

Royaume-Uni
Jack le Paresseux
humour, travail, apprentissage, bon sens
- Pays
- Royaume-Uni
- Âge
- 4–8 ans

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Jack le Paresseux
Il était une fois une petite maison au bord d’un grand pâturage verdoyant. Jack y vivait avec sa mère.
Ils n’avaient pas beaucoup d’argent. Sa mère filait, raccommodait les vêtements des voisins et travaillait du matin au soir. Jack, lui, préférait rester au soleil lorsqu’il faisait beau et se réchauffer près du feu lorsqu’il faisait froid dehors.
C’est pourquoi les voisins l’avaient surnommé Jack le Paresseux.
Mais sa mère ne voulait pas que son fils passe sa vie à attendre que quelqu’un travaille à sa place.
Un lundi, elle lui dit :
— Jack, tu es assez grand maintenant pour donner un coup de main. Demain, trouve du travail, ne serait-ce que pour une journée. Tu gagneras quelque chose par tes propres efforts et tu verras comme c’est agréable.
Jack soupira, mais accepta.
Le mardi, il alla chez le fermier voisin et l’aida toute la journée à entasser du foin. Le soir, le fermier lui donna une pièce pour son travail.
Jack n’avait encore jamais gagné d’argent tout seul. En rentrant, il faisait sauter la pièce dans sa main et admirait son éclat.
Mais, près du ruisseau, il trébucha. La pièce lui glissa entre les doigts et, plouf ! disparut entre les cailloux.
Jack rentra les mains vides.
— Où est ton salaire ? demanda sa mère.
— Dans le ruisseau.
— Dans le ruisseau ?
— Je portais la pièce dans ma main et je l’ai perdue.
Sa mère sourit.
— La prochaine fois, mets ton argent dans ta poche. Il y sera plus en sécurité.
— D’accord, dit Jack. C’est ce que je ferai la prochaine fois.
Le mercredi, il aida à s’occuper des vaches. Pour le payer, leur propriétaire lui donna une cruche de lait frais.
Jack se souvint aussitôt du conseil de sa mère.
— Dans la poche ! Ce sera plus sûr.
Il glissa la cruche dans la grande poche de sa veste.
Au premier tournant, le lait déborda. Au deuxième, il mouilla la veste. Et Jack arriva chez lui avec une cruche presque vide et une poche trempée.
Sa mère le regarda et soupira.
— Ce conseil était bon pour une pièce, mais pas pour du lait. Il faut porter une cruche bien droite dans ses mains, avec précaution.
— J’ai compris, dit Jack. La prochaine fois, je porterai ce que je gagne dans mes mains.
Le jeudi, il travailla chez le laitier et reçut une meule de fromage pour sa journée.
— Cette fois, je sais exactement quoi faire ! se réjouit Jack.
Il prit le fromage à deux mains et le porta avec beaucoup, beaucoup de précaution. Mais il faisait chaud, la route était longue et le fromage était mou. Jack le serrait si fort pour ne pas le laisser tomber qu’au soir, il ressemblait moins à une meule qu’à un drôle de petit coussin jaune.
— Je l’ai porté dans mes mains, comme tu me l’as dit, expliqua Jack à sa mère.
— Et tu as vraiment fait attention, répondit-elle. Mais il vaut mieux mettre un fromage mou dans un panier, l’envelopper dans un linge et éviter de le serrer.
Jack se gratta la nuque.
— Alors, il n’existe pas une seule règle pour tout ?
— Exactement, dit sa mère. Il faut regarder ce que tu portes.
Le vendredi, Jack aida le boulanger. Celui-ci n’avait pas de pièce à lui donner, mais lui offrit un jeune chat pour lequel il cherchait une bonne maison.
Le chat était touffu, tigré et très indépendant.
— Je vais te porter avec précaution, lui dit Jack.
Il prit le chat dans ses bras.
Le chat resta tranquille pendant exactement trois pas.
Au quatrième, il voulut descendre.
— Non, non, dit Jack. On m’a dit de porter avec précaution.
Le chat agita la queue.
Au cinquième pas, il se dégagea.
Au sixième, Jack courait déjà après lui dans l’herbe.
Ils arrivèrent séparément à la maison : d’abord le chat, puis, une minute plus tard, Jack, tout essoufflé.
Sa mère éclata de rire.
— On ne porte pas un animal vivant comme un fromage ou une cruche. Il faut penser à ce qu’il veut, lui aussi. Tu aurais pu prendre un panier ou simplement laisser le chat marcher à tes côtés.
Jack s’assit sur le banc.
— C’est différent à chaque fois.
— C’est bien là toute la question, répondit sa mère.
Le samedi, il donna un coup de main dans une boutique. On le paya avec un gros paquet de provisions.
Jack s’arrêta près de la porte.
La veille, sa mère lui avait dit de ne pas emmener de force un animal vivant. L’avant-veille, de ne pas serrer ce qui était mou. Avant cela encore, de tenir une cruche bien droite.
Il regarda longtemps le paquet.
— Pourquoi restes-tu là ? demanda le marchand.
— Je réfléchis à la bonne façon de le porter.
— Voilà une habitude utile, dit le marchand. Il est lourd. Pose-le sur ton épaule et soutiens-le avec ta main.
C’est ce que fit Jack.
Pour la première fois de la semaine, il rapporta chez lui ce qu’il avait gagné sans l’abîmer.
— Maman ! s’écria-t-il. J’ai réfléchi avant d’agir !
— Félicitations, répondit sérieusement sa mère. C’est une grande découverte.
Mais ses aventures ne s’arrêtèrent pas là.
Le lundi, Jack alla aider un homme qui possédait un petit âne. Toute la journée, il nettoya l’écurie, porta de l’eau et répara la clôture. L’homme vit que Jack faisait de son mieux et lui dit :
— J’ai un jeune âne. Il est calme, mais têtu. Depuis longtemps, je voudrais le confier à quelqu’un qui s’en occuperait bien. Prends-le, si tu veux.
Jack fut ravi.
Il regarda l’âne.
Puis la route.
Puis il se rappela tous les conseils de sa mère.
La pièce : dans la poche.
Le lait : bien droit.
Le fromage : sans le serrer.
Le chat : sans le forcer.
Le gros paquet : sur l’épaule.
Et Jack fit alors précisément ce que sa mère avait essayé de lui apprendre à éviter toute la semaine : il choisit un ancien conseil sans se demander s’il convenait à la situation.
— Ce qui est lourd se porte sur l’épaule !
Il passa longtemps à convaincre l’âne, plus longtemps encore à essayer de le soulever. L’âne le regardait avec des yeux si étonnés qu’il semblait vouloir lui dire :
« Mon garçon, j’ai pourtant quatre pattes. »
Enfin, Jack réussit tant bien que mal à installer l’âne sur ses épaules et se mit en route.
Le spectacle était extraordinaire : Jack avançait en titubant, tandis que les quatre pattes de l’âne pointaient dans toutes les directions.
Les passants s’arrêtaient et se retournaient.
Sur le perron d’une grande maison était assise une jeune fille. Après une année difficile, elle était triste depuis longtemps et sortait rarement de chez elle. En voyant Jack avec un âne sur les épaules, elle fut d’abord surprise, puis sourit, puis éclata d’un rire si franc que son père l’entendit.
— Que se passe-t-il ? demanda-t-il en sortant précipitamment.
La jeune fille montra la route.
— Papa, regarde ! Il porte un âne, et l’âne lui-même n’a pas l’air de comprendre pourquoi !
Jack entendit le rire, s’arrêta et prit enfin, lui aussi, un peu de recul sur ce qu’il était en train de faire.
— Euh… dit-il.
L’âne poussa un petit braiment.
— Oui, mon ami. Je crois que, cette fois encore, j’ai oublié de réfléchir.
Jack posa doucement l’âne par terre. Celui-ci marcha aussitôt d’un bon pas à ses côtés, comme s’il n’avait attendu que cela depuis le début.
Le père de la jeune fille s’approcha de Jack.
— Tu viens d’offrir à ma fille son premier moment de joie depuis des mois. Merci.
— Je n’ai pas fait exprès, répondit honnêtement Jack.
— Parfois, ce sont les rires les plus beaux.
Il proposa à Jack de venir l’aider de temps à autre au jardin et dans les travaux de la maison. Jack accepta. Désormais, il travaillait régulièrement, apprenait à poser des questions lorsqu’il ne savait pas quelque chose et, surtout, cessait d’appliquer le conseil d’hier à la tâche d’aujourd’hui sans réfléchir.
Et quand sa mère lui demandait :
— Qu’as-tu retenu aujourd’hui ?
Jack ne répondait plus :
— La prochaine fois, je ferai pareil.
Il disait :
— La prochaine fois, je regarderai d’abord ce qu’il faut faire, puis je déciderai.
Pendant quelque temps encore, les voisins l’appelèrent Jack le Paresseux, car les anciens surnoms durent plus longtemps que les habitudes.
Mais peu à peu, tous remarquèrent que Jack se levait tôt, travaillait avec application et faisait de moins en moins de choses étranges.
Pourtant, pendant longtemps encore, dès qu’il apercevait Jack, le petit âne s’éloignait pour garder une bonne distance avec ses épaules.
