Couverture : Les tantes

Portugal

Les tantes

Pays
Portugal
Âge
6–9 ans
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Les tantes

Dans une petite ville portugaise vivaient une grand-mère et sa petite-fille. La jeune fille était gentille, curieuse et habile dans beaucoup de travaux. Sa grand-mère avait cependant une habitude : lorsqu’elle voulait la complimenter, elle exagérait un peu. Un jour, un jeune roi passa devant leur maison. Il aperçut la jeune fille à la fenêtre et s’arrêta pour parler. La grand-mère fut si heureuse de recevoir un visiteur important qu’elle déclara aussitôt : — Majesté, ma petite-fille est si habile qu’elle peut coudre une chemise assez fine pour passer entière dans le chas d’une aiguille ! La jeune fille ouvrit de grands yeux. — Grand-mère… Mais le roi était déjà intrigué. — Vraiment ? Je n’ai jamais vu cela. Montre-moi demain. Lorsqu’il repartit, la jeune fille s’assit sur un banc. — Je sais coudre, mais pas faire des miracles. Comment une chemise pourrait-elle passer dans le chas d’une aiguille ? On frappa doucement à la porte. Une vieille femme inconnue se tenait sur le seuil avec un panier de fils. — J’ai entendu dire que tu avais besoin d’aide. Je connais un ancien secret pour fabriquer une étoffe extrêmement fine. Je t’aiderai à une condition : lors d’une grande fête, tu m’appelleras « tante » et tu me feras asseoir près de toi sans avoir honte de mes vêtements simples. — Avec plaisir. Mais pourquoi cette promesse ? — Parce que les gens admirent parfois le miracle et oublient les mains qui l’ont fabriqué. Elles travaillèrent ensemble. La vieille femme apporta une étoffe extraordinaire. La jeune fille cousit de minuscules points réguliers. Le soir, la chemise était terminée. Pliée d’une manière particulière, elle traversait réellement le grand chas d’une aiguille ancienne. Le roi fut émerveillé. La grand-mère, voyant son admiration, ne put s’empêcher d’ajouter : — Et ce n’est pas tout ! Ma petite-fille peut entendre une conversation à trois lieues d’ici ! La jeune fille faillit laisser tomber l’aiguille. Le roi rit. — Voilà une vraie énigme. Demain, je pars chasser. Si tu peux répéter notre conversation dans la forêt, j’admettrai que ta grand-mère n’exagère pas. À peine était-il parti que la petite-fille se prit la tête. — Grand-mère ! Pourquoi as-tu dit cela ? — Je voulais que tout le monde sache combien tu es extraordinaire. Le soir, on frappa encore. Une deuxième vieille femme entra avec une longue trompe de bois comme celles dont les bergers se servaient pour porter les sons dans la montagne. — Je connais un chemin jusqu’à la forêt. Du haut d’une colline, le vent porte les voix. Je t’aiderai si, à la fête, tu m’appelles toi aussi « tante ». — D’accord, tante. Elles montèrent sur la colline. Le vent soufflait dans la bonne direction. À travers le long tube, on distinguait des morceaux de conversation. Le roi disait à ses compagnons : — Aujourd’hui, le vent sent la mer. Il pleuvra probablement ce soir. Le lendemain, la jeune fille répéta exactement la phrase. — Incroyable ! s’écria le roi. La grand-mère, oubliant complètement la discussion de la veille, ajouta : — Et elle peut enrouler un énorme écheveau en une demi-heure ! La jeune fille ferma les yeux. — Grand-mère… Cette fois, le roi leva une main. — Inutile d’inventer sans cesse de nouvelles épreuves. Mais si vous voulez montrer encore une compétence, je regarderai. À la maison, la jeune fille parla sérieusement à sa grand-mère. — Je t’aime, mais je ne veux pas passer ma vie à prouver tes exagérations. Je suis assez bien telle que je suis. La grand-mère rougit. — Tu as raison. Je me suis laissée emporter. L’écheveau était pourtant déjà sur la table. Une troisième vieille femme frappa à la porte. Elle portait un métier étrange où le fil courait aussi rapidement qu’un petit ruisseau. — À deux, nous réussirons. Et à la fête, tu m’appelleras « tante ». — Bien sûr. En une demi-heure, le travail était terminé. Le roi observa les trois merveilles. Puis il demanda : — Pourquoi as-tu toujours l’air de vouloir m’expliquer quelque chose ? La jeune fille prit son courage et raconta toute la vérité. Sa grand-mère s’était vantée. Trois inconnues l’avaient aidée à réaliser ces promesses impossibles. Le roi ne se fâcha pas. Il éclata de rire. — Alors ton plus grand talent n’est ni de faire passer une chemise dans une aiguille ni d’entendre à trois lieues. Tu sais accepter de l’aide, te souvenir de ceux qui t’ont aidée et finalement dire la vérité. C’est plus utile que les miracles. Le temps passa. La jeune fille et le roi se rencontrèrent souvent. Ils parlèrent beaucoup et devinrent proches. Plus tard, lorsqu’ils décidèrent tous les deux de se marier, une grande fête fut organisée. Pendant le banquet, on frappa. La première vieille femme entra. Elle portait d’immenses lunettes rondes et tenait une aiguille longue comme une cuillère. La jeune mariée se leva aussitôt. — Entrez, tante ! Asseyez-vous près de moi. Les invités sourirent. — Ces lunettes sont nécessaires, expliqua solennellement la vieille dame. J’ai regardé tant de minuscules points toute ma vie que maintenant je veux voir tout en grand ! Puis arriva la deuxième tante avec une trompe si longue qu’elle faillit heurter le lustre. — Et vous, venez ici, tante ! — Cette trompe sert à ne plus jamais devoir écouter à trois lieues. Il vaut mieux demander directement. Enfin, la troisième tante entra avec son métier à filer auquel elle avait ajouté deux poignées absurdement longues. — Pourquoi sont-elles si grandes ? demanda le roi. — Pour que chacun voie combien il est absurde d’exiger un travail énorme en un temps minuscule. La salle éclata de rire. La grand-mère rit elle aussi. Puis elle leva son verre. — J’ai une annonce à faire. Ma petite-fille ne sait pas tout faire au monde. Et c’est très bien. Personne ne sait tout faire. — Voilà enfin un compliment tout à fait vrai, répondit la jeune femme en l’embrassant. À partir de ce jour, tout le monde appela réellement les trois vieilles femmes « les tantes ». Elles venaient souvent au palais pour apprendre aux enfants à coudre, filer, écouter le vent et surtout demander de l’aide sans honte. Le roi institua une règle simple : si quelqu’un promet les exploits d’une autre personne, il faut d’abord demander à cette personne si elle a réellement fait la promesse. Car parfois, le plus difficile des miracles n’est pas de faire passer une chemise dans le chas d’une aiguille. C’est de dire à temps : « Je ne sais pas faire cela. Mais je peux apprendre ou demander de l’aide. »

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