

Portugal
Les trois cédrats d’amour
- Pays
- Portugal
- Âge
- 7–10 ans

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Les trois cédrats d’amour
Au Portugal vivait un roi dont le fils aimait les longues promenades et les chasses à travers la campagne. Un jour, le prince quitta la ville. Le soleil était haut, les champs sentaient l’herbe sèche et la route courait entre les collines. Près d’un vieux mur de pierre, il aperçut une femme âgée assise à l’ombre. — Tout va bien ? demanda-t-il. — Je n’ai rien mangé depuis longtemps, répondit-elle. Et le prochain village est encore loin. Le prince n’avait pas d’argent sur lui, mais ses serviteurs portaient un panier contenant son déjeuner. — Prenez mon repas. Il m’est plus facile d’attendre jusqu’au soir que de vous laisser marcher affamée. La vieille femme mangea, but et le remercia. — Je n’ai pas d’or à t’offrir en retour, mais j’ai quelque chose de plus curieux. Elle sortit trois grands cédrats parfumés, ronds et lumineux comme s’ils avaient gardé le soleil dans leur peau. — Prends-les. Mais souviens-toi de deux choses : n’ouvre jamais un cédrat loin d’une source ou d’une fontaine, et coupe-le dans le sens de la longueur. — Pourquoi ? Elle sourit. — Si je t’expliquais tout, ce ne serait plus un conte. Le prince rangea les fruits. Au début, il comptait suivre exactement le conseil. Mais quelques heures plus tard, sa curiosité l’emporta. « Que peut donc cacher un simple fruit ? » Il n’y avait aucune eau à proximité. Pourtant, il ouvrit le premier cédrat. La peau craqua doucement. Une lumière dorée jaillit et une jeune femme apparut. — De l’eau, je t’en prie ! Vite ! Le prince courut de tous côtés. Autour de lui, il n’y avait que des champs secs. La lumière autour de la jeune femme commença à faiblir. Elle devint un rayon d’or et retourna dans l’écorce du cédrat. Le prince resta immobile. — La vieille femme m’avait donc prévenu pour une raison. Il regretta sa précipitation. Il lui restait deux fruits. Il se promit de ne plus recommencer. Mais, quelques lieues plus loin, la curiosité revint. « Et si le deuxième était différent ? » Il s’arrêta. — Je vais seulement regarder. Il ouvrit le deuxième cédrat. La lumière reparut. Une deuxième jeune femme se présenta. — De l’eau ! Le prince regarda autour de lui. Ni ruisseau, ni puits. — Attends ! Je vais en trouver ! Mais la lumière pâlit. La jeune femme retourna elle aussi dans son fruit. Cette fois, le prince ne chercha aucune excuse. — Deux conseils entendus, deux erreurs. Je ne gâcherai pas ma troisième chance. Il plaça soigneusement le dernier cédrat dans son sac et marcha jusqu’à entendre le murmure de l’eau. Derrière des arbres se trouvait une vieille fontaine de pierre. Le prince s’assit près d’elle, remplit d’eau une petite coquille trouvée sur le bord, puis coupa le troisième fruit dans le sens de la longueur. Un rayon doré s’éleva au-dessus des arbres. La troisième jeune femme apparut. — De l’eau, s’il te plaît. Cette fois, le prince était prêt. Il lui tendit aussitôt la coquille. Elle but, inspira profondément et sourit. — Maintenant, tout va bien. Elle semblait épuisée après son réveil magique. Le prince ne voulut pas lui imposer une longue marche. — Attends ici à l’ombre. Je vais chercher une voiture au palais. Près de la fontaine poussait un vieil arbre aux branches larges. La jeune femme grimpa légèrement dans le feuillage pour attendre à l’abri des voyageurs. Le prince partit. Peu après, une femme portant une cruche de cuivre arriva à la fontaine. Elle vit dans l’eau le reflet d’un beau visage et crut d’abord que c’était le sien. Puis un petit rire vint d’en haut. — Qui est là ? Elle leva les yeux et aperçut la jeune femme. — Comme tu es belle ! Descends. Je peux te recoiffer pendant que tu attends. — Merci, mais je préfère rester ici. Le prince va bientôt revenir. En entendant parler du prince, l’inconnue devint encore plus aimable. — Je vais seulement enlever les brindilles de tes cheveux. On ne peut pas arriver au palais avec des feuilles dans la coiffure. En réalité, c’était une magicienne. Elle voulait comprendre pourquoi le prince avait laissé là une inconnue. À force de paroles douces, elle convainquit la jeune femme de descendre. Puis, en la coiffant, elle glissa discrètement une longue épingle enchantée dans ses cheveux. Aussitôt, la jeune femme devint une colombe blanche et s’envola au-dessus des arbres. — Voyons maintenant ce qui va se passer, murmura la magicienne. Elle s’installa pour attendre. Lorsque le prince revint, il fut déconcerté. — Où est la jeune femme que j’ai laissée ici ? — C’est moi, répondit rapidement la magicienne. Un ancien enchantement change parfois tellement mon apparence qu’on ne peut plus me reconnaître. Le prince n’était pas convaincu. Mais il ne voulait pas non plus abandonner quelqu’un seul près de la fontaine. — Venez au palais. Nous éclaircirons tout là-bas. On donna une chambre d’amis à la magicienne. Le prince resta poli. Pourtant, plus il lui parlait, plus il sentait que ce n’était pas la jeune femme sortie du troisième cédrat. Le lendemain matin, il se rendit dans le jardin. Un vieux jardinier travaillait près des arbres. Une colombe blanche se posa sur une branche. — Jardinier, jardinier, roucoula-t-elle, comment va le prince ? Le jardinier faillit lâcher son arrosoir. La colombe repartit. Il courut tout raconter au prince. — Si elle revient, réponds calmement et ne l’effraie pas. Le jour suivant, l’oiseau reparut. — Jardinier, comment va le prince ? — Il va bien. La colombe pencha la tête. — Et moi, je vole seule et ne peux pas retourner là où je devais arriver. Puis elle s’envola. Le prince sentit son cœur se serrer. — Il faut essayer de la retenir, mais sans la blesser. Le jardinier posa une douce bande de tissu sur la branche. La colombe la vit et sembla rire. — Non, cela ne me retiendra pas. Le lendemain, ils essayèrent un cordon d’argent. — L’argent ne m’intéresse pas. Puis un cordon d’or. La colombe l’évita aussi. Alors le prince fit préparer une boucle légère ornée de petits morceaux de verre brillant comme des gouttes d’eau. Le matin suivant, la colombe se posa tout près pour regarder les reflets. Le jardinier la couvrit doucement d’un filet léger. — N’aie pas peur, dit le prince en prenant l’oiseau. Je ne te ferai aucun mal. En caressant sa tête, ses doigts rencontrèrent quelque chose de dur. — Une épingle ? Il la retira doucement. La lumière dorée jaillit. La colombe disparut. La jeune femme du troisième cédrat se tenait devant lui. — C’est vraiment toi ! — Oui. Et maintenant je peux te raconter ce qui s’est passé. Le prince l’écouta jusqu’au bout. On fit venir la magicienne. Quand elle comprit que son mensonge était découvert, elle cessa de prétendre. — Je voulais la vie de quelqu’un d’autre. — La vie d’une autre personne ne se prend pas comme une robe, répondit le prince. Tu quitteras le palais et tu ne la dérangeras plus. La magicienne fut renvoyée. Elle ne revint jamais. Le prince ne se précipita pas pour transformer l’aventure en mariage. Il parla longtemps avec la jeune femme. Il voulut apprendre ce qu’elle aimait, ce qu’elle craignait et ce qu’elle rêvait de faire. Ils devinrent amis. Puis, avec le temps, ils comprirent qu’ils voulaient rester ensemble. Le jour de leur mariage, chaque table portait une grande coupe d’eau et plusieurs cédrats dorés. — Pourquoi autant d’eau ? riaient les invités. Le prince riait lui aussi. — Pour que je n’oublie jamais qu’un bon conseil ne sert que si on l’écoute réellement. La jeune femme ajouta : — Et pour rappeler que l’amour ne commence ni avec un fruit magique ni avec un beau visage. Il commence lorsque deux personnes se voient telles qu’elles sont et choisissent quand même de marcher ensemble.
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