

Allemagne
Les douze princesses danseuses
- Pays
- Allemagne
- Âge
- 6–10 ans

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Les douze princesses danseuses
Un roi vivait dans un immense palais avec ses douze filles. Les princesses étaient très différentes : l’une adorait les livres, une autre connaissait toutes les fleurs du jardin, une troisième jouait de la flûte, et une autre pouvait passer des heures à dessiner les nuages. Mais elles partageaient toutes la même passion : la danse.
Les douze sœurs dormaient dans une grande chambre où douze lits étaient alignés le long des murs. Chaque soir, on fermait les portes, les couloirs devenaient silencieux et tout le palais s’endormait.
Pourtant, chaque matin, une chose étonnante se produisait.
Un serviteur apportait les chaussures des princesses au cordonnier en soupirant :
— Encore complètement usées !
Leurs semelles avaient l’air d’avoir dansé toute la nuit.
Le roi était de plus en plus intrigué.
— Les portes sont fermées. Les fenêtres sont hautes. Personne ne passe devant les gardes. Où allez-vous donc danser ?
Les princesses échangeaient seulement des sourires.
— Père, c’est notre secret, répondait l’aînée.
— Au moins, est-ce un secret sans danger ? demandait le roi.
Les sœurs ne répondaient pas.
Au début, le roi essaya de ne pas s’inquiéter. Mais semaine après semaine, une nouvelle pile de chaussures usées apparaissait.
Enfin, il annonça :
— Celui qui découvrira en trois nuits où mes filles vont danser recevra une généreuse récompense et pourra me demander une faveur raisonnable. Mais personne n’a le droit de les effrayer, de les forcer ou de les mettre en danger.
De nombreux aventuriers se présentèrent. Chacun s’installait le soir dans la pièce voisine de la chambre des princesses et promettait de rester éveillé.
Mais chaque soir, l’aînée apportait au visiteur une boisson parfumée.
— Pour rendre la nuit plus agréable, disait-elle.
Le visiteur buvait, bâillait et s’endormait bientôt si profondément que même l’horloge du palais ne pouvait le réveiller.
Après trois nuits, chacun repartait sans avoir découvert le mystère.
Un jour, un ancien soldat nommé Martin traversait le royaume. Il avait quitté l’armée et cherchait désormais une vie plus tranquille.
Dans la forêt, il rencontra une vieille femme qui portait un panier d’herbes.
— Où vas-tu ? lui demanda-t-elle.
— Je ne sais pas encore. On raconte qu’un mystère étrange entoure le palais royal. Peut-être vais-je essayer de le résoudre.
— Alors souviens-toi de deux choses, dit-elle. Ne bois pas la boisson qu’on t’offrira le soir. Et n’imagine pas qu’un secret se découvre uniquement avec les yeux.
— Avec quoi d’autre ?
— Avec de la patience.
Elle sortit de son panier une cape sombre.
— Porte-la et personne ne te verra. Mais utilise-la avec prudence. Être invisible ne te donne pas le droit d’intervenir dans la vie des autres.
Martin la remercia et se rendit au palais.
Le roi l’accueillit.
— Tu as trois nuits. Je veux seulement savoir si mes filles sont en sécurité.
Ce soir-là, l’aînée apporta une tasse à Martin.
— Bois. Cela aide à dormir.
— Merci.
Lorsqu’elle se détourna, il versa discrètement la boisson dans un pot de fleurs. Puis il s’allongea et se mit à ronfler très fort.
Quelqu’un gloussa derrière le mur.
— Il dort, murmura une princesse.
— Je vous l’avais dit, répondit l’aînée.
La plus jeune dit soudain :
— J’ai un drôle de pressentiment ce soir.
— Tu t’inquiètes toujours, répondit sa sœur. Tout ira bien.
Les princesses enfilèrent leurs robes de fête et des chaussures neuves.
Alors l’aînée frappa dans ses mains.
Son lit s’enfonça lentement dans le sol, révélant un escalier.
Une à une, les sœurs descendirent.
Martin mit la cape et les suivit.
L’escalier descendait profondément sous terre. En bas s’étendait un bosquet dont chaque feuille brillait comme de l’argent et tintait doucement, telle une petite clochette.
Martin ramassa une branche tombée.
— Vous avez entendu ? demanda la plus jeune.
— Seulement le vent, répondit sa sœur.
Après le bosquet d’argent venait un bosquet d’or. Puis un troisième, dont les feuilles étincelaient comme du cristal.
Martin prit une branche tombée dans chacun.
Enfin, les princesses arrivèrent devant un lac.
Douze barques les attendaient. Dans chacune se tenait un jeune homme habillé pour une fête.
— Vous voilà ! s’écrièrent-ils avec joie.
Chaque princesse monta dans une barque.
Invisible, Martin s’assit avec précaution dans celle de la plus jeune.
Le rameur fronça les sourcils.
— Étrange. La barque est plus lourde ce soir.
— Je vous avais bien dit que quelque chose était différent, murmura la plus jeune.
De l’autre côté du lac se dressait un palais souterrain. Des centaines de lampes brillaient derrière les portes ouvertes et la musique remplissait la grande salle.
La danse commença.
Les princesses riaient, tournaient, changeaient de partenaire et dansaient pendant des heures.
Martin regardait depuis le côté.
Il comprenait enfin les chaussures usées.
Personne ne forçait les sœurs. Elles aimaient simplement ce monde secret et cette musique qu’elles ne trouvaient pas dans le palais d’en haut.
À trois heures du matin, pourtant, toutes s’arrêtèrent et se préparèrent à partir.
— À demain ! crièrent leurs amis.
Les sœurs traversèrent le lac, repassèrent par les bosquets de cristal, d’or et d’argent, remontèrent l’escalier et se couchèrent.
Martin retourna dans sa chambre avant elles.
Le matin, il ne dit rien au roi.
— Tu n’as rien découvert ? demanda le souverain.
— Pas encore assez. Accordez-moi la deuxième nuit.
La même chose se reproduisit.
Cette fois, Martin regarda moins et écouta davantage.
Il entendit la plus jeune demander à l’aînée :
— Pourquoi ne pas dire la vérité à Père ?
— Parce qu’il fermera immédiatement le passage, répondit l’aînée. Il a peur de ce qu’il ne comprend pas.
— Mais s’il croit que nous sommes en danger ?
L’aînée ne répondit pas.
Martin se souvint de cette conversation.
La troisième nuit, il les suivit encore. Dans le palais souterrain, il prit sur une table vide une petite coupe d’or comme preuve. Il ne toucha à rien d’autre.
Le lendemain, le roi le convoqua. Les douze princesses se tenaient près de lui.
— Trois nuits sont passées. Sais-tu où elles vont ?
Martin posa sur la table les branches d’argent, d’or et de cristal, puis la petite coupe.
— Oui.
Les sœurs pâlirent.
— Sous votre chambre se trouve un escalier. Il conduit à travers trois bosquets enchantés jusqu’à un lac. De l’autre côté se trouve un palais où vos filles dansent chaque nuit.
Le roi regarda les princesses.
— Est-ce vrai ?
L’aînée voulut nier, mais la plus jeune lui prit la main.
— Oui, Père.
— Pourquoi me l’avoir caché ?
— Parce que nous avions peur que tu nous l’interdises avant même de voir cet endroit, répondit l’aînée. Nous ne voulions pas perdre la musique, nos amis et ces nuits où nous nous sentons libres.
— Et moi, j’avais peur que vous disparaissiez dans un endroit dangereux sans jamais revenir, dit le roi.
Le silence remplit la salle.
Martin finit par dire :
— Le mystère est résolu. Mais peut-être que le vrai problème n’a jamais été l’escalier sous le lit. Vous aviez tous peur de parler franchement.
Le roi hocha lentement la tête.
Cette nuit-là, les princesses lui montrèrent le chemin.
Pour la première fois, elles ne se cachèrent pas. Le roi et Martin traversèrent le bosquet d’argent, celui d’or et les arbres de cristal.
Lorsque la barque arriva devant le palais souterrain, le roi entendit la musique et sourit.
— Maintenant, je comprends pourquoi vous aimez cet endroit.
— Et nous comprenons pourquoi tu t’inquiétais, répondit la plus jeune.
À partir de ce jour, le passage secret ne fut plus vraiment secret. Les princesses purent aller danser plusieurs soirs par semaine, mais elles promirent de toujours dire où elles allaient et à quelle heure elles rentreraient. Le roi, de son côté, promit de ne pas interdire quelque chose uniquement parce que cela lui paraissait étrange.
Martin reçut sa récompense mais ne demanda ni or ni fonction importante.
— Donnez-moi seulement une petite maison près du jardin royal. Cela fait longtemps que je rêve d’une vie tranquille.
Le roi éclata de rire.
— Après trois nuits dans un palais enchanté sous terre, tu as bien mérité un peu de calme.
Martin resta près de la cour et devint ami avec les douze sœurs, en particulier avec l’aînée, qui aimait la musique autant que lui aimait les histoires. Bien plus tard, lorsqu’ils le souhaitèrent tous les deux, ils décidèrent de partager leur vie. Personne ne fut offert à personne comme récompense.
Les douze princesses continuèrent à danser.
Et l’on raconte que, certaines nuits très calmes, si l’on écoute attentivement le sol du vieux palais, on peut encore entendre très loin sous terre le tintement des feuilles d’argent, le bruit des rames sur l’eau et le rythme léger de la musique.
Mais personne ne s’étonne plus de voir des chaussures usées.
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