Couverture : Maui et la création de la Nouvelle-Zélande

Arménie

Maui et la création de la Nouvelle-Zélande

Pays
Arménie
Âge
6–10 ans
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Maui et la création de la Nouvelle-Zélande

À une époque où la mer semblait sans limites et où les hommes apprenaient à lire le vent, les vagues et les étoiles avec autant d’attention que nous lisons des livres, vivait Maui. Dans les récits maoris, Maui est un héros hors du commun. Il était le plus jeune de sa famille, curieux, courageux et si ingénieux que ses frères aînés eux-mêmes ne savaient parfois s’ils devaient se fâcher contre lui ou éclater de rire. Maui aimait la mer. Il pouvait rester longtemps assis sur le rivage à regarder les vagues arriver l’une après l’autre depuis le lointain. — Il y a quelque chose là-bas, disait-il à ses frères en montrant l’endroit où l’eau rejoignait le ciel. — Il y a la mer, répondaient-ils. — Et derrière la mer ? — Encore la mer. — Et plus loin ? — Maui, riaient-ils, est-ce que ce que tu vois ne te suffit donc jamais ? Maui souriait. En vérité, il avait toujours envie de regarder un peu plus loin. Dans la famille, on conservait le souvenir de l’ancêtre Muri-rangi-whenua. À ce souvenir était lié un hameçon de pêche particulier. On le gardait non comme un outil ordinaire, mais comme un objet porteur de sa propre histoire, que l’on ne prenait jamais en main sans respect. Maui passa beaucoup de temps à préparer cet hameçon pour une grande entreprise. Il l’orna, vérifia la solidité de la ligne et prononça les anciennes paroles que les aînés lui avaient apprises. Puis il alla trouver ses frères. Ils réparaient justement une grande waka, une pirogue de mer. — Demain, nous allons pêcher, annonça l’aîné. — Je viens avec vous, répondit aussitôt Maui. Les frères échangèrent un regard. Ils savaient très bien que lorsque Maui montait dans une embarcation, une simple partie de pêche pouvait soudain devenir une aventure dont on parlerait pendant des années. — Pas cette fois, décidèrent-ils. Nous voulons seulement attraper du poisson et rentrer avant le soir. Le lendemain matin, les frères se levèrent avant l’aube et poussèrent silencieusement la waka loin du rivage. — Parfait, dit l’un d’eux. Aujourd’hui, pas de Maui. Mais lorsque la côte était déjà loin derrière eux, un joyeux sifflement d’oiseau retentit au-dessus de l’eau. Un petit oiseau se posa sur la proue de la pirogue. Il pencha la tête. — Cui-cui ! Pas de Maui, vous dites ? Les frères se figèrent. L’oiseau secoua ses ailes et, un instant plus tard, Maui était assis devant eux. — Tu as encore fait ça ! s’écria le frère du milieu. — Fait quoi ? demanda Maui d’un air innocent. Rattrapé ma propre famille ? Même l’aîné ne put retenir un sourire. — Puisque tu es là, prends une pagaie. Ils poursuivirent leur route. Au début, les frères voulurent s’arrêter à l’endroit où ils pêchaient d’habitude. — Ici, l’eau est assez profonde, dirent-ils. — Non, répondit Maui. Aujourd’hui, il faut aller plus loin. Ils ramèrent encore. La côte devint une fine ligne. — Maintenant ? — Plus loin. Quelque temps plus tard, la terre disparut complètement. Autour d’eux, il n’y avait plus que la mer. Elle respirait sous la waka en longues vagues lentes. Les mouettes étaient restées très loin derrière et le soleil montait dans le ciel. Les frères cessèrent de plaisanter. — Maui, où nous emmènes-tu ? Il regarda l’eau. — Là où m’attend le plus gros poisson de ma vie. Les frères éclatèrent de rire. — Le plus gros poisson ! Et tu as au moins un appât ? Maui tendit la main. — Donnez-moi un peu du vôtre. — Non, répondirent-ils. Puisque tu es un si grand pêcheur, débrouille-toi. Maui ne se vexa pas. Il ajusta simplement son hameçon sacré, y fixa un petit signe personnel et laissa descendre la ligne dans l’eau sombre. L’hameçon descendit. Plus profond. Encore plus profond. On aurait dit que la ligne n’avait pas de fin. Alors Maui posa les mains sur la corde et commença doucement un ancien chant rythmé. Ses frères ne l’interrompirent pas. Même la mer semblait s’être calmée pour écouter. Soudain, la ligne frémit. Une fois. Puis une deuxième. Et brusquement, elle se tendit avec une telle force que la proue de la waka plongea vers l’eau. — Maui ! crièrent ses frères. Lâche ! — Je ne peux pas, répondit-il en tirant de toutes ses forces. J’attendais ce poisson. Quelque chose d’immense bougeait dans les profondeurs. L’eau se mit à tourbillonner autour de la waka. Les vagues grossirent. Les frères agrippèrent les bords de la pirogue. Maui tirait. Ses bras se fatiguaient, mais il ne lâchait pas la ligne. — Aidez-moi à maintenir la pirogue droite ! cria-t-il. Cette fois, plus personne ne riait. Un frère prit une pagaie à droite, un autre à gauche, un troisième surveilla les vagues. Tous travaillèrent ensemble. Le temps passa. Le soleil changea de place dans le ciel. La mer grondait, puis s’apaisait soudain. Enfin, très loin devant eux, l’eau commença à se soulever. Une pointe sombre apparut d’abord à la surface. — Un rocher ? murmura l’un des frères. Puis une deuxième surgit. Puis une troisième. L’eau en ruisselait. Des pentes, des crêtes et des vallées s’élevèrent peu à peu. Ce que les frères avaient pris pour un poisson impossible se révéla être une terre. Immense. Nouvelle. Maui se tenait dans la pirogue, la ligne toujours tendue entre ses mains, et regardait Te-Ika-a-Maui, le Poisson de Maui, surgir de l’océan. — C’est donc ça, ton poisson ? demanda doucement l’aîné. Maui sourit. — Je vous avais dit qu’il était grand. Les frères oublièrent leur fatigue. Ils avaient envie de bondir aussitôt sur cette nouvelle terre, de marcher dessus, de toucher chaque roche et de découvrir ce qui se cachait derrière les collines. Mais Maui les arrêta. — Attendez. Cette terre vient à peine de sortir de la mer. Laissez-la tranquille. Il faut d’abord terminer les choses correctement. Seulement, la patience n’avait jamais été la plus grande qualité de ses frères. Dès que Maui détourna le regard, ils mirent pied à terre et commencèrent à explorer. Ils couraient dans toutes les directions, grimpaient sur les hauteurs, descendaient dans les creux et se disputaient pour savoir quelle partie leur plaisait le plus. Et partout où ils passaient, la surface jusque-là régulière semblait changer : des collines se soulevaient, des vallées se creusaient, des chaînes de montagnes apparaissaient. Lorsque Maui revint, il vit que la nouvelle terre n’était plus lisse comme le dos d’un grand poisson. Il secoua la tête. — Je vous avais demandé d’attendre. Ses frères gardèrent le silence, un peu honteux. Maui contempla les montagnes et les vallées, les longues côtes encore brillantes d’eau de mer. Puis il sourit. — Ce qui est fait est fait. Peut-être que la terre est même plus intéressante ainsi. Le vent passa au-dessus des nouvelles pentes. L’eau descendit vers ce qui deviendrait les lits des rivières. Les nuages s’accrochèrent aux sommets. Les frères remontèrent dans la waka et regardèrent longtemps la terre qui venait de surgir de l’océan. — Comment allons-nous l’appeler ? demanda l’un d’eux. Maui toucha son hameçon. — Te-Ika-a-Maui. Le Poisson de Maui. Dans cet ancien récit, c’est ainsi qu’une grande partie de la terre que l’on connaît aujourd’hui sous le nom d’Aotearoa, la Nouvelle-Zélande, surgit de la mer. L’histoire rappelle aussi qu’une grande œuvre ne se réalise presque jamais par la seule force. Il faut la connaissance des ancêtres, de la patience, du courage et des compagnons capables de maintenir la pirogue droite lorsque la mer devient soudain agitée. Et, bien sûr, il vaut parfois mieux écouter celui qui demande simplement : — Attendez encore un tout petit peu.

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