Couverture : Le vaillant petit tailleur

Allemagne

Le vaillant petit tailleur

Pays
Allemagne
Âge
6–10 ans
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Le vaillant petit tailleur

Un matin chaud, un petit tailleur était assis près d’une fenêtre ouverte et cousait un manteau de fête. Son aiguille brillait entre ses doigts, le fil la suivait docilement et le tailleur chantait comme si le monde entier était son atelier.

Soudain, une voix retentit dans la rue :

— Confiture ! Bonne confiture fraîche !

Le tailleur regarda dehors et acheta une cuillerée de confiture de prunes bien épaisse. Il l’étala sur du pain et posa sa tartine à côté de lui pour la manger après avoir terminé son travail.

L’odeur attira aussitôt les mouches.

Une arriva.

Puis une deuxième.

Puis plusieurs autres.

— Hé, je ne vous ai pas invitées, rit le tailleur en agitant un morceau de tissu.

Les mouches s’envolèrent. Sept sortirent par la fenêtre d’un seul coup.

Le tailleur s’arrêta, puis sourit largement.

— Sept d’un coup ! Voilà qui sonne comme un véritable exploit.

Il se fabriqua rapidement une ceinture et y broda en grandes lettres :

« SEPT D’UN COUP ».

— Pourquoi cacher un tel exploit dans un petit atelier ? Que le monde voie ce que je sais faire.

Il mit dans un sac du pain, du fromage, son aiguille et du fil, puis partit sur les routes.

À la sortie de la ville, le chemin montait vers une colline. Au sommet était assis un géant qui regardait la vallée.

Le tailleur s’approcha aussi tranquillement que s’il discutait chaque jour avec des géants.

— Bonjour, voisin. Je pars découvrir le monde.

Le géant baissa les yeux vers lui.

— Toi ? Le vent pourrait t’emporter.

Le tailleur lui montra sa ceinture sans un mot.

Le géant lut : « Sept d’un coup ».

Il haussa les sourcils.

Il ramassa une pierre et la serra jusqu’à ce que de l’humidité en sorte.

— Sais-tu faire cela ?

Le tailleur prit discrètement un morceau de fromage tendre dans son sac et le pressa. Des gouttes coulèrent entre ses doigts.

— Encore mieux.

Le géant se gratta la tête.

Puis il lança une pierre très haut. Elle monta dans le ciel et retomba très loin.

— À toi.

Le tailleur aperçut un petit oiseau dans un buisson. Il le prit doucement dans sa main, le laissa s’envoler et dit :

— Ma petite pierre, elle, ne revient même pas.

L’oiseau disparut derrière les arbres.

Le géant le fixa.

— Viens rencontrer mes amis, dit-il soudain d’un ton beaucoup plus poli.

Dans une caverne se trouvaient plusieurs autres géants. Ils parlaient si fort que de la poussière tombait du plafond.

Ils offrirent au tailleur un lit immense, mais il était si large que le petit homme préféra dormir dans un coin confortable près du mur.

Pendant la nuit, un géant voulut effrayer leur invité et écrasa un oreiller sur le lit vide.

Au matin, le tailleur sortit joyeusement de son coin.

— J’ai très bien dormi. Pourquoi avez-vous tous l’air si pâle ?

Les géants échangèrent des regards inquiets.

Le tailleur leur dit au revoir et poursuivit son voyage.

Le soir, il atteignit la ville royale. Fatigué, il s’allongea dans l’herbe près de la porte du palais et s’endormit.

Les passants lisaient les mots sur sa ceinture et chuchotaient :

— Sept d’un coup ! Ce doit être un grand héros.

La rumeur arriva bientôt jusqu’au roi.

Le roi invita le tailleur au palais.

— On raconte que tu es très courageux.

— Courageux quand il le faut, répondit le tailleur. Mais je sais aussi réfléchir pendant que les autres foncent.

Le royaume avait un problème. Deux géants s’étaient installés dans une grande forêt. Ils cassaient les clôtures, déplaçaient les charrettes, dispersaient le bois et effrayaient les habitants avec leurs pas lourds.

— Peux-tu les convaincre de s’éloigner des villages ? demanda le roi.

— Je vais essayer.

Le tailleur entra seul dans la forêt et trouva bientôt les deux géants endormis sous un chêne.

Il remplit ses poches de pommes de pin sèches et grimpa sur une branche. Il en laissa tomber une près du premier géant, puis une autre près du second.

Les géants se réveillèrent et commencèrent à s’accuser mutuellement de les déranger. Le tailleur sifflait d’un côté, frappait de l’autre, et bientôt chacun des géants était persuadé que l’autre se moquait de lui.

— Si nous ne pouvons même pas dormir tranquillement ici, allons de l’autre côté des montagnes, grogna l’un.

— Il y a davantage de place là-bas, accepta l’autre.

Ils rassemblèrent leurs affaires et partirent si loin qu’aucun villageois ne les revit.

Le tailleur retourna au palais.

— Les géants ne dérangeront plus personne.

— Et tu ne t’es pas battu ? demanda le roi.

— Pourquoi se battre quand on peut faire marcher le problème lui-même de l’autre côté des montagnes ?

Le roi ne savait pas s’il devait rire ou applaudir.

Peu après, un autre problème apparut. Une licorne sauvage courait dans la forêt. Elle n’était pas méchante, mais elle avait peur des humains et, dans sa fuite, cassait de jeunes arbres et des clôtures.

— S’il vous plaît, ne lui faites pas de mal, demanda la fille du roi, qui aimait les animaux.

— Je préfère éviter, répondit le tailleur.

Il prit une longue corde et plusieurs pommes.

Lorsque la licorne surgit des buissons, le tailleur se plaça derrière un gros chêne. L’animal fit le tour, aperçut les pommes et s’arrêta.

Le tailleur posa les fruits par terre et recula.

— Je ne te poursuis pas. C’est toi qui choisis si tu veux t’approcher.

Peu à peu, la licorne se calma. Le tailleur fabriqua une longe large et souple et la conduisit jusqu’à une grande prairie clôturée, loin des routes, où elle aurait du calme et de l’espace.

La princesse vint la voir.

— Tout le monde attendait un grand combat, et toi, tu as négocié avec des pommes.

— Une aiguille est petite, mais elle peut coudre un manteau entier, répondit le tailleur. La taille ne décide pas de tout.

Quelques jours plus tard, des jardiniers se plaignirent d’un gros sanglier qui entrait régulièrement dans leurs potagers et renversait les paniers de légumes.

Une fois encore, le tailleur partit seul.

Il ne poursuivit pas l’animal. Il ouvrit la porte d’une remise de pierre vide, posa un tas de glands à l’intérieur et attendit.

Le sanglier entra pour manger. Le tailleur referma doucement la porte et appela les gardes forestiers.

Ensemble, ils déplacèrent l’animal vers une partie éloignée de la forêt où les glands étaient nombreux et les jardins absents.

Après cela, le roi dit :

— Tu as accompli toutes les tâches. Je t’avais promis une grande récompense.

Le tailleur réfléchit.

— Ne me donnez pas d’or. Laissez-moi ouvrir un grand atelier en ville où garçons et filles pourront apprendre gratuitement un métier. Et laissez-moi parfois aider à résoudre les problèmes qui demandent plus de réflexion que de force.

Le roi accepta.

Mais un jour, quelqu’un entendit le tailleur parler dans son sommeil :

— Passe le fil… redresse la couture… n’oublie pas le bouton…

Des chuchotements parcoururent le palais.

— Ce n’est qu’un tailleur ordinaire ! Pas un grand guerrier !

Certains se sentirent trompés.

Le lendemain matin, le roi le convoqua.

— Dis-moi la vérité. Que signifie exactement « Sept d’un coup » ?

Le tailleur rougit.

— Sept mouches. J’ai chassé sept mouches de mon atelier d’un seul geste. L’inscription était d’abord une plaisanterie. Ensuite, les gens ont décidé qu’il s’agissait de sept ennemis terribles. Au début, cela m’amusait, puis je n’ai plus su comment avouer la vérité.

La salle devint silencieuse.

La fille du roi fut la première à rire.

— Alors deux géants, une licorne et un sanglier ont été surpassés par un homme dont la carrière héroïque a commencé avec de la confiture et des mouches ?

Le tailleur soupira.

— Exactement.

Le roi sourit à son tour.

— Je n’aime pas que tu aies laissé tout le monde mal interpréter ta ceinture. Mais j’apprécie que tu n’aies jamais utilisé ta réputation pour faire du mal. Et j’apprécie encore davantage que tu dises la vérité aujourd’hui.

Le tailleur retira sa ceinture.

— Alors je vais changer le texte.

Le lendemain, il revint avec la même ceinture. On y lisait désormais :

« UNE TÊTE, BEAUCOUP D’IDÉES ».

Les habitants préférèrent cette nouvelle inscription.

L’atelier du tailleur devint grand et animé. On y apprenait à coudre, réparer, inventer et affronter les problèmes difficiles sans peur. L’ancienne ceinture fut accrochée au mur avec une petite pancarte :

« La réputation la plus bruyante commence parfois par un malentendu. »

Le tailleur travailla souvent avec la fille du roi. Elle comprenait les animaux, lui comprenait les problèmes compliqués, et ils formaient une excellente équipe. Bien plus tard, lorsqu’ils en eurent tous les deux envie, ils décidèrent de devenir une famille.

Et chaque fois que quelqu’un disait dans le royaume :

— C’est impossible. Il nous faut un géant !

On répondait :

— Appelez d’abord le tailleur. Peut-être n’aurons-nous besoin d’aucun géant.

Ainsi, le petit artisan devint célèbre non parce qu’il était le plus fort, mais parce qu’il savait voir une issue là où les autres ne voyaient qu’un obstacle.

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