

Inde
Le tigre et les singes
- Pays
- Inde
- Âge
- 6–10 ans

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Le tigre et les singes
On raconte qu’à une époque où les animaux tenaient encore de grandes assemblées et se disputaient presque aussi bruyamment que les humains au marché, la forêt ne savait plus qui devait veiller à l’ordre. Le sanglier bousculait tout le monde près de l’eau. Les cerfs se disputaient les sentiers. Les singes faisaient tellement de bruit dans les branches que même les perroquets perdaient patience. Finalement, tous les animaux se réunirent sous un grand arbre. — Il nous faut un roi. Le choix sembla évident. Le Tigre était le plus puissant. Ses pattes étaient fortes, son ouïe excellente et son rugissement faisait trembler les feuilles. — Que le Tigre devienne roi ! Le Tigre fut ravi. Il parcourait la forêt avec dignité, la tête haute, certain que tout le monde devait s’écarter devant lui. Mais personne n’osait dire une chose : le Tigre possédait beaucoup de force et très peu de curiosité. Il demandait rarement comment vivaient les autres animaux, ce qu’ils savaient faire ou ce qui leur faisait peur. À ses yeux, un roi devait être puissant. Cela suffisait. Un jour de grande chaleur, il s’allongea sous un arbre. L’ombre était fraîche. Le vent bougeait les feuilles. Le Tigre allait s’endormir lorsqu’il entendit une chanson délicate au-dessus de lui. Tri-li-li, tri-li-li… Il ouvrit les yeux. — Qui chante si joliment ? Il regarda à droite. Personne. À gauche. Personne. Puis il leva la tête. Un groupe de singes sautait d’une branche à l’autre, se suspendait par la queue et se lançait des fruits mûrs. En réalité, la chanson venait d’un minuscule insecte caché sur une feuille. Tous les singes connaissaient son chant. Le Tigre, non. — Hé ! Qui chante là-haut ? Les singes échangèrent un regard. Un jeune singe, qui adorait plaisanter, répondit : — C’est notre petite sœur ! Les autres faillirent tomber des branches. Le Tigre, lui, ne se fâcha pas. Au contraire, il se redressa. — Quelle voix magnifique ! Je voudrais rencontrer votre sœur. Si elle le souhaite, je lui proposerai même de devenir ma femme. Les singes commencèrent à parler tous ensemble. — Elle est très timide ! — Elle n’aime pas les visites ! — Aujourd’hui, elle est… occupée ! La plus vieille des singes ajouta prudemment : — Il faudrait surtout lui demander si elle souhaite elle-même cette rencontre. Mais le Tigre imaginait déjà une grande fête. — Je reviendrai à la pleine lune. Préparez tout. Puis il repartit, très satisfait. Dès que sa queue rayée disparut, les singes entourèrent le jeune plaisantin. — Et maintenant, où allons-nous trouver cette sœur qui n’existe pas ? — Je plaisantais seulement. — Une plaisanterie est bonne quand tout le monde peut en rire, répondit la vieille singe. Maintenant, il faut réfléchir. Ils réfléchirent jusqu’au soir. Enfin, quelqu’un eut une idée. — Fabriquons une silhouette en argile. Nous la couvrirons d’un voile et dirons que notre sœur est très timide. Pendant plusieurs jours, les singes travaillèrent l’argile. Ils modelèrent un corps, des bras, une tête. La tête refusait de tenir correctement, alors ils la posèrent simplement en équilibre. Ils décorèrent le personnage avec des rubans, des feuilles et des fleurs. Le soir de la pleine lune, ils disposèrent des fruits, des noix et des feuilles parfumées. De loin, l’endroit paraissait réellement prêt pour une fête. Le Tigre arriva tôt. — Où est-elle ? Les singes montrèrent la silhouette de terre. Le Tigre s’approcha. — Bonsoir. Aucune réponse. — J’ai apporté des cadeaux. Silence. Il se retourna vers les singes. — Pourquoi ne répond-elle pas ? — Elle est… extrêmement timide, répondit le jeune singe avant de se cacher derrière son frère. Le Tigre posa son présent. — Ne sois pas inquiète. Si tu ne veux pas parler avec moi, dis-le simplement. Les singes se figèrent. Cette remarque était beaucoup plus raisonnable que ce qu’ils attendaient de lui. Mais la fausse sœur, bien sûr, ne pouvait rien dire. Alors le Tigre remarqua qu’un ruban de son cadeau s’était pris dans le vêtement de la silhouette. — Je vais le dégager. Il tira légèrement. La tête mal fixée pencha. Une fois. Deux fois. Puis elle tomba directement dans un panier de fruits. Le silence régna pendant un instant. Puis tous les singes crièrent : — Oh ! — Qu’as-tu fait ? — C’est sa faute ! Certains lancèrent des feuilles sèches. D’autres secouèrent les branches. Le vacarme devint incroyable. — Attendez ! rugit le Tigre. Elle était en argile ! Une petite guenon ne put retenir un rire. Puis une autre. Puis une troisième. Bientôt, l’arbre entier tremblait de leurs éclats de rire. Le Tigre comprit enfin. On l’avait trompé. Il frappa le sol d’une patte. Les singes bondirent immédiatement dans les branches les plus hautes. Le Tigre essaya de les suivre quelques instants, puis admit qu’ils étaient bien plus habiles que lui dans les arbres. Il s’arrêta. — Très bien ! Cette fois, vous avez gagné. Mais désormais, je ne croirai plus la première réponse venue ! La vieille singe répondit : — Et nous, nous n’inventerons plus de membres de notre famille pour plaisanter ! Le jeune plaisantin acquiesça honteusement. Le Tigre repartit. Il était encore fâché, mais réfléchissait. « Je suis roi de la forêt et je ne savais même pas qui chantait sur cette feuille. Peut-être que même quelqu’un de fort doit continuer à apprendre. » À partir de ce jour, le Tigre observa davantage les petits habitants de son royaume et tira moins vite ses conclusions. Les singes rirent encore longtemps en repensant à leur sœur d’argile. Mais ils retinrent eux aussi la leçon. Une plaisanterie irréfléchie peut devenir une grande complication. Car la force sans connaissance devient vite maladroite, et l’intelligence sans responsabilité n’est qu’une autre forme de tromperie.
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