Couverture : Marcela la sage

Philippines

Marcela la sage

Pays
Philippines
Âge
7–11 ans
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Marcela la sage

Aux Philippines vivait un homme qui servait à la cour du roi. Il était honnête et appliqué, mais ce dont il était le plus fier était sa fille Marcela. Depuis l’enfance, Marcela aimait les énigmes, repérait vite les contradictions et n’avait pas peur de dire : — Ce n’est pas juste. Quand un ordre semblait absurde, elle ne criait pas. Elle posait une question précise. Sa réputation parvint jusqu’au roi. — On dit que la fille de mon serviteur est extrêmement intelligente. Vérifions cela. Il envoya un minuscule oiseau à Marcela avec cet ordre : — Qu’elle prépare douze plats différents avec ce seul oiseau. Marcela regarda l’oiseau, puis sortit une fine aiguille de son ouvrage. — Apportez ceci au roi. S’il réussit à fabriquer douze cuillères avec une seule aiguille, je préparerai douze plats avec cet oiseau. Le roi fit tourner l’aiguille entre ses doigts et rit. — Un point pour Marcela. Le lendemain, on amena une brebis. — Le roi ordonne de la vendre pour six réaux, mais la même brebis vivante doit revenir au palais avec les six réaux. Marcela réfléchit. Puis elle sourit. Elle tondit soigneusement la brebis, vendit la laine au marché pour la somme demandée, nourrit et abreuva l’animal, puis le renvoya au palais avec les pièces. — Qu’a-t-elle vendu ? demanda le roi. — La laine. — Deux points pour Marcela. Le roi chercha longtemps une troisième épreuve. Enfin, un messager arriva. — Le roi dit qu’il est malade et qu’il lui faut une tasse de lait de taureau. Si tu n’en apportes pas, ton père perdra sa place. Marcela resta silencieuse. — Du lait de taureau ? — Oui. Cette fois, elle fut réellement fâchée que l’on menace son père à cause d’une énigme impossible. Elle apprit que, le lendemain matin, le roi se baignerait dans la rivière et avait interdit à quiconque d’y laver du linge. Marcela prit un vieux drap et le tacha avec du jus rouge de baies. À l’aube, elle se rendit à la rivière et commença à le laver juste en amont du roi. — Marcela ! N’as-tu pas entendu mon ordre ? — Si, Majesté. Mais quelque chose d’exceptionnel est arrivé chez nous cette nuit. Je ne pouvais pas attendre. — Quoi donc ? — Mon père a donné naissance à un enfant. Je dois laver le linge. Le roi se redressa. — Quelle absurdité ! Un homme ne peut pas avoir un bébé ! Marcela le regarda. — Exactement, Majesté. Pas plus qu’un taureau ne peut donner du lait. Un courtisan toussa pour cacher son rire. Le roi rougit. Puis il éclata de rire lui aussi. — Trois points pour Marcela. Cette fois, j’ai définitivement perdu. Selon un ancien usage, le roi annonça ensuite : — Une fille aussi intelligente ferait une excellente épouse pour mon fils. Je lui offrirai ce mariage comme récompense. Marcela leva un sourcil. — Majesté, puis-je donner encore une réponse ? — Parle. — Peut-on offrir à quelqu’un la décision de savoir avec qui il passera toute sa vie ? Le roi resta bouche ouverte. — Si votre fils souhaite me connaître et si moi aussi je veux le connaître, nous pourrons parler. Mais un mariage ne doit pas être la quatrième épreuve de votre jeu. Le roi réfléchit. — Tu as encore raison. Il lui proposa autre chose. — Viens au conseil royal. J’ai manifestement besoin de quelqu’un capable de remarquer mes ordres absurdes avant que je les donne. Marcela sourit. — Voilà une proposition à laquelle je peux réfléchir. Elle commença bientôt à travailler auprès du conseil. Quand quelqu’un proposait quelque chose d’impossible, elle ne se moquait pas. Elle posait simplement la bonne question. Et parfois, une seule bonne question suffisait à rendre tout un royaume un peu plus sage.

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