

Danemark
Les habits neufs de l’empereur
- Pays
- Danemark
- Âge
- 5–9 ans

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Les habits neufs de l’empereur
Un empereur aimait les vêtements neufs plus que toute autre chose.
D’autres souverains collectionnaient les livres rares, construisaient des routes, étudiaient les navires ou s’occupaient de jardins. Lui commençait chaque matin par une seule question :
— Qu’est-ce que je vais porter aujourd’hui ?
Il possédait une robe bleue pour le petit déjeuner, une verte pour ses promenades, une argentée pour le déjeuner et une rouge pour les réceptions du soir.
Quand quelqu’un demandait :
— Où est l’empereur ?
la réponse était souvent :
— Dans la salle des vêtements.
Un jour, deux escrocs arrivèrent dans la ville.
Ils entendirent parler de la passion du souverain et imaginèrent un plan.
— Nous sommes les meilleurs tisserands du monde, annoncèrent-ils. Nous savons fabriquer une étoffe merveilleuse. Non seulement elle est d’une beauté exceptionnelle, mais elle est invisible pour ceux qui ne comprennent pas leur travail ou qui ont peur de penser par eux-mêmes.
La nouvelle atteignit rapidement le palais.
L’empereur faillit bondir de joie.
— Une étoffe magique ! Et elle permettra de voir qui est vraiment intelligent ! Donnez immédiatement aux tisserands un atelier, de la soie et du fil d’or.
Les deux escrocs installèrent deux métiers à tisser et se mirent au travail.
Ou plutôt, ils firent semblant.
Ils bougeaient les mains, passaient des navettes vides d’un côté à l’autre, comptaient des fils imaginaires et s’exclamaient :
— Quelle nuance !
— Quel motif !
Les métiers restaient parfaitement vides.
Quelques jours plus tard, l’empereur voulut savoir où en était le travail.
Puis une pensée l’effraya :
« Et si moi-même je ne voyais rien ? »
Il envoya donc son ministre.
Le ministre entra dans l’atelier.
— Bienvenue ! dirent les tisserands. Regardez comme cette étoffe est légère.
Le ministre fixa le métier.
Il n’y avait absolument rien.
« Je ne vois rien, pensa-t-il. Cela signifie-t-il que je ne comprends pas mon travail ? Personne ne doit le savoir. »
— Magnifique ! s’écria-t-il. Un travail d’une finesse extraordinaire.
— Et que pensez-vous des feuilles d’or sur le fond bleu ? demanda l’un des escrocs.
— Les feuilles d’or sont précisément ce que je préfère, répondit gravement le ministre.
De retour au palais, il décrivit les couleurs merveilleuses et le dessin incroyable.
Ensuite, l’empereur envoya un autre courtisan.
Lui non plus ne vit rien.
« Si je dis la vérité, tout le monde pensera qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez moi », s’inquiéta-t-il.
— Une étoffe splendide ! déclara-t-il.
Finalement, l’empereur décida de venir lui-même.
Toute une troupe de courtisans l’accompagna.
Les escrocs montrèrent fièrement le métier vide.
— Votre Majesté, jamais le monde n’a vu une étoffe pareille !
L’empereur regarda.
Il ne vit rien.
« Tout le monde la voit sauf moi ? » pensa-t-il, horrifié.
— Très… très belle, murmura-t-il.
— Quelles couleurs ! s’écria le ministre.
— Quel dessin ! ajouta le courtisan.
Bientôt, toute la salle commentait avec enthousiasme une étoffe qui n’existait pas.
Avant une grande fête dans la ville, les escrocs annoncèrent :
— Les nouveaux habits de l’empereur sont prêts.
Ils firent semblant de retirer l’étoffe des métiers, de la découper avec des ciseaux et de la coudre.
Le jour du défilé, l’empereur vint essayer sa tenue.
— Voici le pantalon.
— Voici la veste.
— Et voici la cape, légère comme l’air.
Les escrocs tendaient leurs mains vides comme s’ils portaient des vêtements.
L’empereur se plaça devant un miroir.
Il ne voyait que lui-même.
Mais il lui semblait trop tard pour reculer.
Il fit semblant de s’habiller tandis que les courtisans louaient la coupe parfaite de la tenue invisible.
Le défilé commença.
Les habitants avaient déjà entendu parler de l’étoffe magique. Chacun craignait d’être la seule personne incapable de la voir.
— Quelle tenue ! disait l’un.
— Quelles couleurs merveilleuses ! ajoutait un autre.
En réalité, personne ne voyait le moindre fil.
Puis la voix d’un enfant s’éleva dans la foule.
— Maman, où sont ses nouveaux habits ? L’empereur ne porte rien !
Pendant quelques secondes, toute la rue devint silencieuse.
Puis quelqu’un chuchota :
— L’enfant a raison.
Une autre personne se mit à rire.
Quelqu’un dit :
— C’est vrai !
Un murmure parcourut la foule.
L’empereur devint si rouge qu’il aurait pu remplacer sa robe écarlate préférée.
Au début, il voulut ordonner à tout le monde de se taire.
Puis il regarda son ministre, qui admirait très attentivement une manche inexistante, et comprit soudain à quel point toute la situation était absurde.
— Arrêtez le défilé, ordonna-t-il.
Il demanda une cape ordinaire, s’en enveloppa et retourna au palais.
Les escrocs, bien sûr, avaient disparu.
Le lendemain matin, l’empereur réunit ses conseillers.
— Hier, deux personnes m’ont trompé, dit-il. Mais nous les avons aidées. Chacun de nous voyait la vérité et avait peur de la dire.
Le ministre baissa la tête.
— J’aurais dû être le premier à dire que le métier était vide.
— Et moi, j’aurais dû faire confiance à mes propres yeux, répondit l’empereur.
À partir de ce jour, une nouvelle règle fut instaurée au palais : chacun avait le droit d’être en désaccord avec l’empereur, à condition de parler calmement et honnêtement.
Une petite pancarte apparut dans la salle des vêtements :
« Les habits les plus chers ne rendent pas quelqu’un plus sage. Et parfois la vérité arrive avec une toute petite voix. »
L’empereur continua à aimer les belles tenues.
Mais avant chaque essayage, il demandait désormais :
— Est-ce vraiment joli, ou avez-vous simplement peur de me dire la vérité ?
Les courtisans durent apprendre à répondre honnêtement.
Surtout le jour où l’empereur décida d’associer un pantalon violet, un chapeau orange et des chaussures vertes.
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