

Norvège
Poupette des herbes
petite héroïne, nature, enchantement
- Pays
- Norvège
- Âge
- 4–8 ans

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Poupette des herbes
Il était une fois un roi qui avait douze fils. Quand ils furent adultes, le roi leur dit :
— Il est temps pour vous de voir le monde, d'apprendre à décider par vous-mêmes et de rencontrer des personnes avec qui vous serez heureux de partager votre chemin dans la vie.
Puis il ajouta en plaisantant :
— Et si vous rencontrez quelqu'un capable de filer un fil, de tisser une toile et de coudre une chemise en une seule journée, invitez-le ici. J'aimerais voir un tel artisan ou une telle artisane !
Les frères montèrent à cheval et partirent. Mais ils avaient peu de respect pour le plus jeune, que tous appelaient Boots.
— Tu ne feras que nous gêner, lui dirent les aînés. Tu ferais mieux de rester ici.
Ils galopèrent en avant, laissant Boots seul au bord du chemin.
Il en eut de la peine. Il descendit de cheval, s'assit dans l'herbe haute et regarda longtemps le vent balancer les fines tiges vertes.
Soudain, une touffe d'herbe bougea.
Frou, frou.
Boots se pencha.
Une toute petite jeune fille sortit de l'herbe. Elle était si minuscule qu'elle pouvait se cacher sous une feuille de trèfle.
— Pourquoi es-tu triste ? demanda-t-elle.
— Mes frères sont partis chercher l'aventure et m'ont laissé ici, répondit Boots. Le roi a aussi plaisanté en disant qu'il aimerait rencontrer quelqu'un capable de faire une chemise en un jour, depuis le fil jusqu'au dernier point.
La minuscule jeune fille sourit.
— Je m'appelle Poupette des herbes. Et justement, je sais faire une chemise.
— Vraiment ?
— Tu verras.
Elle invita Boots dans sa petite maison, sous une butte couverte d'herbe. Il y avait là un minuscule rouet, un métier à tisser grand comme un livre et un panier de fils aussi fins qu'une toile d'araignée.
Poupette se mit au travail.
Bzzzz : la roue se mit à tourner.
Toc, toc : le métier se mit à battre.
Frou, frou : l'aiguille se mit à courir.
Au soir, la chemise était prête.
Elle était magnifique, mais… toute petite.
Boots la posa sur sa paume et se mit à rire.
— Le roi ne s'attend certainement pas à cela !
— A-t-il dit quelle taille devait faire la chemise ? demanda malicieusement Poupette.
— Non.
— Tu vois bien.
Boots retourna au palais et montra la chemise à son père.
Le roi examina longtemps les minuscules coutures régulières, puis éclata d'un rire si sonore que les vitres tintèrent.
— Quel beau travail ! Présente-moi cette artisane.
Boots repartit avec joie.
— Poupette, viendras-tu avec moi au palais ? lui demanda-t-il. Tout le monde veut te rencontrer.
— Oui, répondit-elle. Mais pas sur ton grand cheval. J'ai mon propre carrosse.
Une cuillère d'argent sortit alors de l'herbe en roulant. Deux petites souris blanches y étaient attelées.
— Quel carrosse ! s'émerveilla Boots.
Poupette s'installa dans la cuillère, les souris se mirent en route, et Boots chevaucha à côté, très lentement, pour ne pas risquer d'approcher les sabots de son cheval du petit équipage.
En chemin, ils arrivèrent à un large ruisseau. Après la pluie, l'eau avait monté et faisait plus de bruit que d'habitude.
Le cheval de Boots prit peur devant les reflets de l'eau et fit un brusque pas de côté. La cuillère d'argent vacilla, glissa d'un petit caillou et tomba droit dans l'eau.
— Poupette ! s'écria Boots.
Il sauta de cheval, mais le courant emportait déjà la cuillère d'argent entre les roseaux.
Un instant plus tard, l'eau s'illumina d'une lueur verdâtre. Un homme des eaux au visage bienveillant en émergea. Il tenait Poupette dans sa paume.
— Ne t'inquiète pas, dit-il. Il ne lui est rien arrivé dans cette eau enchantée.
Il la déposa sur la rive.
Alors un miracle se produisit.
Poupette se mit à grandir : elle devint d'abord haute comme une fleur, puis comme un buisson, avant d'atteindre une taille humaine ordinaire.
Elle regarda avec surprise ses mains, Boots et la petite cuillère d'argent près de la rive.
— On dirait que l'eau a décidé de changer un peu mon voyage, dit-elle.
— Te sens-tu bien ainsi ? demanda prudemment Boots.
Poupette réfléchit et hocha la tête.
— Oui. Mais j'emporterai tout de même la cuillère et les souris. C'est mon carrosse préféré.
Ils arrivèrent ensemble au palais. Les frères aînés étaient eux aussi revenus de leurs voyages avec de nouveaux amis. Ils furent d'abord surpris de voir le cadet accompagné, puis, en découvrant la minuscule chemise, ils se mirent à interroger Poupette sur sa maison souterraine, sa cuillère d'argent et ses souris blanches.
Le roi donna un grand repas pour tous les voyageurs.
Boots comprit alors une chose importante : le jour où ses frères l'avaient laissé seul, il avait cru que toutes les aventures étaient finies pour lui. En réalité, c'était précisément là que la sienne avait commencé.
Plus tard, Boots et Poupette décidèrent de rester ensemble. Près du palais, ils plantèrent toute une prairie d'herbes hautes où les souris blanches pouvaient courir entre les tiges. La cuillère d'argent fut posée sur une petite étagère, pour rappeler le carrosse le plus extraordinaire du monde.
Et quand quelqu'un disait qu'une chose était trop petite pour être importante, Poupette se contentait de sourire.
Car elle le savait bien : parfois, toute une grande histoire commence par un léger bruissement dans l’herbe.
