Couverture : Le tigre, le brahmane et le chacal

Inde

Le tigre, le brahmane et le chacal

Pays
Inde
Âge
5–9 ans
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Le tigre, le brahmane et le chacal

Par une chaude journée, un grand tigre se retrouva enfermé dans une cage en bois. Il allait et venait, poussait la porte avec ses pattes et soufflait de colère, mais il ne parvenait pas à sortir.

Il appela longtemps à l’aide, mais tous les animaux contournaient soigneusement le piège. Enfin, un brahmane passa sur le chemin. C’était un voyageur au cœur généreux qui rentrait chez lui après un long trajet.

— Brave homme ! appela le tigre. Ouvrez-moi, je vous en prie. Je suis enfermé ici depuis si longtemps !

Le brahmane s’arrêta, sans toutefois s’approcher trop près.

— Si je te libère, tu risques de m’attaquer.

— Jamais ! promit le tigre. Je me souviendrai toute ma vie de votre bonté. Comment pourrais-je faire du mal à celui qui m’a sauvé ?

Le brahmane hésita. Son cœur lui disait d’aider, tandis que sa raison lui conseillait la prudence.

Mais le tigre supplia avec tant d’insistance qu’à la fin le brahmane souleva le loquet et recula.

Le tigre bondit hors de la cage, s’étira, secoua la poussière de son dos rayé et déclara soudain :

— J’ai très faim et je suis furieux. Pourquoi devrais-je encore tenir ma promesse ?

Le brahmane crut avoir mal entendu.

— Mais je viens de te sauver !

— Dans ce monde, la bonté est souvent oubliée, grogna le tigre. Pourquoi serais-je différent ?

— Alors demandons au moins à d’autres si cela est juste, proposa le brahmane. Si trois personnes disent que tu as raison, j’accepterai leur jugement.

Le tigre accepta.

Ils rencontrèrent d’abord un vieux pipal aux larges branches, sous lequel les voyageurs se reposaient à l’abri du soleil.

— Arbre, dit le brahmane, j’ai libéré le tigre d’un piège, et il a aussitôt oublié sa promesse. Est-ce juste ?

Le pipal fit frémir ses feuilles.

— Chaque jour, j’offre mon ombre aux gens. Ils se reposent sous mes branches, mais certains les cassent ou arrachent mon écorce. Hélas, la bonté n’est pas toujours reconnue.

Le tigre plissa les yeux avec satisfaction.

— Tu entends ?

Le brahmane fut attristé, mais ils poursuivirent leur chemin.

Près d’un puits, ils trouvèrent un vieux buffle qui faisait lentement tourner une roue.

— Buffle, juge entre nous, demanda le brahmane avant de lui raconter toute l’histoire.

Le buffle poussa un lourd soupir.

— Quand j’étais jeune et fort, on me nourrissait bien parce que je travaillais beaucoup pour mes maîtres. Maintenant que je suis vieux, on me demande pourtant le même effort. Les humains ne sont pas toujours reconnaissants.

Le tigre sourit plus largement encore.

— Deux sont déjà d’accord avec moi.

Pour obtenir un troisième avis, ils interrogèrent la route.

— Route, tu sers tout le monde, riches et pauvres, humains et animaux. Dis-nous : est-il juste d’oublier une bonté ?

La route sembla bourdonner sous leurs pieds.

— Des milliers de voyageurs passent sur moi, mais peu pensent au nombre de pas que je supporte. Le monde n’est pas toujours juste.

Le brahmane baissa la tête. Le tigre s’apprêtait déjà à se déclarer vainqueur lorsqu’un chacal passa la tête hors des buissons.

— Bonjour ! dit-il. Pourquoi avez-vous tous deux cet air étrange ? L’un est furieux, l’autre triste, et il y a une cage vide juste à côté. J’ai manifestement manqué une histoire intéressante.

Le brahmane lui expliqua tout.

Le chacal écouta attentivement en penchant la tête d’un côté puis de l’autre.

— Attendez, attendez… Je ne comprends pas. Le brahmane était dans la cage et le tigre passait par là ?

— Non ! rugit le tigre. C’est moi qui étais dans la cage !

— Ah ! Alors la cage était à l’intérieur du tigre et le brahmane l’a ouverte ?

— Quelle absurdité ! s’écria le tigre.

Le chacal se gratta derrière l’oreille.

— Pardonnez-moi, mais je n’arrive vraiment pas à imaginer comment un tigre aussi grand peut tenir dans une cage pareille. Montrez-moi. Sans cela, je ne peux pas rendre un jugement équitable.

Le tigre souffla d’impatience.

— Regarde bien !

Il entra dans la cage.

— Voilà comment j’étais.

— Et la porte, elle était ouverte ou fermée ? demanda innocemment le chacal.

— Fermée, évidemment !

— Alors montrez-moi exactement.

Le brahmane comprit le plan du chacal et referma discrètement la porte.

Clac !

Le loquet retomba.

Le chacal cessa aussitôt de faire semblant de ne rien comprendre.

— Maintenant, tout est clair. Le tigre était prisonnier. Le brahmane a eu pitié de lui et l’a libéré. Le tigre a répondu à cette bonté par une menace. Tant qu’il n’aura pas appris à respecter ses promesses, il me paraît donc plus sage de laisser cette porte fermée.

Le tigre fut d’abord furieux. Puis il se tut. Il venait de se remettre exactement dans la situation dont il avait tant voulu sortir.

Le brahmane remercia le chacal.

— Tu m’as sauvé par ton intelligence et non par la force.

— L’intelligence marche parfois sur des pattes très silencieuses, sourit le chacal. Mais elle peut aller loin.

Ils reprirent leur chemin, laissant le tigre derrière eux réfléchir à une vérité simple : être bon ne signifie pas faire confiance les yeux fermés, et une promesse n’a de valeur que lorsqu’on la tient réellement.

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