

Laos
Les singes et les crabes
- Pays
- Laos
- Âge
- 5–8 ans

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Les singes et les crabes
Dans le sud, près d’une mer chaude, une forêt descendait presque jusqu’au rivage. Le jour, les singes faisaient grand bruit dans les arbres. Plus bas, à l’endroit où l’eau se retirait deux fois par jour, vivaient les crabes. Lorsque la marée descendait, la mer reculait lentement. Elle laissait sur le sable humide des coquillages, de petites mares et des terriers. Les singes connaissaient très bien ce moment. — À la plage ! criait l’un. — Vite, avant que l’eau revienne ! répondait un autre. Et toute la bande descendait des arbres. Les crabes, eux aussi, savaient qu’il fallait rester prudents. Dès qu’ils entendaient les pas et les cris joyeux des singes, ils se cachaient dans la vase molle. Mais les singes étaient curieux. Et, il faut bien le dire, parfois un peu trop taquins. Un jour, une jeune guenon appelée Kiki remarqua un terrier tout frais. — Il y a quelqu’un là-dedans ! dit-elle. — Laisse-le tranquille, l’avertit une vieille guenon. Chacun doit avoir sur la plage un endroit où on ne vient pas l’embêter. Kiki éclata de rire. — Je vais seulement regarder. Elle se pencha au-dessus du trou, mais ne vit rien. Alors elle s’assit dos à l’ouverture et glissa le bout de sa longue queue à l’intérieur. — Sors donc, petit crabe ! lança-t-elle. Qui se cache là-dedans ? Un gros crabe occupait le terrier. Au début, il supporta la plaisanterie. Kiki remua encore la queue. Une fois. Puis encore une. Finalement, le crabe claqua ses pinces avec colère et attrapa fermement la queue. — Aïe ! cria Kiki en bondissant. Elle tira sa queue vers elle. Le crabe ne lâcha pas. Kiki tira plus fort. Le crabe s’arc-bouta de toutes ses pattes contre les parois du terrier. — Aidez-moi ! hurla la petite guenon. Les autres singes accoururent et la saisirent par les pattes. — Un, deux, trois… tirez ! Les singes tiraient Kiki. Kiki tirait sa queue. Et le crabe tenait toujours la queue. Tout le monde était tellement occupé que personne ne remarqua que la mer avait changé. Les vagues ne s’éloignaient plus. Elles revenaient. D’abord, l’eau atteignit le sable un peu plus loin. Puis elle se rapprocha encore. La vieille guenon regarda autour d’elle. — La marée monte ! Il faut partir maintenant ! Kiki cessa de tirer. Le crabe, dans son terrier, sentit lui aussi l’eau fraîche de la mer. Pendant un instant, tout le monde resta immobile. Puis Kiki dit : — Petit crabe, je ne te taquinerai plus. Mais s’il te plaît, lâche-moi. Peut-être le crabe comprit-il ses paroles. Ou peut-être avait-il simplement envie, lui aussi, de retrouver le calme de son terrier. Il ouvrit sa pince. Kiki bondit aussitôt en arrière. — Dans les arbres ! cria la vieille guenon. Les singes coururent vers la forêt. Le crabe s’enfouit rapidement plus profondément dans le sable humide. Quelques minutes plus tard, l’eau recouvrait l’endroit où ils venaient de se disputer. Assise sur une branche élevée, Kiki regardait les vagues en silence. — Alors ? demanda la vieille guenon. C’était intéressant ? Kiki frotta sa queue. — Oui. Mais je n’ai aucune envie de recommencer. Le lendemain, la mer se retira de nouveau. Les singes revinrent sur la plage. Cette fois, Kiki aperçut un terrier de crabe et fit un détour. — C’est la maison de quelqu’un, expliqua-t-elle aux plus jeunes. On ne met pas sa queue là-dedans. Depuis ce jour, les singes se souvenaient de deux choses. Premièrement, une plage à marée basse n’appartient jamais seulement à celui qui arrive le premier. Deuxièmement, si l’on taquine quelqu’un simplement parce qu’il est plus petit ou parce qu’il se cache, on peut finir soi-même dans une situation très embarrassante. Et les crabes, lorsqu’ils entendaient les pas des singes au-dessus d’eux, restaient tranquillement dans leurs terriers jusqu’à ce que la troupe bruyante soit passée. Car la mer est grande, la plage est longue, et il y a de la place pour tout le monde lorsqu’on laisse chacun vivre en paix.
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