

Ukraine
Les voix à la fenêtre
- Pays
- Ukraine
- Âge
- 8–11 ans

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Les voix à la fenêtre
Par une journée d’automne, un seigneur partit dans la forêt avec plusieurs chasseurs. Depuis le matin, ils suivaient des sentiers, traversaient des clairières et se frayaient un chemin entre les buissons mouillés, mais les heures passaient et la chasse ne donnait rien. Vers le soir, le ciel s’assombrit. Un vent froid se leva, puis la pluie tomba d’un seul coup. En quelques minutes, tout le monde fut trempé jusqu’aux os. Le seigneur arrêta son cheval, frotta ses mains glacées et dit : — Si seulement nous trouvions maintenant une maison chaude, des lits secs, du pain frais et une cruche de kvas ! Nous dînerions, nous nous réchaufferions et nous raconterions des histoires jusqu’au lever du jour. Il n’avait pas fini sa phrase qu’une petite lumière jaune apparut entre les arbres. — Regardez ! cria l’un des chasseurs. Au milieu d’une clairière se dressait une maison. Une fine fumée montait de la cheminée, les fenêtres brillaient, et l’intérieur paraissait si accueillant qu’on aurait cru que les maîtres des lieux attendaient des visiteurs depuis le matin. Sur la table, il y avait du pain parfumé et une cruche de kvas frais. Près du mur, des lits propres étaient préparés. — Voilà qui est extraordinaire, sourit le seigneur. Tout est exactement comme je l’ai souhaité. Les voyageurs dînèrent. La fatigue ne tarda pas à les gagner. L’un après l’autre, ils se couchèrent, et bientôt on n’entendit plus dans la maison que leur respiration régulière. Un seul jeune chasseur resta éveillé. Quelque chose l’inquiétait. Tantôt une branche touchait la vitre, tantôt le vent glissait sous le toit, tantôt il lui semblait entendre un soupir dans l’obscurité. Vers minuit, des pas résonnèrent près de la fenêtre. Le jeune homme se figea. Une voix basse s’éleva derrière la vitre : — Le maître de cette nuit a promis de raconter des histoires jusqu’à l’aube, puis il a oublié sa promesse. Sur le chemin du retour, il verra un pommier couvert de fruits si beaux qu’il voudra forcément en cueillir un. Mais cet arbre est enchanté. S’il touche une pomme, un sort l’immobilisera sur place. Et celui qui l’avertira commencera lui-même à se changer en pierre, des pieds jusqu’aux genoux. La voix se tut. Le chasseur resta immobile, le cœur lourd. « Que dois-je faire ? pensa-t-il. Si je me tais, mon maître sera en danger. Si je parle, le malheur tombera sur moi. » Un moment passa. Au loin, un coq chanta. Puis une deuxième voix se fit entendre près de la fenêtre : — Plus loin sur la route, il trouvera une source claire. Son eau brillera comme de l’argent, et il aura très envie de boire. Mais la source est elle aussi enchantée. S’il boit, le sort l’enchaînera encore plus fortement. Quant à celui qui révélera cet avertissement, il se changera en pierre jusqu’à la taille. Le chasseur déglutit et continua à fixer le plafond sombre. Juste avant l’aube, une troisième voix s’approcha de la fenêtre : — Enfin, au milieu du chemin, il trouvera une grande couette blanche, douce et moelleuse. Le voyageur fatigué croira qu’il n’existe pas de meilleur endroit pour se reposer. Mais s’il s’y allonge, le plus puissant des sortilèges le saisira. Et celui qui racontera ce dernier avertissement deviendra de pierre jusqu’au cou. À peine la voix s’était-elle tue que le jeune chasseur se leva. — Il est temps de repartir, dit-il aux autres. Le ciel commence déjà à pâlir. Tout le monde se prépara rapidement et le groupe reprit la route. Moins d’une heure plus tard, un pommier apparut devant eux. Ses branches ployaient sous de grosses pommes rouges couvertes de gouttes de rosée. — Je n’ai jamais vu de pommes pareilles ! s’écria le seigneur en tendant la main vers le fruit le plus proche. Le jeune chasseur bondit aussitôt. Avec son bâton, il frappa une branche sèche qui se trouvait devant son maître. Au même instant, le pommier s’illumina d’une lueur dorée et se dissipa en un nuage de poussière grise. — Qu’as-tu fait ? s’indigna le seigneur. Le chasseur ne répondit rien. Il baissa seulement la tête et reprit la route. Un peu plus tard, le groupe entendit le murmure de l’eau. Une source jaillissait tout près du chemin. Elle était si limpide qu’on distinguait chaque caillou au fond. — Enfin ! dit le seigneur. Je meurs de soif. Il allait se pencher pour boire lorsque le jeune chasseur jeta une brindille sèche dans l’eau. Aussitôt, la source s’assombrit, se mit à tourner sur elle-même et disparut entre les pierres. Le seigneur se fâcha davantage. — Encore toi ! De retour à la maison, tu m’expliqueras chacun de tes gestes étranges. Le chasseur poursuivit silencieusement son chemin. Quelques lieues plus loin, une grande couette blanche était posée en plein milieu de la route. Elle paraissait si propre, si douce, si légère, que tous les voyageurs s’arrêtèrent. — Voilà exactement ce qu’il faut à un homme fatigué, dit le seigneur. Je vais m’y reposer un instant. Mais le jeune chasseur fut plus rapide. Il toucha la couette du bout de son bâton. Les plumes s’envolèrent en un nuage blanc, et la couette se transforma en un petit tas de charbon noir. — Cela suffit ! cria le seigneur. À la maison, tu me raconteras tout. Lorsqu’ils furent revenus au domaine, le seigneur fit appeler le jeune chasseur dans la grande salle. — Trois fois, j’ai voulu faire quelque chose de tout à fait ordinaire, et trois fois tu m’en as empêché. Pourquoi ? Le jeune homme resta silencieux un instant. — Parce que cette nuit, je n’ai pas dormi, monsieur. J’ai entendu trois voix derrière la fenêtre. — Quelles voix ? — Je vais vous le dire. Mais souvenez-vous d’une chose : chaque avertissement que je répète peut me coûter cher. Le seigneur fronça les sourcils, puis hocha la tête. Le chasseur raconta ce que la première voix avait dit au sujet du pommier enchanté. À peine eut-il terminé que ses bottes devinrent terriblement lourdes. Une pierre grise enveloppa ses jambes jusqu’aux genoux. Toute la salle resta pétrifiée de stupeur. — Ne continue pas ! cria le seigneur. — Je dois continuer, répondit le chasseur. Sinon, vous ne comprendrez jamais pourquoi j’ai agi ainsi. Il raconta alors l’avertissement concernant la source. La pierre monta jusqu’à sa taille. Puis il répéta les paroles de la troisième voix au sujet de la couette blanche. La pierre atteignit presque son cou. Le seigneur pâlit. — Ainsi, tu m’as protégé toute la journée, et moi, je me suis mis en colère contre toi. Il s’approcha, bouleversé, puis se souvint soudain de quelque chose. — Attends. Tout a commencé parce que je n’ai pas tenu ma promesse. J’ai dit que nous raconterions des histoires jusqu’à l’aube, puis je me suis endormi. Il ordonna qu’on allume toutes les bougies, fit asseoir les gens en cercle et déclara : — Si une promesse oubliée peut encore être réparée, faisons-le maintenant. Cette nuit, personne ne dormira tant que nous n’aurons pas raconté toutes les histoires que nous avons laissées de côté l’autre soir. Et il commença lui-même. Après lui, un chasseur raconta une histoire, puis un deuxième, puis un troisième. L’un se souvint d’une aventure amusante sur un renard rusé, un autre d’un vieux récit de voyageur, et un troisième inventa même une histoire sur place. Plus les récits se succédaient, plus la pierre autour du jeune chasseur devenait tiède. À minuit, il parvint à bouger les doigts. Avant l’aube, une fissure apparut dans la pierre à hauteur de sa taille. Et lorsque le soleil se leva derrière les fenêtres et que le seigneur termina la dernière histoire, l’enveloppe de pierre se brisa en petits grains de sable. Le chasseur fit un pas en avant, vivant, en bonne santé et lui-même un peu surpris. Le seigneur lui serra longuement la main. — Désormais, je réfléchirai deux fois avant de promettre quelque chose. Et si je donne ma parole, je la tiendrai. On raconte qu’à partir de ce jour, les soirées d’histoires devinrent une tradition très aimée dans cette maison. Mais avant de commencer, le seigneur demandait toujours : — Sommes-nous vraiment prêts à écouter jusqu’au bout ? Et ce n’est qu’après avoir entendu un grand « oui » de toute l’assemblée qu’il commençait la première histoire.
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