Couverture : Les enfants ingrats et le vieux père qui reprit le chemin de l’école

Ukraine

Les enfants ingrats et le vieux père qui reprit le chemin de l’école

Pays
Ukraine
Âge
7–10 ans
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Les enfants ingrats et le vieux père qui reprit le chemin de l’école

Dans un village vivait un homme âgé qui avait travaillé toute sa vie sans ménager ses forces. Il avait cultivé la terre, réparé la maison, élevé ses enfants et fait de son mieux pour que rien ne leur manque. Il avait quatre fils. Lorsqu’ils furent adultes et eurent chacun leur propre foyer, leur père se dit : — J’ai assez travaillé pour toute une vie. À présent, mes fils s’occuperont de leurs maisons, et je pourrai vivre près d’eux en les aidant encore autant que mes forces me le permettront. Il partagea entre eux tout ce qu’il possédait et s’installa d’abord chez l’aîné. Pendant les premières semaines, tout se passa bien. On lui réservait une place à table, on lui demandait conseil, on veillait à ce qu’il ait chaud. Mais peu à peu, le fils aîné se mit à soupirer de plus en plus souvent. Un soir, il finit par dire : — Père, nous sommes déjà nombreux dans cette maison. Peut-être pourriez-vous vivre quelque temps chez mon frère ? Cela fait longtemps qu’il ne vous a pas eu auprès de lui. Le vieil homme ne répondit rien. Il rassembla ses quelques affaires dans un petit baluchon et partit chez son deuxième fils. Le deuxième l’accueillit lui aussi avec gentillesse. Mais un mois passa, puis un autre, et bientôt on commença dans cette maison à suggérer qu’il serait peut-être préférable que le père aille chez le troisième. Plus tard, le troisième l’envoya chez le quatrième. Ainsi, le vieil homme passait d’une maison à l’autre. Il ne reprochait rien à personne. Seulement, son baluchon semblait chaque fois plus léger, tandis que ses pas devenaient plus lents. Un jour, les quatre frères se retrouvèrent ensemble. L’un d’eux plaisanta maladroitement : — Père, vous devriez peut-être retourner à l’école. Là-bas, on vous apprendra comment vous débrouiller tout seul. Les frères rirent. Le vieil homme les regarda et répondit calmement : — Puisque vous me le conseillez, j’irai. On n’est jamais trop vieux pour apprendre. Le lendemain matin, il prit son baluchon et se mit en route vers la ville. Il marcha longtemps. À la lisière d’un bois, il s’assit sous un vieux saule pour se reposer. À ce moment-là, un riche propriétaire passa sur le chemin à cheval. Il aperçut le vieil homme, arrêta sa monture et lui demanda : — Pourquoi êtes-vous seul ici ? Où allez-vous ? Le vieil homme ne cacha rien. Il raconta comment il avait donné tout ce qu’il possédait à ses fils, comment ils l’avaient envoyé de maison en maison et comment, finalement, ils lui avaient conseillé de « retourner à l’école ». Le cavalier l’écouta en silence. Puis il secoua la tête. — Il semble que vous ayez effectivement quelque chose à apprendre, dit-il. Mais pas dans une école. La vie elle-même peut encore vous donner une leçon. Et vos fils ont peut-être davantage besoin de cette leçon que vous. Il appela son serviteur et lui demanda d’apporter un petit coffre en bois sculpté. On le remplit de morceaux de verre poli et de petits cailloux qui tintaient agréablement lorsqu’on le remuait. — Emportez-le chez vous, expliqua le propriétaire. Ne montrez à personne ce qu’il contient. Si vos fils posent des questions, dites simplement que vous vous êtes souvenu de quelques anciennes économies mises de côté pour vos vieux jours. Et que vous déciderez vous-même à qui elles reviendront. Le vieil homme sourit. — Voilà donc ma nouvelle leçon. Il retourna au village. Lorsque ses fils le virent revenir avec un beau coffre, leur curiosité s’éveilla aussitôt. — Qu’est-ce que vous avez là ? Le père souleva légèrement la boîte. Quelque chose tinta à l’intérieur. — Une petite chose qui m’appartient, répondit-il. Je me suis souvenu que j’avais autrefois mis quelques économies de côté pour mes vieux jours. Maintenant, je réfléchis à celui qui en héritera après moi. Les frères échangèrent un regard. Et soudain, chacun devint extrêmement attentionné. L’aîné proposa aussitôt : — Père, revenez chez moi. Vous aurez la place la plus chaude de la maison. Le deuxième protesta : — Non, venez plutôt chez moi. Je vous installerai un nouveau banc près de la fenêtre. Le troisième promit de lui apporter chaque jour les meilleurs morceaux. Le quatrième assura qu’il ne laisserait jamais son père seul. Le vieil homme les écoutait en caressant sa barbe. À partir de ce moment-là, il redevint un invité désiré dans chacune des quatre maisons. Ses fils lui apportaient son dîner, demandaient s’il avait froid, réparaient ses chaussures et prenaient le temps d’écouter ses histoires. Au début, chacun faisait cela en pensant au coffre. Mais les semaines passèrent, puis les mois. Peu à peu, le soin apporté au père cessa d’être une tâche intéressée. Il devint une habitude, puis quelque chose de naturel. Un soir, le fils aîné resta assis auprès de lui plus longtemps que nécessaire. — Racontez encore une fois comment nous courions derrière vous dans les champs quand nous étions petits, demanda-t-il. Le deuxième apporta du thé et s’assit lui aussi. Puis vinrent le troisième et le quatrième. Le vieil homme ne dit pas un mot au sujet du coffre. Il se contenta de commencer son histoire. Plusieurs années passèrent. Le père devint très vieux. Un jour tranquille, il s’éteignit paisiblement après une longue vie. Ses fils lui dirent adieu avec respect. Puis, lorsqu’ils revinrent à la maison, ils se souvinrent du coffre sculpté. Ils le posèrent sur la table. Le silence tomba dans la pièce. — Ouvrons-le, dit enfin l’un d’eux. Le couvercle se souleva. À l’intérieur, il n’y avait que de simples morceaux de verre et des cailloux. Les frères restèrent longtemps sans parler. Le plus jeune fut le premier à rompre le silence. — Alors… il n’y avait aucun trésor. — Si, répondit doucement l’aîné. Il y en avait un. Seulement, ce n’était pas celui que nous attendions. Ils se rappelèrent combien facilement ils avaient autrefois renvoyé leur père d’une maison à l’autre. Ils pensèrent aussi à toutes ces soirées qu’ils auraient pu perdre pour toujours. La honte leur serra le cœur. Puis le deuxième fils murmura : — Au moins, nous avons eu le temps de nous asseoir de nouveau avec lui autour d’une même table. Longtemps encore, dans cette famille, on se souvint du vieux coffre sculpté. Pas à cause des petits cailloux qui tintaient à l’intérieur. Mais à cause de la leçon qu’il avait apportée. Car l’affection ne se mesure pas à la valeur d’un héritage. Et parmi les choses les plus précieuses que l’on puisse offrir à ceux qu’on aime, il y a le temps, l’attention et un cœur sincère.

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