

Monde entier
Mowgli
Dans les collines brûlantes de Seeonee, alors que la lune se levait au-dessus de la jungle, Père Loup s’éveilla dans sa caverne et se prépara à partir chasser. Près de lui reposait Raksha, Mère Louve, tandis que leurs qu
- Pays
- Monde entier
- Âge
- 7–11 ans
- Durée
- 8 min

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Mowgli
Dans les collines brûlantes de Seeonee, alors que la lune se levait au-dessus de la jungle, Père Loup s’éveilla dans sa caverne et se prépara à partir chasser. Près de lui reposait Raksha, Mère Louve, tandis que leurs quatre louveteaux se bousculaient contre son flanc.
Soudain, le chacal Tabaqui accourut jusqu’à la caverne avec une nouvelle inquiétante : le tigre Shere Khan avait quitté son territoire habituel et chassait près des habitations humaines.
Peu après, un rugissement furieux monta d’en bas. Shere Khan avait essayé de s’approcher du camp des hommes, mais il avait sauté trop près du feu et s’était brûlé les pattes. Les humains s’étaient enfuis et, dans les buissons du versant, un petit enfant apparut soudain devant la caverne des loups.
Le garçon était tout seul. Il savait à peine marcher, s’accrochait à une branche et, lorsqu’il vit Père Loup, au lieu de pleurer, il se mit à rire.
— Un petit d’homme ! s’étonna Père Loup.
Il le prit délicatement comme il aurait porté l’un de ses propres petits et le posa près des louveteaux. L’enfant rampa aussitôt vers la fourrure chaude.
— Comme il est petit, et comme il est courageux, dit Raksha.
Au même instant, la lumière de la lune disparut à l’entrée de la caverne. Une énorme tête rayée se glissa dans l’ouverture.
— Le petit d’homme est à moi, gronda Shere Khan. Donnez-le-moi.
Père Loup se plaça entre le tigre et l’enfant.
— Les Loups Libres décident eux-mêmes qui ils accueillent dans leur famille.
Raksha se dressa sur ses pattes et regarda le tigre droit dans les yeux.
— Cet enfant est venu jusqu’à nous seul. Il a faim et il est sans défense. Je ne te le donnerai pas.
Shere Khan rugit de colère, mais il ne pouvait pas entrer dans la caverne. Il recula en promettant qu’il poserait la question du garçon devant toute la Meute.
— Qu’il essaie, dit Raksha. Nous appellerons le petit Mowgli, la Grenouille, parce qu’il est nu et agile.
Lorsque les louveteaux furent assez grands pour courir eux-mêmes, le moment vint de les présenter à la Meute. À la pleine lune, tous les loups se rassemblèrent près du Rocher du Conseil. Sur son sommet reposait Akela, grand loup gris et chef de la Meute.
Les petits furent conduits un à un dans la lumière de la lune afin que tous puissent les reconnaître et les accepter.
Lorsque Mowgli se retrouva au centre, la voix de Shere Khan retentit derrière les rochers :
— C’est un petit d’homme ! Il n’appartient pas à la Meute !
Selon la Loi de la Jungle, lorsqu’un petit était contesté, deux membres qui n’étaient ni son père ni sa mère devaient parler en sa faveur.
Le vieux Baloo, l’ours brun qui enseignait les louveteaux, fut le premier à se lever.
— Je parlerai pour Mowgli, dit-il. Je lui apprendrai la Loi de la Jungle. Il n’y a aucune méchanceté en lui.
Mais il fallait encore une deuxième voix.
Bagheera, la panthère noire, sortit silencieusement de l’ombre. Son pelage brillait comme de la soie noire.
— La Loi permet de racheter la vie d’un petit lorsqu’il existe un doute, dit Bagheera. Je donnerai à la Meute un buffle que j’ai chassé. Acceptez le garçon selon la Loi.
Les loups affamés acceptèrent. Akela déclara Mowgli membre de la Meute.
Ainsi, le garçon grandit parmi les loups.
Père Loup lui apprit à comprendre les traces, les odeurs et les sons de la forêt. Baloo lui enseigna les lois : ne pas déranger les petits des autres, respecter les points d’eau, prévenir avant d’entrer sur le territoire d’autrui et se souvenir que la force sans règles devient vite dangereuse.
Bagheera apprit à Mowgli à grimper aux arbres, à se déplacer sans bruit et à observer attentivement. Le garçon savait nager, trouver du miel et retirer les épines des pattes de ses frères loups.
Les années passèrent. Mowgli se considérait comme un loup, même s’il était humain.
Mais Shere Khan ne l’avait pas oublié. Le tigre commença à murmurer aux jeunes loups qu’un homme n’avait pas sa place dans la Meute. Akela, de son côté, vieillissait. Un jour, pendant la chasse, il manqua un cerf. Selon l’ancienne coutume, un chef qui échouait ainsi perdait son autorité.
Bagheera comprit que le prochain Conseil serait dangereux.
— Petit Frère, dit-elle à Mowgli, il est temps que tu apprennes quelque chose sur moi. Je ne suis pas née dans la jungle. Autrefois, j’ai vécu dans une cage parmi les hommes. Je connais donc leur monde et le nôtre. Toi aussi, tu devras te rappeler que tu es humain.
Mowgli fut bouleversé.
— Mais les loups sont mes frères. Je n’ai pas enfreint la Loi. Pourquoi devraient-ils me chasser ?
— Pas tous, répondit Bagheera. Mais Shere Khan a appris à une partie des jeunes loups à craindre ce qui est différent d’eux. Prends aux hommes la Fleur Rouge. Elle seule fera reculer le tigre et ceux qui le suivent.
C’est ainsi que les animaux appelaient le feu.
Mowgli descendit vers les huttes des hommes et vit un garçon porter des braises dans un récipient d’argile. Il prit prudemment quelques charbons et entretint leur chaleur avec des brindilles sèches avant de retourner dans la jungle.
Le soir, la Meute se rassembla près du Rocher du Conseil. Akela restait à l’écart. Shere Khan marchait parmi les jeunes loups avec l’assurance de quelqu’un qui se croit déjà leur maître.
— Donnez-moi le petit d’homme, exigea le tigre.
— Mowgli a vécu parmi nous, mangé auprès de nous et n’a pas enfreint la Loi, dit Akela. On ne peut pas punir un frère simplement pour ce qu’il est à la naissance.
Bagheera rappela elle aussi que Mowgli avait été accepté selon la Loi et qu’un prix honnête avait été payé pour sa vie.
Mais certains loups écoutaient déjà Shere Khan.
Alors Mowgli se leva. Il tenait une branche sèche dans ses mains. Il la posa sur les braises et une flamme fleurit à son extrémité.
Les loups reculèrent malgré eux. Même Shere Khan se figea.
— Je ne veux pas me battre contre la Meute qui a été ma famille, dit Mowgli. Mais je ne vous laisserai pas faire de mal à Akela ni me livrer au tigre. J’irai moi-même chez les hommes. Et entre moi et les loups qui resteront fidèles et honnêtes, il n’y aura aucune haine.
Il leva la branche enflammée. Shere Khan, qui craignait le feu depuis la nuit du camp humain, recula.
— Va-t’en, Shere Khan, dit fermement Mowgli. Aujourd’hui, je ne te laisserai pas gouverner par la peur des autres.
Le tigre disparut dans l’obscurité. Après lui s’éloignèrent les loups qui, quelques instants auparavant, criaient le plus fort.
Lorsque le Conseil se dispersa, Mowgli sentit soudain quelque chose de chaud couler sur ses joues.
— Bagheera, qu’est-ce qui m’arrive ? demanda-t-il. Pourquoi mes yeux sont-ils mouillés ?
— Ce sont des larmes, Petit Frère, répondit doucement la panthère. Les humains pleurent lorsque leur cœur souffre. Ce n’est pas une faiblesse.
Avant l’aube, Mowgli retourna à la caverne pour dire adieu à sa famille.
Père Loup frotta son museau contre lui. Ses frères loups promirent de venir jusqu’au bord des champs. Raksha regarda longtemps le garçon.
— Tu seras toujours mon fils, où que tu vives, dit-elle.
Mowgli passa ses bras autour de son cou.
— Je reviendrai. Je ne vous oublierai pas.
Lorsque le ciel commença à blanchir, il descendit de la colline vers les habitations humaines. Derrière lui restait la jungle, qui lui avait appris à écouter, à être fidèle et à vivre selon des règles. Devant lui s’ouvrait le monde des hommes, dont il ne savait presque rien.
Mowgli avançait vers une nouvelle vie et comprenait pour la première fois qu’on peut appartenir à deux mondes sans trahir l’un ou l’autre.
Et que la véritable famille ne se définit pas seulement par l’origine, mais aussi par ceux qui vous protègent, vous enseignent, se souviennent de vous et attendent votre retour.
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