Couverture : Momotarō, le garçon né d’une pêche

Japon

Momotarō, le garçon né d’une pêche

Pays
Japon
Âge
4–8 ans
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Momotarō, le garçon né d’une pêche

Au Japon, un vieux couple menait une vie simple. Ils n’étaient pas riches et travaillaient chaque jour : le mari montait dans les collines pour couper de l’herbe, tandis que sa femme s’occupait de la maison et de leur petite rizière.

Ils s’aimaient profondément, mais une tristesse revenait souvent dans leur cœur : ils n’avaient pas d’enfant.

Un matin lumineux, le vieil homme partit comme d’habitude vers les montagnes. Sa femme prit un panier de linge et descendit jusqu’à la rivière.

L’eau était claire, les saules se balançaient au bord de la rive et l’air sentait l’herbe fraîche.

Elle était en train de laver les vêtements lorsqu’elle aperçut quelque chose d’étrange.

Une énorme pêche flottait sur la rivière.

Elle n’était pas seulement grosse : elle était si grande qu’on aurait eu du mal à l’entourer de ses deux bras.

— Quelle pêche incroyable ! s’écria la vieille femme. Si seulement je pouvais la ramener à la maison !

Elle tendit la main, mais le fruit passait trop loin de la rive.

Alors elle se souvint d’une vieille chanson et se mit à battre des mains au rythme de l’eau.

— Eau lointaine, poursuis ton chemin, Eau toute proche, apporte-moi ton présent ! Petite pêche ronde, viens vers la rive, Viens jusqu’à mes mains !

Et, comme par enchantement, la pêche changea doucement de direction.

La femme la saisit à deux mains et se dépêcha de rentrer.

Le soir, son mari revint.

— Regarde ce que j’ai trouvé ! dit-elle avec joie.

En voyant la pêche gigantesque, le vieil homme ouvrit de grands yeux.

— Je n’en ai jamais vu une pareille de toute ma vie !

Ils posèrent la pêche sur la table.

Mais à peine le vieil homme l’eut-il touchée avec son couteau que le fruit s’ouvrit tout seul en deux.

Une petite voix en sortit :

— N’ayez pas peur !

Puis un petit garçon apparut au cœur de la pêche.

Le vieux couple resta figé de surprise.

L’enfant leur sourit.

— Je suis venu pour devenir votre fils.

Les yeux du vieil homme et de sa femme se remplirent de larmes de bonheur.

Ils appelèrent le garçon Momotarō : « momo » signifie « pêche », et « Tarō » est un ancien prénom donné aux garçons.

Momotarō grandissait vite. Il était fort, mais ne se vantait jamais de sa force. Il aimait aider ses parents, porter de l’eau, travailler dans les champs et écouter attentivement les conseils des anciens.

Un jour, alors qu’il était déjà devenu un jeune garçon robuste, une nouvelle inquiétante arriva jusqu’au village.

Loin en mer se trouvait une île fortifiée où vivaient des oni, de grands êtres fantastiques aux cornes redoutables. De temps à autre, ils venaient jusqu’aux côtes, emportaient ce qui ne leur appartenait pas et effrayaient les habitants.

— Il faut rendre aux gens ce qu’on leur a pris et empêcher les oni de recommencer, déclara Momotarō.

Ses parents étaient inquiets, mais ils virent bien que leur fils n’agissait pas sur un coup de tête.

Sa mère lui prépara pour le voyage de délicieux gâteaux de riz.

— Partage-les avec ceux qui deviendront tes amis, lui dit-elle.

Momotarō fit ses adieux et se mit en route.

À midi, il s’assit sous un arbre pour manger. Soudain, un grand chien surgit des hautes herbes.

— Qu’as-tu dans ton sac ? demanda le chien.

— Les meilleurs gâteaux de riz faits maison, répondit Momotarō.

— Tu m’en donnerais un peu ?

— Si tu viens avec moi pour aider les gens, oui.

Le chien accepta, reçut la moitié d’un gâteau et marcha à ses côtés.

Un peu plus loin, un singe descendit d’un arbre.

— Où allez-vous ?

— Sur l’île des oni, répondit Momotarō.

— Prenez-moi avec vous ! Je sais grimper aux murs et aux cordes mieux que personne.

Momotarō partagea aussi un gâteau avec lui.

Le chien renifla d’un air mécontent.

— Pourquoi aurions-nous besoin d’un singe ?

— Parce que nous ne partons pas pour décider qui est le meilleur, expliqua Momotarō. Nous devons accomplir une tâche difficile, et chacun sait faire quelque chose que les autres ne savent pas faire.

Le chien réfléchit un moment, puis acquiesça.

Un peu plus tard, un faisan aux plumes éclatantes se posa devant eux.

— J’ai entendu parler de votre voyage, dit-il. De là-haut, je peux voir très loin. Laissez-moi vous accompagner.

Momotarō lui donna lui aussi un morceau de gâteau de riz.

Ils étaient désormais quatre : le garçon, le chien, le singe et le faisan.

À la tombée du jour, ils atteignirent la mer.

Le chien regarda les vagues et rabattit les oreilles.

Le singe cessa de plaisanter.

Le faisan se posa sur un rocher.

— Elle est immense, cette mer, murmura le chien.

— Oui, répondit Momotarō. C’est justement pour cela que nous resterons ensemble.

Ils trouvèrent une barque et partirent vers l’île.

Au début, les vagues les secouèrent dans tous les sens, mais peu à peu chacun trouva son rôle. Le chien surveillait leurs affaires, le singe s’occupait des cordages, et le faisan volait en éclaireur avant de revenir avec des nouvelles.

Enfin, il poussa un cri :

— Terre en vue !

Sur une haute falaise se dressait la forteresse des oni, fermée par de grandes portes.

Le faisan partit reconnaître les lieux.

— Il y a beaucoup d’oni dans la cour, rapporta-t-il en revenant. Et j’ai vu aussi des gens qu’ils empêchent de rentrer chez eux.

— Nous commencerons par libérer les prisonniers, décida Momotarō.

Près d’un ruisseau, ils rencontrèrent deux femmes retenues contre leur gré. Elles leur indiquèrent une petite porte cachée dans le mur.

Le singe réussit à se glisser à l’intérieur et souleva le verrou.

Pendant ce temps, le chien aboyait de toutes ses forces devant l’entrée principale afin d’attirer l’attention des gardes.

Le faisan tournoyait au-dessus de la cour en criant :

— Momotarō est arrivé ! Rendez ce qui ne vous appartient pas et laissez partir les prisonniers !

Les oni s’agitèrent dans tous les sens. Ils étaient habitués à être craints de tous. Or voici qu’une petite équipe se présentait devant eux avec une coordination si parfaite qu’elle semblait bien plus nombreuse.

Un oni se précipita vers la porte, mais le chien lui barra le passage.

Un autre tenta d’attraper le faisan, qui s’éleva aussitôt hors de portée.

Un troisième grimpa vers le mur. Le singe, déjà perché là-haut, laissa tomber devant lui une échelle de corde. L’oni s’y empêtra et atterrit sans mal dans un tas de sacs moelleux.

Pendant ce temps, Momotarō ouvrit la pièce où les prisonniers étaient enfermés.

— Vous êtes libres. Allez vers les barques.

Enfin, le chef des oni vint à sa rencontre.

Il était immense, portait deux cornes et tenait une lourde massue de fer.

— Tu crois vraiment que j’ai peur d’un seul garçon ? gronda-t-il.

— Tu n’as pas besoin d’avoir peur de moi, répondit Momotarō. Tu dois simplement cesser de faire du mal aux autres. Libère tout le monde, rends ce qui a été volé et promets de ne plus attaquer les villages.

Le chef regarda autour de lui.

Le faisan surveillait les portes depuis le ciel. Le singe avait déjà trouvé les clés des réserves. Le chien se tenait près de Momotarō. Et les prisonniers libérés sortaient maintenant courageusement dans la cour.

Le chef des oni comprit que cette fois, ni la peur ni la ruse ne lui donneraient l’avantage.

Il posa sa massue à terre.

— Très bien. Nous nous rendons.

Les oni ouvrirent leurs entrepôts. On y trouva des sacs de riz, des tissus, des outils, des objets de famille précieux et beaucoup d’autres choses qui avaient autrefois été prises aux habitants.

Momotarō ordonna que tout soit rendu à leurs propriétaires.

— Une chose ne devient pas tienne simplement parce que tu es le plus fort, dit-il au chef.

Les oni promirent de ne plus venir dans les villages pour prendre ce qui appartenait aux autres.

Momotarō, le chien, le singe et le faisan installèrent les prisonniers libérés dans les barques et reprirent le chemin du retour.

Sur la rive, des familles entières les attendaient.

L’un reconnut son petit coffre. Un autre retrouva une vieille théière transmise dans sa famille. Un troisième récupéra les outils dont il avait besoin pour travailler.

Quant à Momotarō, il se hâta de rentrer chez lui.

Lorsque ses vieux parents l’aperçurent au loin, ils coururent à sa rencontre.

— Je suis revenu ! s’écria-t-il.

Derrière lui courait le chien, le singe bondissait joyeusement, et le faisan volait au-dessus de leurs têtes.

Ce soir-là, la petite maison fut pleine de bruit, de rires et de bonheur.

La mère de Momotarō prépara de nouveau des gâteaux de riz, mais cette fois pour tout le monde.

Et Momotarō savait désormais que la force n’avait pas été le plus important dans son aventure. Ce qui les avait vraiment aidés, c’était le talent particulier de chacun, et leur capacité à agir ensemble comme une seule équipe.

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