Couverture : Les erreurs du Vieil Homme

États-Unis

Les erreurs du Vieil Homme

Pays
États-Unis
Âge
7–11 ans
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Les erreurs du Vieil Homme

Lorsque le monde était encore jeune, raconte-t-on, le Vieil Homme travaillait beaucoup pour placer chaque être là où il pourrait vivre. Il regardait les montagnes, les plaines, les rivières et réfléchissait. Mais même celui qui accomplit une grande tâche peut se tromper. Un jour, le Vieil Homme créa le Mouflon, solide et puissant, avec de grandes cornes courbées. Il l’observa avec satisfaction. — Voilà une vaste plaine. Beaucoup d’espace, un ciel immense. Tu vivras ici. Le Mouflon obéit. Il marcha. Puis essaya de courir. Mais quelque chose n’allait pas. Sur la plaine ouverte, ses jambes puissantes semblaient ne pas savoir comment utiliser toute leur force. Il accélérait, ralentissait, s’arrêtait et regardait souvent vers les montagnes. Le Vieil Homme l’observa longtemps. — Étrange. Je t’ai fait fort. Pourquoi sembles-tu si mal à l’aise ici ? Le Mouflon ne répondit pas. Il regarda seulement les sommets lointains. Le Vieil Homme suivit son regard. — Très bien. Essayons autrement. Il conduisit le Mouflon dans les montagnes, là où les sentiers devenaient étroits, où les rochers s’empilaient les uns sur les autres et où les pentes descendaient si brusquement que le simple fait de regarder donnait le vertige. — Montre-moi ce que tu sais faire. Le Mouflon posa un sabot sur un rocher. Puis sur un autre. Et soudain, il bondit vers une corniche étroite, grimpa encore plus haut, se retourna et continua avec une assurance extraordinaire. Le Vieil Homme se leva d’un bond. — Voilà ! Là où un autre animal aurait hésité, le Mouflon trouvait immédiatement un appui. Là où le chemin disparaissait, ses pieds savaient exactement où se poser. Le Vieil Homme se mit à rire. — J’ai compris. Je t’avais simplement placé au mauvais endroit. Ta place est ici, dans les montagnes. Il laissa donc le Mouflon dans sa nouvelle demeure. Mais ses erreurs n’étaient pas terminées. Peu après, il créa l’Antilope. Elle était légère, fine et rapide. Le Vieil Homme pensa : — Puisque le Mouflon appartient aux montagnes, peut-être que l’Antilope y sera bien elle aussi. Il la conduisit sur un sentier pierreux. L’Antilope essaya d’avancer. Elle glissa. Elle s’arrêta devant une marche trop haute. Ses longues jambes, parfaites pour courir, étaient maladroites entre les rochers. Le Vieil Homme se gratta la tête. — Encore une erreur. Il ne força pas l’Antilope à rester. Il la conduisit vers le bas. Ils quittèrent les montagnes et atteignirent une vaste plaine où rien ne barrait l’horizon. — Essaie ici. L’Antilope fit un pas. Puis un deuxième. Et partit comme une flèche. Elle courait de plus en plus vite. Ses jambes effleuraient le sol. La distance semblait s’ouvrir devant elle. Le Vieil Homme cligna des yeux. L’Antilope était déjà loin. Il cligna une deuxième fois. Elle n’était plus qu’un petit point. Quelques instants plus tard, on la distinguait à peine. Le Vieil Homme éclata de rire. — Voilà ta place. Il ne ramena pas l’Antilope dans les montagnes. Il ne renvoya pas non plus le Mouflon dans la plaine. Il se contenta de se souvenir de son erreur. Car la sagesse ne consiste pas toujours à ne jamais se tromper. Elle consiste aussi à remarquer que quelque chose ne fonctionne pas, à s’arrêter, à regarder mieux et à essayer autrement. Ainsi, le Mouflon resta sur les hauts versants pierreux et l’Antilope sur la grande plaine. Chacun reçut non pas le même endroit, mais celui où il pouvait le mieux être lui-même.

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