

Laos
Le voleur ingénieux
- Pays
- Laos
- Âge
- 8–11 ans

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Le voleur ingénieux
Dans un village du Laos vivait un jardinier qui cultivait les melons les plus doux de toute la région. Il se levait avant l’aube, portait de l’eau depuis la rivière, travaillait la terre et surveillait les jeunes plantes afin qu’elles ne sèchent pas au soleil. Lorsque les melons mûrissaient, on pouvait sentir leur parfum depuis la route. Un soir passa près du jardin un homme dont les villageois disaient : — Ses mains sont rapides, mais sa conscience arrive parfois en retard. Il aperçut le plus gros melon, regarda à droite puis à gauche et pensa : « Le jardinier ne remarquera même pas qu’il en manque un. » Il passa par-dessus la petite clôture et allait saisir le fruit lorsqu’une voix retentit derrière lui : — Et où donc mon melon compte-t-il aller se promener ? Le jardinier se tenait près de la porte, les bras croisés. Le voleur essaya de sourire. — Je voulais seulement vérifier s’il était mûr. — Pour vérifier, on n’a pas besoin de le cacher sous sa chemise. Le jardinier décida de l’emmener devant le chef du village. Il savait cependant que le malin essaierait probablement de jeter le melon en route. Il prit donc une corde solide, l’attacha autour du fruit et suspendit le melon au cou du voleur. — Comme ça, la preuve viendra elle-même chez le chef. — Très sage, répondit docilement l’homme. Mais déjà, il cherchait un moyen de se débarrasser de la preuve. La maison du chef était loin. La route traversait des rizières, un bosquet de bambous et un petit pont. Le soleil chauffait. Le melon se balançait contre la poitrine du voleur et son parfum devenait de plus en plus tentant. Finalement, il demanda : — Puis-je au moins couvrir ma tête avec mon foulard ? Le soleil me brûle les yeux. Le jardinier accepta. Le malin plaça le large tissu de façon à cacher aussi le melon. Tout en marchant, il mordit discrètement la peau du fruit. Puis il en mangea un morceau, puis un autre, puis encore un autre. Le jardinier ne vit rien, car il marchait devant. Avant d’arriver au village, il ne restait presque plus du melon qu’un peu de peau. Près du ruisseau, le voleur la jeta discrètement dans les hautes herbes. À son cou ne resta que la corde, cachée sous le foulard. Arrivés devant le chef, le jardinier déclara solennellement : — Cet homme a volé mon melon. Je l’avais même attaché autour de son cou pour qu’il ne puisse pas faire disparaître la preuve. Le chef regarda l’accusé. — Montre le melon. L’homme écarta les bras. — Quel melon ? Je n’ai rien. Le jardinier resta bouche bée. — Mais je l’avais moi-même… Il était ici ! Il souleva le foulard. Le melon avait disparu. Quelques personnes rirent. — Peut-être que ton melon est vraiment parti se promener ! Le jardinier rougit. Mais le chef ne riait pas. — L’habileté, dit-il, n’est pas la même chose que la vérité. Il demanda au voleur de tendre les mains. Un jus collant et sucré brillait sur ses doigts. — C’est du jus de mangue, répondit vite l’homme. — Peut-être. Et qu’est-ce qui est accroché à ton épaule ? Une petite graine pâle était restée sur le tissu du foulard. — Le vent, sans doute. Le chef hocha la tête. — Et le vent t’a aussi noué cette corde autour du cou ? Les gens rirent encore, mais le chef leva la main. — Ne vous moquez pas. Tout le monde peut faire une sottise. Ce qui compte, c’est ce qu’on fait après. Le voleur comprit qu’il ne servait plus à rien de nier. — Très bien. J’ai mangé le melon sur la route. — Pourquoi ne l’as-tu pas demandé au jardinier ? — Parce que je voulais l’avoir sans travailler. — Et combien de travail le jardinier a-t-il mis dans ce melon ? L’homme baissa les yeux. — Je ne sais pas. — Alors tu vas le découvrir. Demain, tu iras l’aider au jardin jusqu’à ce que tu aies réparé le tort causé par ce melon. Pas comme un homme puni, mais comme quelqu’un qui rend ce qu’il a pris. Le lendemain matin, le voleur se présenta au jardin de très mauvaise humeur. — Qu’est-ce que je dois faire ? — Commence par apporter de l’eau. Il découvrit qu’un seul pot d’eau ne suffisait pas. Il fallait retourner à la rivière encore et encore. Puis il désherba. Ensuite, il répara la clôture. Puis il plaça de l’herbe sèche sous les fruits afin qu’ils ne reposent pas sur le sol humide. Le soir, son dos lui faisait mal, ses mains étaient couvertes de terre et sa chemise collait à ses épaules. Le jardinier coupa un petit melon en deux. — Assieds-toi. Mangeons. Le voleur le regarda avec surprise. — Tu vas quand même m’en offrir ? — Aujourd’hui, tu as travaillé honnêtement. Un travail honnête mérite aussi qu’on partage un repas. L’homme goûta un morceau et mâcha lentement. — C’est étrange. Celui d’hier était plus gros, mais celui-ci est meilleur. — Parce que celui-ci n’est pas volé, sourit le jardinier. Le lendemain, l’homme revint. — Tu as déjà payé ta dette, lui dit le jardinier. — Je sais. Mais la clôture penche encore de l’autre côté. À partir de ce jour, il revint de temps à autre aider au jardin. Ses mains rapides se révélèrent très utiles pour attacher les plantes, récolter les fruits ou réparer les paniers. Et lorsque quelqu’un l’appelait l’homme le plus habile de toute la région, il répondait : — L’habileté est très utile. Mais mieux vaut ne pas l’employer à quelque chose qu’il faudra ensuite réparer pendant toute une journée. Le jardinier ajoutait alors : — Et la vérité, même cachée sous un foulard, laisse toujours des traces.
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