Couverture : Litill, Tritill, les oiseaux et le jeune paysan

Islande

Litill, Tritill, les oiseaux et le jeune paysan

Pays
Islande
Âge
5–9 ans
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Litill, Tritill, les oiseaux et le jeune paysan

Dans un lointain pays du Nord, où le vent pouvait couvrir les pierres d’un givre argenté en une seule nuit, vivaient un roi et une reine. Ils avaient une fille unique, la princesse Enid. Enid aimait la musique. Chaque jour, elle jouait d’une petite harpe, et lorsque ses doigts touchaient les cordes, même les oiseaux du jardin royal se taisaient, comme pour l’écouter. Un jour pourtant, quelque chose d’étrange se produisit. Les servantes quittèrent sa chambre pendant à peine une minute. À leur retour, la harpe reposait toujours sur le fauteuil, la fenêtre était fermée, la porte aussi, mais Enid avait disparu. On la chercha dans les jardins, dans la ville, sur les rives du fjord et sur les sentiers des montagnes. Le roi envoya des cavaliers dans toutes les directions. Personne ne trouva la moindre trace. Le roi annonça alors : — À celui qui retrouvera Enid et l’aidera à rentrer, je donnerai tout ce que je pourrai. De nombreux courageux partirent sur les routes. Et beaucoup revinrent les mains vides. Non loin du château, dans une simple maison de paysans, vivaient trois frères : Osmund, Tostig et le plus jeune, Harald. Osmund et Tostig se considéraient comme de grands aventuriers. Ils aimaient se vanter, se disputaient pour savoir lequel était le plus fort et laissaient presque tout le travail de la maison à Harald. Harald, lui, était calme. Il ne savait pas raconter de belles histoires sur les exploits qu’il accomplirait un jour, mais il terminait toujours ce qu’il avait commencé. Osmund fut le premier à partir. Sa mère lui donna de solides bottes, son père un bon manteau, et l’on remplit son sac de pain, de fromage et de poisson séché. Il marcha longtemps avant de s’asseoir sur une colline pour se reposer. Il venait à peine de sortir sa nourriture lorsqu’un minuscule vieillard aux cheveux gris, vêtu de gris, apparut devant lui. — Me donnerais-tu un morceau de pain ? demanda le petit homme. Je n’ai encore rien mangé aujourd’hui. — Va-t’en, grogna Osmund. J’ai besoin de mes forces pour la route. Derrière la deuxième colline, il rencontra un homme encore plus petit, vêtu de vert. Lui aussi demanda une bouchée, mais Osmund le chassa. Dans une clairière, une troupe d’oiseaux affamés vola autour de lui. — Allez-vous-en ! cria Osmund en agitant les bras si furieusement que les oiseaux s’enfuirent entre les arbres. Le soir, il découvrit une immense grotte. Il y faisait chaud, des mangeoires étaient disposées à l’intérieur, et l’on entendait des vaches meugler au fond. La maîtresse des lieux revint bientôt. C’était une géante gigantesque. — Tu peux dormir ici, dit-elle, mais demain tu accompliras un travail pour moi. Le lendemain matin, elle lui ordonna de nettoyer l’étable et d’y étendre de la paille fraîche. — Si tu n’as pas terminé avant le soir, tu resteras dans ma grotte beaucoup plus longtemps que prévu, prévint-elle. Osmund saisit une fourche. Mais dès qu’il la planta dans la vieille litière, l’outil se colla au sol. Il tira, tourna, se mit en colère, rien n’y fit. Le soir, la géante vit que le travail n’était pas fait. Elle toucha Osmund du bout du doigt et, en un instant, il devint une statue de pierre silencieuse contre le mur. Le temps passa. Tostig se persuada que son frère avait certainement trouvé des trésors et la gloire, et partit sur ses traces. Presque la même chose lui arriva. Il refusa de partager sa nourriture avec les petits voyageurs, chassa les oiseaux, puis, dans la grotte, ne réussit pas à arracher du sol la fourche enchantée. La géante le toucha lui aussi. Une deuxième statue de pierre apparut à côté de la première. Enfin, Harald décida de partir. Il reçut de vieilles bottes et quelques croûtes de pain sec. — Ce n’est pas grave, dit-il. Si mes jambes continuent de marcher et que mon cœur ne devient pas paresseux, cela suffira. Sur la première colline, il s’assit pour se reposer. Un minuscule vieil homme vêtu de gris apparut devant lui. — Y aurait-il une miette pour un vieux voyageur ? Harald regarda ses croûtes sèches. — Elles sont dures, mais partagées honnêtement, elles seront déjà plus tendres. Asseyez-vous. Ils cassèrent le pain en deux et mangèrent ensemble. En se relevant, le vieil homme dit : — Je m’appelle Tritill. Si tu te trouves un jour en difficulté, appelle-moi. Puis il disparut derrière la colline si rapidement qu’on aurait dit qu’il s’était fondu dans la brume. Sur la deuxième colline, Harald rencontra un petit homme vêtu de vert. — Je m’appelle Litill, dit celui-ci après qu’ils eurent partagé une autre croûte. Souviens-toi de mon nom. La bonté revient parfois au moment où l’on ne l’attend plus. Dans une clairière, tout un nuage d’oiseaux entoura Harald. Moineaux, merles, mésanges, petits oiseaux noirs à la poitrine blanche, tous sautillaient autour de lui en lorgnant son sac. Harald éclata de rire. — Quelle compagnie ! On dirait que nous allons dîner ensemble. Il émietta son dernier morceau de pain et répandit les miettes sur la mousse. Lorsque tout fut mangé, le plus grand des oiseaux se posa sur son épaule et siffla doucement : — Appelle-nous si tu as besoin de nous. Où que nous soyons, nous t’entendrons. Le soir, Harald découvrit la grotte. Et il aperçut aussitôt deux statues de pierre contre le mur. — Osmund ! Tostig ! s’écria-t-il. Ses frères ne bougèrent pas, mais Harald les reconnut. Il eut envie de fuir. Puis il pensa : « Si je pars maintenant, je ne saurai jamais comment les délivrer. » Il attendit donc le retour de la géante et lui demanda l’hospitalité. Au matin, elle lui donna le même travail dans l’étable. Harald travailla de toutes ses forces, mais la fourche se colla elle aussi au sol. Il se souvint alors de sa rencontre. — Tritill, si tu m’entends, aide-moi ! Le petit homme gris apparut aussitôt à côté de lui. Il tapa dans ses mains et récita : — Fourche en l’air, pelle au travail, et que l’étable brille avant ce soir ! Harald ouvrit de grands yeux. La fourche se mit toute seule à soulever la vieille paille, la pelle la transportait, le balai chassait la poussière et une litière fraîche se disposait bien régulièrement dans l’étable. Avant le soir, tout était parfaitement propre. La géante revint, plissa les yeux et déclara : — Tu n’as pas fait cela tout seul. Mais le travail est terminé. Le lendemain matin, elle sortit un énorme édredon et deux oreillers. — Aère les plumes au soleil, puis remets-les toutes à leur place. Il ne doit en manquer aucune. Harald étala soigneusement les plumes sur l’herbe. Le ciel était clair, l’air tranquille. Soudain, une rafale surgit derrière les rochers. Fouuu ! Les plumes blanches s’envolèrent dans le ciel et se dispersèrent dans toutes les directions. — Litill ! Tritill ! Oiseaux ! Aidez-moi ! cria Harald. Des pépiements éclatèrent de tous côtés. Les oiseaux arrivèrent un par un, par deux, puis en bandes entières. L’un apportait une plume dans son bec, un autre en retirait une d’un buisson, un troisième la repêchait dans un ruisseau. Pendant ce temps, Litill et Tritill tenaient les taies ouvertes et comptaient : — Une, deux, trois… Nous n’en perdrons aucune ! Avant la tombée du soir, les oreillers étaient de nouveau gonflés et l’édredon moelleux. La géante vérifia tout et grogna : — Encore une fois, tu n’as pas travaillé seul. Mais je ne discuterai pas. Le troisième jour, elle lui donna l’épreuve la plus difficile. — J’ai cinquante bœufs. L’un d’eux doit partir demain pour un long voyage, mais je ne te dirai pas lequel. Trouve-le, brosse-le, fais-le boire et prépare son harnais. Ensuite, prends la vieille peau dans la réserve, répare-la pour en faire un sac de voyage, et fabrique deux cuillères avec les cornes rangées là-bas. Si tu choisis le mauvais bœuf, ton travail ne comptera pas. Harald observa les cinquante animaux. L’un était noir. Le deuxième roux. Le troisième tacheté. Tous le regardaient tranquillement. Aucun indice. — Litill, Tritill, je crois bien que je ne vais pas m’en sortir sans vous. Ses amis arrivèrent une nouvelle fois. Litill le conduisit immédiatement vers un grand bœuf gris. — C’est lui. — Comment le sais-tu ? — Regarde ses sabots. Trois sont propres. Sur le quatrième, il reste de la boue fraîche du chemin. La géante l’a déjà conduit près du sentier avant de décider de te mettre à l’épreuve. Harald rit. — Ce n’est donc pas de la magie, mais de l’attention ! — La meilleure magie porte souvent ce nom, répondit Tritill. Tous les trois terminèrent le travail avant le coucher du soleil. Avant de repartir, les deux petits amis donnèrent un conseil à Harald. — La géante a promis une récompense. Demande trois choses : ce qui est caché au-dessus de son lit, ce qui se trouve dans le coffre à côté de son lit et ce qui est derrière le mur, juste derrière celui-ci. Le soir, la géante examina le bœuf, le sac et les cuillères. — Tu as réussi les trois épreuves, dit-elle. Demande ta récompense. Harald répéta les paroles de ses amis. La géante poussa un profond soupir. Elle monta d’abord par un escalier de pierre au-dessus de son lit et ouvrit une petite porte presque invisible. Derrière se trouvait une jeune fille avec une harpe sur les genoux. — Enid ! comprit Harald. La princesse se leva. — Je savais que quelqu’un finirait par me trouver, dit-elle. La géante me gardait ici parce qu’elle voulait que je joue de la harpe pour elle chaque soir. Puis la maîtresse des lieux ouvrit le coffre près de son lit. Il contenait des pièces d’or, des perles et des pierres précieuses. Enfin, elle déplaça le lit et appuya sur une pierre dans le mur. La paroi s’ouvrit. Derrière elle brillait une mer bleue. Près de la rive attendait un magnifique navire aux voiles déjà levées. — Il connaît tout seul la route que son maître lui indique, expliqua la géante. À cet instant, un léger tintement parcourut la grotte, comme si une petite cuillère avait frappé du cristal. Les statues de pierre contre le mur frémirent. Osmund bougea le premier. Puis Tostig. — Qu’est-ce qui s’est passé ? demandèrent les frères, stupéfaits. — Votre enchantement devait durer jusqu’à ce que quelqu’un accomplisse toutes mes épreuves sans cruauté ni tromperie, dit la géante. Votre frère y est parvenu. Osmund et Tostig baissèrent les yeux. Ils comprenaient déjà pourquoi Harald avait reçu l’aide de ceux qu’eux-mêmes avaient chassés. Tous les quatre, Harald, Enid et ses deux frères, montèrent à bord du navire enchanté. — À la maison, dit Harald. Les voiles se gonflèrent bien que la mer fût presque calme. Le navire quitta doucement la côte. Lorsqu’ils arrivèrent dans le royaume, toutes les cloches du port se mirent à sonner. Le roi et la reine coururent vers leur fille en oubliant couronnes, cortège et règles de la cour. Enid les serra dans ses bras et resta longtemps sans pouvoir parler. Puis on organisa un grand banquet. Le roi proposa à Harald de l’or, des terres et n’importe quelle fonction au palais. Harald répondit : — Je donnerai une partie du trésor à mes parents afin qu’ils ne vivent plus dans le besoin. Une autre partie ira à ceux qui ont besoin d’aide. Quant à moi, j’aimerais apprendre à participer aux affaires du royaume, si vous me l’autorisez. Ce voyage m’a montré tout ce que j’ignore encore. Le roi accepta. Osmund et Tostig changèrent eux aussi. À partir de ce jour, avant de refuser un morceau de pain à un affamé ou de chasser un oiseau de la cour, ils se souvenaient des deux collines et de la clairière. Litill et Tritill, eux, ne reparurent jamais. Du moins, c’est ce que pensait Harald. Car parfois, lorsqu’il marchait dans le jardin avec Enid, qui avait recommencé à jouer de la harpe, un petit rire discret venait des buissons. Et une troupe d’oiseaux familiers se rassemblait soudain au-dessus de leurs têtes. Harald souriait et leur jetait des miettes. Il savait désormais très bien que l’aide ne vient pas toujours du plus fort. Parfois, elle arrive sur de petites ailes. Parfois, elle porte une veste verte. Et parfois, tout commence avec la moitié d’une croûte de pain sec que l’on n’a pas regretté de partager.

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