse couverture près du seuil. Derrière la clôture, le sanglier attendait. Lorsque la mère se retourna quelques secondes pour chercher un seau, il glissa doucement son groin sous le bord de la couverture et la tira lentement vers le jardin. L’enfant se mit à rire, croyant à un jeu. La mère, elle, poussa un cri. Le vieux singe bondit. Il saisit le bord de la couverture et tira en arrière. Comme prévu, le sanglier lâcha aussitôt et disparut derrière la clôture. Le singe ramena l’enfant jusqu’aux pieds de sa mère et s’assit près de lui comme un gardien. Le maître accourut. — Que s’est-il passé ? — Un sanglier était devant la porte ! Et le singe a ramené notre fils. L’homme regarda le vieil animal. Pour la première fois depuis longtemps, il ne vit pas un artiste qui sautait moins haut. Il vit un compagnon qui avait vécu auprès de sa famille pendant de nombreuses années. À ce moment arriva l’homme qu’il avait appelé pour emporter le singe. — Vous m’avez demandé de venir ? Le maître rougit. — Oui. Mais j’ai changé d’avis. Il reste ici. Sa femme posa devant le singe un bol de riz et quelques morceaux de pomme. — Plus de spectacles forcés. Il a assez travaillé. Le soir, le singe courut remercier le sanglier. — Ton plan a réussi. Je peux rester et me reposer. Le sanglier grogna de satisfaction. — Tant mieux. Mais le meilleur aurait été que ton maître se souvienne de la gratitude sans avoir besoin d’un plan. — C’est vrai. Pourtant, aujourd’hui, il a compris quelque chose. Le singe ne retourna plus de marché en marché. Il se chauffait au soleil, retrouvait les petits objets perdus dans la maison et amusait parfois l’enfant avec un tour, uniquement quand il en avait envie. Le sanglier venait parfois au bord du jardin. Le singe lui apportait une pomme ou quelques glands, et les deux vieux amis écoutaient le bambou bruire. Lorsque le garçon grandit, il demanda : — Pourquoi notre singe est-il si spécial ? Sa mère répondit : — Parce qu’il fait partie de notre famille depuis très longtemps. Le père ajoutait : — Et parce qu’un matin, il m’a rappelé une chose essentielle. — Laquelle ? — On ne doit pas apprécier un ami seulement tant qu’il nous est utile. Le singe, entendant cela, fermait les yeux avec satisfaction. Peut-être ne comprenait-il pas tous les mots. Ou peut-être les comprenait-il mieux que tout le monde.

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