Couverture : Les sages de Gotham

Royaume-Uni

Les sages de Gotham

Pays
Royaume-Uni
Âge
5–9 ans
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Les sages de Gotham

En Angleterre existait un village appelé Gotham. Ses habitants étaient célèbres bien au-delà de leurs champs, même si ce n’était pas toujours pour les raisons qu’ils imaginaient.

Un matin, plusieurs villageois trouvèrent un coucou posé dans un buisson.

— Si nous gardons le coucou ici, dit l’un d’eux, l’été ne pourra jamais partir.

— Quelle brillante idée !

Ils construisirent une clôture autour du buisson.

Le coucou regarda la clôture, déploya ses ailes et s’envola.

Les villageois restèrent bouche bée.

— Nous aurions dû la construire plus haute.

Un autre jour, douze hommes partirent pêcher.

Sur le chemin du retour, ils commencèrent à craindre que l’un d’eux ne se soit noyé.

— Il faut nous compter.

Le premier compta tous les autres, mais oublia de se compter lui-même.

— Un, deux, trois… onze ! Il nous manque quelqu’un !

Chacun recommença et commit exactement la même erreur.

Ils se mirent à pleurer leur compagnon disparu.

Un voyageur passa par là.

— Que se passe-t-il ?

— Nous étions douze et maintenant nous ne sommes plus que onze !

Le voyageur les regarda.

— Mettez-vous en ligne.

Il toucha doucement l’épaule de chacun en comptant :

— Un, deux, trois… douze.

Les villageois poussèrent des cris de joie.

— Vous avez retrouvé notre compagnon perdu !

Le voyageur sourit et poursuivit son chemin.

Peu après, deux hommes décidèrent d’acheter ensemble un mouton.

— Où allons-nous le garder ? demanda le premier.

— Dans mon champ.

— Non, dans le mien.

Ils se disputèrent si fort que les voisins se rassemblèrent autour d’eux.

Finalement, quelqu’un demanda :

— Et où est le mouton ?

Les deux hommes se regardèrent.

— Nous ne l’avons pas encore acheté.

Les voisins éclatèrent de rire.

— Peut-être devriez-vous acheter le mouton avant de vous disputer pour savoir dans quel champ le mettre.

Un autre habitant voulait envoyer un fromage rond au marché.

Il était fatigué et n’avait pas envie de le porter.

— Le fromage est rond, pensa-t-il. Il peut voyager tout seul.

Il le fit rouler du haut d’une colline.

Le fromage rebondit une fois.

Puis deux fois.

Puis disparut dans une haie.

— Parfait, dit l’homme. Il connaît le chemin.

Il arriva au marché et attendit toute la journée.

Le fromage ne vint jamais.

Sur le chemin du retour, il trouva des oiseaux en train de manger ce qu’il en restait.

— On dirait que le fromage a choisi une autre destination, soupira-t-il.

Une autre fois, les habitants virent la lune se refléter dans un étang.

— La lune est tombée dans l’eau !

Ils apportèrent des cordes, des crochets et de longues perches.

Un crochet se coinça dans une racine.

— Tirez !

Tout le monde tira ensemble.

Soudain, la racine céda.

Les hommes tombèrent en arrière et levèrent les yeux.

La lune brillait dans le ciel.

— Nous l’avons sauvée !

Les histoires se répandirent de village en village.

Partout, on riait des Sages de Gotham.

Mais les habitants de Gotham ne s’en souciaient pas beaucoup.

— Si quelqu’un rit, disaient-ils, le monde devient au moins un peu plus joyeux.

Et peut-être n’étaient-ils pas toujours aussi stupides qu’ils en avaient l’air.

Selon une vieille histoire, un puissant roi prévoyait un jour de traverser Gotham.

Les habitants craignaient que les officiers royaux ne prennent leurs terres ou n’exigent une hospitalité ruineuse.

— Que pouvons-nous faire ?

— Comportons-nous de façon si étrange qu’ils décideront que Gotham ne mérite même pas qu’on s’y arrête.

Lorsque les messagers du roi arrivèrent, ils virent des villageois essayer d’enfermer un coucou derrière une clôture, d’autres se disputer pour un mouton imaginaire et douze hommes chercher le douzième d’entre eux, qui se tenait pourtant au milieu du groupe.

Les messagers repartirent précipitamment.

— Votre Majesté, choisissez peut-être une autre route. Gotham est un endroit vraiment particulier.

Le roi suivit leur conseil.

Les villageois sourirent.

Parfois, avoir l’air stupide peut être un déguisement étonnamment intelligent.

Les années passèrent et les villages voisins continuèrent à raconter les aventures des « sages » de Gotham.

Les habitants de Gotham eux-mêmes en ajoutaient parfois de nouvelles.

Un jour, ils essayèrent d’envoyer un paiement en attachant des pièces autour du cou d’un lièvre.

— Il courra vite !

Et en effet, le lièvre courut très vite.

Droit vers un champ de carottes.

Le lendemain, ils choisirent un messager ordinaire.

À partir de ce moment, lorsqu’un habitant de Gotham proposait de se disputer pour un mouton pas encore acheté, d’envoyer un fromage seul au marché ou de compter tout le monde sauf lui-même, les voisins ne se moquaient plus immédiatement.

Ils demandaient d’abord :

— Y a-t-il une leçon cachée là-dedans ?

Et il y en avait généralement une.

Vérifie avant de décider.

Ne te dispute pas à propos de choses qui n’existent pas encore.

N’attends pas de la nature qu’elle obéisse à des idées absurdes.

Et lorsque tu comptes tout le monde, n’oublie pas de te compter toi-même.

Voilà pourquoi les Sages de Gotham sont restés célèbres.

Étaient-ils réellement stupides, secrètement malins, ou un peu des deux ?

Chaque conteur peut décider lui-même.

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